"Nous autres avons les clés du développement de notre football "Dixit Mamadou Zongo dit Bébéto coach du Santos FC

Publié le jeudi 16 mai 2013

Mamadou Zongo dit Bébéto fut ce joueur dont l’immense talent a été gâché par des blessures. Sa carrière de pro n’a pas été à la taille de son potentiel. Il a tenté un retour au pays espérant rebondir en tant que joueur à l’ASFA-Y. Mais manifestement c’était trop tard l’âge aidant. Chasser le naturel il revient au galop. Bébéto a entamé une nouvelle vie. Mais cette fois-ci sur le banc de touche. Jeune coach du Santos, le technicien affiche ses intentions.

Le métier d’entraîneur est-il une manière de prendre ta revanche sur une carrière de joueur très capricieuse ?

Il n’est pas question de revanche à prendre ici. J’adore le football. C’est ce que je sais faire au mieux. C’est vrai que comme vous le dites, ma carrière a été brisée suite aux blessures à répétition. Mais cela n’entame en rien mon envie de faire partie de la communauté de cette discipline sportive fabuleuse.

Tu as été prendre tes galons de coach en Hollande. Comment la décision de revenir est-elle arrivée ?

Tout a commencé bien avant. Quand j’étais encore joueur, j’adorais apprendre le métier de coach. J’étais toujours attentif au discours de mes entraîneurs, leur manière de gérer le groupe, leur lecture du jeu, leur méthodes de travail, de gestion du banc. Pour tout vous dire, je ne me voyais pas coach mais j’avais soif d’apprendre. Mais l’homme ne choisit pas toujours son avenir.

Initialement tu es parti te former dans le but de revenir prendre en main un centre de formation, celui de l’ancien international Rahim Ouédraogo. Pourquoi tu t’es finalement retrouvé à la tête du Santos FC et non le centre de formation ?

C’est une question d’opportunité. J’ai eu l’opportunité de construire un projet, mettre une équipe en place, gérer les vestiaires, gérer les compétitions…bref faire mes preuves. Je suis toujours en formation. La saison me permettra de faire le point.

Le détour du Santos passe pour toi comme un stage pratique alors. Est-ce qu’un autre stage t’attend en Turquie pour parfaire ta formation ?

On ne finit jamais d’apprendre. Je ne refuserais jamais de saisir une opportunité. Le renforcement de capacité va me permettre d’être performant.

Comment as-tu pu dégoupiller cette opportunité de stage toi qui a quitté les Pays-Bas il y a maintenant longtemps ?

J’ai toujours gardé de bons contacts avec la Hollande et son football. Mes anciens coéquipiers sont aujourd’hui aux affaires. Nombre d’entre eux sont soit entraîneurs, soit directeurs sportifs. En souvenir des meilleurs moments que nous avons passé ensemble, on m’a ouvert aisément les portes.

Quelle est la philosophie du jeu que tu tentes d’inculquer à ton équipe ?

Mon rêve de football est de jouer au ballon ! C’est ma philosophie du jeu. Certes, ce sont les victoires qui nourrissent les formations sportives. Je veux gagner les matchs mais je veux les gagner en y mettant les formes. Je veux voir jouer mon équipe en formant les triangles, en déplaçant les blocs en soignant les passes et les touches de balle. Je tente d’inculquer à mon équipe la patience. Il faut user de combinaisons et n’accélérer qu’en cas d’opportunité.

Le Santos actuel est composé de joueurs qui ont évolué en Europe ou en sélection nationale. Au passage on peut citer Ibrahim Gnanou, Soumaïla Tassembédo, Issa Guao… Est-il facile pour le jeune coach que tu es de les gérer ?

Quand en début de saison mes dirigeants m’ont demandé de former une équipe, j’ai recommandé des joueurs. Je suis responsable de mes recrutements. J’ai pioché au sein de joueurs d’expérience car au Faso, les gens ont la fâcheuse habitude d’enterrer trop vite les joueurs. On les trouve vieux trop tôt. Moi j’ai pris le défi de leur prouver le contraire. Tant qu’un joueur a la santé et la volonté, il peut toujours rebondir.

Les conditions de notre championnat ne suscitent pas de révolte au sein de ton effectif ?

Les joueurs que j’ai sous ma coupe savent tous qu’ils doivent rebondir. Ils doivent accepter le sacrifice. Ceux qui ambitionnent repartir pour être des professionnels, ils doivent repasser par là, le local. Mais au passage, ces joueurs disposant de grandes expériences vont mettre leur savoir au profit des autres.

Joueur tu as connu d’excellentes conditions. Coach, tu dois faire avec. Qu’est ce qui t’a poussé à accepter de travailler au Faso et non ailleurs dans des conditions bien meilleures ?

Les conditions ne sont pas comparables à celles que j’ai déjà vécues. Il faut faire avec les moyens de bord. Nous avons, nous autres qui avions connu les championnats européens un vécu, un savoir faire à partager. Il nous appartient de travailler à faire changer les choses. Nous avons les clés de l’avenir de notre football entre nos mains. Les choses ne vont pas se construire d’elles-mêmes. Pour ma part, je suis prêt à participer à l’effort de la guerre.

Alain Traoré, cet espoir du football burkinabè semble connaître les mêmes problèmes que toi : blessures à répétition ! Quel commentaire en fais-tu ?

Ce garçon doit être courageux, vraiment très courageux. Quand le sort semble s’acharner contre vous, il faut y mettre une bonne dose de foi. Ce garçon ne doit pas aller chercher la cause de ses malheurs dans une main invisible et méchante. Nous avons tous nos corps avec ses limites. Je me dis qu’il traverse des moments certes difficiles mais le bout du tunnel va arriver. Encore une fois, il doit y croire.

 Interview réalisé par J J Traoré


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