Ne cherchons pas l’horreur chez les autres elle est chez nous

Publié le jeudi 16 mai 2013

Trois femmes portées disparues voici dix ans viennent d’être retrouvées. Elles avaient été enlevées par des individus qui les ont séquestrées dans leur maison sans que personne ne se doute de quelque chose. Si ! Une fois quelqu’un avait cru apercevoir quelque chose d’insolite dans cette maison et avait fait appel à la police. Celle-ci s’était déportée sur les lieux mais elle n’avait pas cherché à aller plus loin que jeter des coups d’œil de l’extérieur de la maison. Elle avait même frappé à la porte et aux fenêtres mais aucune manifestation de l’intérieur en guise de réponse. Les policiers étaient donc repartis bredouilles alors qu’on leur avait dit que quelque chose d’anormal se passait dans la maison. Il faut croire que les trois femmes n’avaient pas la baraka. Libres aujourd’hui, elles pourront raconter cet épisode de leur triste histoire et l’on saura enfin ce qu’il s’était exactement passé ce jour là. Il est indéniable que kidnapper des personnes et les soustraire à leurs proches pendant de si longues années est un acte de barbarie inqualifiable. Quand du jour au lendemain et de manière inattendue, un homme disparaît sans laisser des traces, et cela par la seule volonté d’autres hommes qui ont formé le projet d’en faire un esclave, il y a là quelque chose que l’entendement humain a du mal à accepter. Et nous y voilà ! Qu’entendons-nous par humain. De prime abord, ce mot fait référence à un ensemble de valeurs sociales telles que l’amour, l’entraide, la solidarité, la pitié, autant de choses qui se déclinent en comportements et en pratiques sociales. Dans l’acception commune, l’humain englobe l’ensemble de la race humaine. Les blancs, les noirs, les jaunes, les rouges intègrent ce concept. Mais l’humain est une valeur et non un état. C’est pourquoi selon qu’on pose tel ou tel acte, on incarne ou non la valeur de l’humain. Revenons donc à nos trois femmes qui ont subi un sort inacceptable de la part d’un individu ou d’un groupe d’individus. L’horreur de l’acte est telle que certains en viennent à exclure leurs auteurs de la communauté des humains. Ils sont dépourvus de toute humanité, ce sont des barbares. Il se trouve que les actes barbares sont légion dans le monde. Aux Etats unis, les récents attentats de Boston, les massacres des écoliers de Newton, les massacres perpétrés par un étudiant américain dans un cinéma aux Etats unis il ya de cela quelques années nous amènent à nous interroger sur ce qui reste d’humanité dans le pays le plus puissant et parait-il le plus civilisé du monde. Et quand on voit les horreurs dans les séries télévisées américaines et dont on dit qu’elles constituent le quotidien des américains, on se dit que là-bas, on n’est plus dans une société humaine mais dans une jungle. Et la puissance des médias est aujourd’hui telle que les images de cruauté et de violence pénètrent dans tous les foyers du monde. N’assistons-nous pas à une inversion des valeurs ? L’Africain qui hier était le barbare et le sauvage est tenté de trouver ici l’occasion de sa revanche sur l’homme blanc qu’il tient pour incapable d’une vie sociale apaisée. Les exemples font florès pour étayer cette conviction. Mais attention de ne pas aller trop vite en besogne.

Il me souvient l’histoire de cette jeune fille amenée par sa grande sœur pour l’aider aux tâches ménagères chez son mari fonctionnaire de police à Ouagadougou. L’histoire se passe dans les années 60. Un jour la jeune fille sortit pour des courses et elle n’est pas revenue de la journée. Les recherches pour la retrouver ont duré des semaines, puis des mois, puis des années. Plus de trente ans après, une dame à peu près vieillissante fut présentée comme étant celle qui avait disparue. Ses traits physiques sont restés les mêmes même si l’âge avait fait son œuvre. La petite fille avait été kidnappée et amenée je ne sais dans quelle contrée du Bam ou de Sanmatenga par des individus qui en avaient fait un esclave sexuel. Comme on pouvait s’y attendre, elle retrouva sa famille sans les quelques enfants qu’elle a eus et qui sont restés dans le village de leur géniteur. Quel mot faut-il pour qualifier pareil acte si ce n’est le mot barbarie. Si cette histoire se passe dans les années 60, combien d’histoires du genre se passent de nos jours. Les registres de police ou de gendarmerie recèlent de ces cas.

Tout cela pour dire quoi ? Aucun peuple n’a le monopole de la barbarie, pas plus d’ailleurs qu’il n’a le monopole de la civilisation. La barbarie ou la sauvagerie sommeille en chacun de nous. Que nous soyons rouges, noirs, jaunes ou blancs, que nous vivions aux Etats unis en Europe, au Canada, ou encore en Afrique ou en Papouasie, nous sommes tous capables de basculer dans l’horreur et de perdre l’humanité qui nous caractérise. Mieux vaut connaître ses faiblesses pour mieux les surveiller et les dompter. L’humain est une valeur à conquérir sans cesse. Le savoir est déjà un début de preuve de notre humanité.

 

 


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