Comment on se fait l’avocat des causes perdues !

Publié le jeudi 23 mai 2013

En ce mois de mai, c’est de la liberté de la presse qu’on a le plus parlé. Par deux fois, en moins d’une semaine, la présidente du CSC s’est retrouvée face aux publics des médias pour défendre ses vues « éculées » sur des notions improprement définies et donc forcément sujettes à caution.

C’est quoi la notion de l’image choquante ? Le législateur burkinabè n’en parle pas dans le code de l’information. La loi prescrit plutôt des interdictions en rapport avec les bonnes mœurs et la vie privée. Ces notions sont concrètes. Elles renvoient à des matérialités non équivoques. Quand on s’y réfère il y a un entendement commun. Par contre la notion d’image choquante est imprécise. Beaucoup de burkinabè, en voyant le président Blaise Compaoré dans un certain état physique à Banfora ont été choqués. Les journaux qui ont montré ces images ont-ils enfreint la loi ? Même si une rumeur que nous n’avons pas pu confirmer dit que des instructions ont été données aux cameramen de la TNB pour éviter les plans serrés sur le président. Le délit sur un sujet pareil est difficile à cerner. Il est donc forcément subjectif. Parce que si beaucoup de burkinabè ont compati en voyant l’état physique du président, d’autres aussi, dans une proportion non négligeable, n’ont pas été malheureux. C’est la loi des séries. Il n’y a jamais l’unanimité sur un sujet. Béatrice Damiba a compris qu’elle ne pouvait pas avoir raison seule contre la majorité. C’est pourquoi elle pense qu’il faut une réflexion sur ces notions. C’est notre point de vue aussi.

Deuxième chose, c’est en rapport avec les avis du même CSC. Nous en avons reçu, un récemment, un de plus, à propos de notre papier sur la Belle mère à Bagré ; « Aménagement agricole : Gando sévit à Bagré-pôle ». Le CSC dit qu’il a été saisi par le directeur du groupe SACBA TP, pour « diffamation à l’encontre de sa société et de la présidente du Conseil d’administration de la dite société ». Après examen de la plainte et analyse des droits de réponse produits, le CSC conclut « à la pertinence de certains griefs formulés à l’encontre du journal ». Et le CSC de préciser certains de ces griefs que l’on peut retenir contre notre journal : « les commentaires sur la PCA tendaient effectivement au dénigrement. En outre, les allégations relatives à l’implication du ministère en charge des Finances dans l’approbation des avenants n’étaient pas étayées par des éléments justificatifs probants ».

En analysant cette prise de position du CSC, il se dégage une attitude de deux poids deux mesures. Pourquoi le CSC, qui est aussi censé défendre la presse et non d’en être le cruel geôlier, ne pointe pas les aspects sur lesquels nous avions raison, en produisant l’article. Notamment et c’était l’essentiel, qu’il y a eu un avenant sur ce marché qui ne respectait pas les prescriptions de la loi ? En le faisant sommes-nous dans notre rôle ou pas ? En dénonçant ces faits avons-nous produit « des éléments justificatifs probant ou pas ? ». Il faut aussi, pour faire accepter les critiques savoir reconnaître les mérites et les saluer. C’est la maxime de Beaumarchais que la présidente du CSC Béa ne peut pas ignorer : « sans liberté de blâmer, il n’y a point d’éloges flatteurs ».

Ensuite sur cette même note d’observation, le CSC, comme les juges, agit-il à l’intérieur de sa saisine ou peut-il en sortir pour mieux trouver les moyens d’accabler les journalistes ? C’est la référence aux « allégations relatives à l’implication du ministère en charge des Finances ». Nous avions compris que c’est le directeur général de SACBA TP qui avait saisi l’institution d’une plainte sur deux faits sur lesquels il alléguait avoir été diffamé : « les imputations contenues dans l’article contre sa société et contre la confusion faite entre la personne physique de Mme Alizéta Ouédraogo et la société dans le traitement de l’information ». Voilà la saisine. Le CSC n’a pas voulu en rester là, car c’était trop maigre. Il fallait qu’il élargisse l’imputation pour mieux nous charger. Pour le CSC nous n’avions pas suffisamment d’éléments pour charger le ministère des Finances. C’est peut-être vrai, si on porte les œillères du CSC. Si nous avons incriminé le ministère des Finances dans cette affaire, c’est pour deux raisons vérifiables :

- Tout ce qui concerne les marchés publics est du ressort du ministère des Finances

Faso Baara agit par délégation du ministère des Finances. Faso Baara n’a pas nié, l’intention formulée par la patronne de SACBA TP. Elle dit n’y avoir pas fait droit. Sommes-nous obligés de la croire ? A-t-elle produit « des éléments justificatifs probants » au CSC ? Si oui nous sommes demandeurs et sommes disposés à les publier et à présenter nos excuses au ministère en charge des Finances.

Le CSC, nous n’avons cesse de le dire, ne peut pas être durablement crédible s’il veut être « un ministère de l’Information par défaut ». Le CSC doit être au service de la liberté de la presse et défendre la presse. Se porter au chevet des institutions de presse incendiées, n’est pas suffisant. Ce ne sont pas les bâtiments et le matériel, dont il faut être le garant. C’est sur « l’esprit de la Liberté » qu’il faut veiller jalousement. 


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