Journée nationale du Paysan : Je te promets, tu t’engages ?

Publié le jeudi 16 mai 2013

Les journées nationales du paysan se succèdent et se ressemblent, à la différence qu’elles ne se tiennent pas toujours dans la même ville. Cette année encore, la messe a été dite et, les paysans ont retrouvé Blaise Compaoré dans la cité du paysan noir, Banfora, pour réciter le bréviaire : moderniser l’agriculture pour atteindre la sécurité alimentaire. Dans cette pièce, chacun des acteurs a joué le rôle qui lui est dévolu pour les trois jours. Promesses et engagements pour dynamiser notre agriculture.

Les producteurs du Burkina entendent jouer le rôle qui est le leur dans la promotion de leur activité pour l’atteinte de la sécurité alimentaire. Ils ont pris des engagements à la dernière Journée nationale du Paysan (JNP), en vue de soutenir la mise en œuvre des actions identifiées au cours des échanges du 25 au 27 avril 2013 à Banfora. Dans le double secteur de l’agriculture et de l’élevage, les producteurs et productrices s’engagent à faire la mobilisation sociale dans le cadre de la mise en œuvre des actions de renforcement de la résilience des populations. Face à cette flopée d’engagements pris devant le chef de l’Etat, des promesses en retour leur ont été faites ! Mais les paysans ont semblé voir loin cette fois-ci. Ils ont demandé un mécanisme de suivi- évaluation des promesses et engagements qui sortent des mots des Jnp.

A l’édition de 2012, un paysan disait que « les problèmes de l’agriculture au Burkina sont connus de tous », à l’instar des élèves des classes de 3ème et terminales qui les connaissent dans leurs cours d’Histoire et de Géographie, et il ajoutait qu’il était superflu de mobiliser 630 millions de F CFA pour les seules trois journées, pour parler des maux connus de tous. La 16è fois, les paysans se sont retrouvés autour de Blaise Compaoré pour encore débiter les mêmes mots à propos de l’agriculture Burkinabè.

Ces propos de Abdoulaye Combary à la 15è JNP traduisent toute l’importance que devrait être la journée nationale du Paysan : « pour ma part, le Président du Faso est un visionnaire pour avoir institué cette journée nationale des paysans qui consacre trois jours d’échanges et de partage entre 85% de la population rurale, avec les plus hautes autorités du pays.

Il faut donc reconnaître les mérites de cette population. La preuve est que les autres pays ont emboîté les pas du Burkina. C’est très bien que le Président se tourne vers les producteurs pour les rencontrer, les féliciter, les encourager et les rassurer du soutien et de l’accompagnement de l’Etat. On ne peut pas trouver un créneau mieux que celui-là ».

Le problème ? Que deviennent les promesses et engagements pris lors de ces échanges ? On n’en sait rien. On discute, on promet, on prend des engagements et on lève l’ancre. A l’année suivante. L’année qui suit, on revient, cette fois en changeant de localité. Pour cette année, lors des échanges, les paysans ont dit que le bilan de la mise en œuvre des engagements de l’édition 2012 est satisfaisant. Allons y croire ! Mention a été faite de la résolution prise d’accroitre le taux d’utilisation des semences améliorées de 12 à 25% qui a connu une exécution de 68%. Pour leur engagement d’accroître le taux d’utilisation de l’engrais de 10%, ils ont estimé son taux d’application à 100%. La mise en place et la dynamisation des comités de gestion des infrastructures pastorales ont atteint, de leur estimation, un taux de 50,76%.

Les producteurs ont souhaité l’utilisation des informations météorologiques, l’accès aux équipements de production et de transformation. C’est devenu une nécessité pour un secteur qui entend se moderniser. Et, le renforcement des capacités des producteurs relais, la prise de mesures contre l’insécurité galopante, l’allègement de la fiscalité sur le matériel agricole ainsi que la mise en place d’une structure de financement, regroupent l’essentiel des recommandations du monde rural. Un des souhaits des paysans est la mise en place d’un cadre de suivi-évaluation des engagements et recommandations des JNP. Normal, car il faut évaluer les cadres de concertation et voir dans les mesures si les résolutions qui y sont prises sont mises en application. De là on pourra comprendre si on avance ou pas d’une Jnp à une autre. Les producteurs sont toujours dans l’attente de l’application des textes sur la sécurisation foncière et demandent l’accroissement de la production des aliments pour bétail, la gestion durable des ressources forestières à travers la promotion des foyers améliorés, du bio digesteur, et la gestion durable des écosystèmes.

Les problèmes égrenés par les producteurs sont bien connus des dirigeants. Pour Blaise Compaoré une réflexion est en cours pour la création d’une caisse de dépôt et d’investissement au profit des producteurs. Pour lui, seule l’augmentation de la productivité, le professionnalisme des acteurs de la production, la modernisation et la mécanisation de l’agriculture peuvent concourir à l’atteinte de la sécurité alimentaire. « Donc le gouvernement s’engage à accompagner le monde paysan par des charrues et des tracteurs », a-t-il promis.
Il appelle de tous ses vœux, la multiplication des aménagements hydro-agricoles, la promotion de l’agro-business, l’utilisation des semences améliorées.

Wilfried BAKOUAN

Les engagements des producteurs

  • renforcer la structuration et l’organisation des acteurs en coopératives pour l’acquisition d’intrants et l’utilisation des équipements
  • s’approprier et appliquer les bonnes pratiques agricoles répertoriées et cartographiées au cours de la 16ème édition de la JNP, suivant les différentes zones agro-écologiques,
  • augmenter le taux d’utilisation de la semence améliorée de 17 à 50%.
  • réaliser des ouvrages pour irrigation de complément,
  •  promouvoir les cultures fourragères dans tous les villages,
  • assurer la vaccination de 23 millions de volailles contre la maladie de Newcastle,
  • organiser au moins une séance de sensibilisation sur la prévention des conflits agriculteurs-éleveurs dans les 351 communes rurales du Burkina Faso.

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