CDP : Koanda s’auto-congratule quand les militants s’interrogent

Publié le jeudi 16 mai 2013

On avait annoncé une session sur le renouvellement des structures et on a eu plutôt droit à une rencontre bilan. La directive s’y rapportant serait toujours en préparation. Rien ne presse. Les élections sont derrière et le bilan du parti aux élections couplées est plutôt bon pour Assimi Koanda et son équipe à qui l’on prédisait un waterloo. En attendant de revenir aux sujets délicats (le renouvellement des structures en est un), on n’a pas boudé son plaisir d’avoir pu faire mentir les esprits sceptiques

La reprise des élections qui devait rétablir l’opposition dans ses droits a renforcé davantage l’emprise du CDP sur l’électorat. Sur les 563 sièges qui étaient en compétition, le CDP a raflé 390, soit 69%. Avec ses 12 363 conseillers, le parti au pouvoir confirme sa suprématie politique au plan national. En d’autres termes, cela représente 317 communes dans son escarcelle sur 351, contre seulement 25 pour les partis de l’opposition qui se placent derrière les partis de la mouvance présidentielle qui avec leur 27 communes renforcent aussi leur présence dans le paysage politique. Sur les 13 conseils régionaux, le CDP s’adjuge à lui seul la direction de 12. Seul Banfora a échappé au CDP, pour les raisons que l’on sait. 9 maires des 13 capitales de région sont CDP. En ce qui concerne les chefs- lieux de province, le CDP s’installe dans 35, laissant mouvance et opposition se partager à égalité les dix restants. La grande faiblesse du CDP c’est sa politique du genre. La directive sur les quotas adoptée au 5ème congrès n’a pas donné de résultats probants sur le terrain. Sur les 317 communes conquises, seules 8 sont dirigées par des femmes. Une honte. Au CDP plus qu’ailleurs, le dynamisme est essentiellement féminin. Pourquoi alors cette contradiction ? Il y a sur la question genre, un véritable problème qui déborde les limites du seul parti au pouvoir. Les partis n’ont pas encore trouvé la solution à ce problème. Ont-ils seulement la volonté et la détermination de vaincre les pesanteurs sociales et politiques qui entravent la pleine expression politique de la femme ? Ce n’est pas certain.

Le syntsha, l’invité surprise

Comme toujours, il se trouve des « têtes brûlées »pour rompre l’harmonie des débats. La grève du Syntsha a été le prétexte du casus belli. Un premier ministre qui se déjuge de cette manière, ça démissionne sous d’autres cieux, observe un intervenant. Une question toxique que Koanda tente maladroitement d’évacuer : « Nous n’avons pas été consulté » se défend-il. Une petite phrase qui alimente les commentaires. LAT serait-il en voie d’être lâché ? Sentant l’ambiguïté, Léonard le vieux briscard vole au secours de son président : « Nous sommes solidaires du Premier ministre. »Trop tard, le mal est fait. L’alibi ne peut pas servir dans les deux sens. Si le premier ministre ne vous a pas consulté c’est autrement dit, tant pis pour lui. Difficile de dire après qu’on est quand même solidaire. Une telle cacophonie au sommet suffit pour corroborer la rumeur sur le lâchage de Luc Adolphe Tiao !

Les critiques auraient également été au rendez-vous. Le tripatouillage des listes de candidats par la direction du parti a une fois encore été stigmatisé. La charge : Tous les problèmes viendraient de la direction du parti qui a une propension à changer les décisions de la base quand celles-ci ne l’arrangent pas. Nouvelle bévue de Koanda : « c’est ainsi que fonctionne le parti  ». Franchise d’un néophyte politique. On ne reconduit pas une erreur au prétexte qu’elle est devenue familière. Mais Koanda n’a pas besoin d’une pirouette sémantique dont sont friands les politiques dialecticiens. Il a pris en effet le parti dans cet état et il n’a pas besoin de le changer si ça marche. Celui qui n’est pas content peut aller voir ailleurs. Autre charge : Dans un parti qui fourmille de cadres, quelle idée d’imposer le même Kanidoua à la tête de deux commissions ad hoc sur les trois créées pour préparer la session sur le renouvellement des structures. Comme on le voit le malaise né du contentieux interne sur les listes persiste. Mais l’équipe dirigeante se hâte lentement pour le résorber. La date de la session sur le renouvellement des structures n’est pas connue. Aura-t-elle lieu au deuxième, troisième ou quatrième trimestre de l’année ? La direction ne tranche pas la question. 

En attendant une hypothétique rédemption

Le CDP n’a pas implosé comme on l’a vu malgré la mise à l’écart de ses messies. Les critiques fusent dans le camp des militants mais très peu osent parler dans les instances statutaires. Le parti a tous les signes d’un parti fantôme. S’il a continué à garder une certaine cohésion dans ses rangs, c’est parce que les figures emblématiques malgré leur mise à l’écart n’ont pas encore ouvertement déclaré la fronde. Ces dernières continuent de penser qu’un sursaut viendrait de Kosyam. Mais le grand camarade fait le dos rond, s’offre même le luxe de l’hésitation pendant que le bateau coule un peu plus, chaque jour qui passe. Il est pourtant urgent qu’il annonce ici et maintenant que 2015 ne saurait le concerner personnellement. Cette annonce permet d’ouvrir la voie à la succession et pour que celle-ci soit paisible, elle doit être préparée. C’est ce qu’a fait le président kenyan Moi Kibaki et quand ce dernier a expliqué sa démarche devant ses pairs au dernier sommet d’Addis Abeba, Blaise et ses pairs ont applaudi. Mais apparemment ce qui semble bon pour les autres n’est pas bon pour lui. Sinon, comment comprendre ses louvoiements dont on perçoit les signes extérieurs à travers les gesticulations du CCRP et l’obstination à mettre en place un sénat qui n’apporte aucune plus value aux institutions démocratiques, encore moins à la pratique démocratique. Face à ce flou entretenu par le capitaine du navire, le CDP se comporte comme une feuille morte qui suit les caprices du vent, au lieu d’imprimer son propre cours aux événements. Malheureusement cette atmosphère de fin de règne ne semble pas être une source d’inspiration pour les partis de l’opposition, apparemment plus préoccupés par autre chose qu’à acculer dans ses contradictions, le parti au pouvoir. On ne parle plus par exemple des faux et usages de faux qui ont permis à deux magistrats de faire acte de candidature et dont un siège actuellement à l’Assemblée nationale. On ne parle pas de la gestion par le pouvoir CDP des dossiers de corruption à la douane, pas plus qu’on ne parle de l’accaparement des richesses nationales par une certaine famille. Le scandale révélé par la lettre du continent dont s’est fait l’écho, notre confrère l’Observateur paalga ne risque pas non plus d’émouvoir significativement nos partis de l’opposition. Le CDP a bien de la chance.

Germain B. Nama


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