Le faux rapport de Sondo dans l’affaire Jérôme Traoré

Publié le mercredi 4 avril 2012

Contre l’ex DG il y aurait eu une accumulation de fautes dont ce rapport sur l’affaire de l’ex ministre de la justice Jérôme Traoré et le mécanicien Adama Kima. Ce serait apprend-on à présent un rapport biaisé. Nous avons pu nous procurer ce rapport envoyé au gouvernement mais aussi des autres rapports de la police et des GSP sur l’affaire.

 

Selon nos informations, c’est sur la base du rapport produit par le directeur général de la police que la décision de limoger le ministre a été prise. L’orage est passé. La sérénité semble de retour et voici que les autorités découvrent que le fameux rapport comporte des inexactitudes. C’est le 22 février que le directeur général a reçu Adama Kima avec son petit frère et l’imam Ismael Tiendrebeogo dans son bureau pour l’entendre sur l’affaire qui l’a opposé au ministre de la justice. C’était trois jours après les faits et au lendemain du premier article sur l’affaire paru dans L’observateur Paalga. C’est suite à cet entretien que l’ex Directeur général de la Police a produit son rapport qui a été envoyé au gouvernement. Dans ce rapport Paul Sondo met directement en cause Jérôme Traoré et les agents de la Garde de Sécurité Pénitentiaire qui sont allés chercher Kima au domicile du ministre pour l’amener au commissariat central de police.

 

Les observations de Paul Sondo

 

Dans ce rapport confidentiel envoyé au gouvernement, Paul Sondo explique d’abord que Kima était très remonté contre les agents GSP. L’intéressé les accuse de l’avoir passé à tabac avant d’être conduit au commissariat central de police. Sondo ajoute que Kima a dit avoir subi une correction de la part du ministre. Il précise par ailleurs que Kima Adama a bien apprécie sa démarche Son initiative de l’appeler pour l’écouter sur l’affaire aurait été bien apprécié. Le fait de le recevoir et de l’écouter. Si le ministre de la Justice avait eu une telle approche, concède le même Kima Adama, les choses n’auraient pas pris de l’ampleur. L’Ex Directeur Général dit avoir prodigué des conseils à la victime avant de mettre fin à leur entretien. Paul Sondo a émis quelques observations dans son rapport pour permettre au destinataire de prendre des décisions. Il explique que Kima n’a pas de haine à l’encontre de l’autorité « ce qui n’est pas le cas pour les agents qui l’ont conduit au commissariat d’autant plus qu’interpelés par les agents du commissariat sur le motif de sa conduite au poste ceux-ci ont déclaré qu’ils ne savent pas ce qui lui est reproché ».

Selon toujours ses explications, si le ministre avait laissé le dossier suivre son cours, l’affaire n’aurait pas pu prendre une telle ampleur. Pour les agents de la magistrature que Sondo ne nomme pas dans son rapport, le ministre « aurait dû laisser poursuivre la procédure jusqu’à la conduite de l’intéressé au parquet ». Pour Paul Sondo, si cette procédure avait été respectée, l’intéressé n’aurait pas pu être dehors et contacter les journaux pour raconter ce qui est arrivé.

 

Le ministre n’a pas appelé le commissariat

 

  Jerôme Traoré, ex-ministre de la Justice

Après le limogeage du ministre, il s’est avéré que ce dernier n’a jamais appelé le commissariat. C’est plutôt le procureur que le ministre a appelé. C’est ce dernier qui a contacté le commissariat central. Le rapport du chef de poste ce jour là, le confirme.

 Kima a été mis en garde à vue quand on l’a amené au commissariat pour outrage et injures publiques à l’encontre du ministre. L’officier de police n’a pas dit avoir refusé de prendre Kima. Il conforte plutôt la thèse selon laquelle Kima a proféré des injures à l’encontre du ministre. « Je précise que le nommé Kima Adama était très agité et continuait de proférer des injures à l’encontre de Monsieur le Ministre et des GSP, attitude qu’il a gardé même étant au violon ». Le chef de poste ne dit pas dans le rapport dans quel état il a reçu Kima.

 

Kima Adama

Le chef de la sécurité de la MACO qui a conduit la mission chez le ministre est formel dans son rapport. « En aucun cas et durant toute l’opération d’interpellation et de conduite au commissariat, aucun acte de violence ni de sévices corporelles n’a été administré au nommé Kima Adama ». Il dément la version de tabassage dont Kima dit avoir été victime. Mais il note que l’intéressé a opposé un refus de les suivre et a supplié le ministre de lui pardonner et de ne pas l’amener au commissariat. Kima a par la suite été maitrisé et menotté selon les termes du chef de la sécurité pour être conduit au commissariat. Ce sont au total quatre agents GSP qui ont exécuté la mission ce jour là. Sondo n’a pas considéré ses rapports et en a produit le sien après avoir écouté la victime. Dans son rapport, il disculpe totalement les agents du commissariat central. Le lendemain, la police a libéré Kima sans l’entendre sur l’affaire. Pourtant après la garde à vue, la règle veut qu’on l’entende sur ce qu’on lui reproche. La police et les GSP s’accusent dans cette affaire. Pour les premiers, si Kima a été frappé c’est bel et bien les GSP qui en sont responsables. Une accusation que les GSP réfutent en bloc. Pour ceux qui défendent les GSP, la police n’aurait pas accepté mettre Kima au violon si l’intéressé était blessé. C’était un risque qu’ils prenaient d’autant plus que le chef de poste ce jour là a, encore, en mémoire l’affaire Justin Zongo. Il était dans le commissariat de Koudougou au moment de l’affaire et devait même faire partie de la mission qui est allé chercher Justin Zongo au collège.

 

La manifestation des élèves le 23 février

 

La police n’a jamais informé non plus le procureur que Kima qu’ils ont reçu porte des blessures. L’attitude de la police est d’autant plus incompréhensible que le DG n’a pas envoyé le rapport du chef de poste qui a reçu la victime au commissariat juste après les faits. Kima ne dispose pas de certificat médical sur son état de santé et a préféré ne pas porter plainte après avoir rencontré le Directeur général de la police. Il était difficile d’ailleurs de le faire dans la mesure où il ne disposait pas d’un certificat médical.

 

Il y a également dans cette affaire l’histoire de la manifestation des élèves le 23 février devant le palais de justice de Ouagadougou. Selon certaines sources, des personnalités auraient rapporté aux autorités que les élèves exigent le départ du ministre Jérôme Traoré suite à l’incident avec Kima. On soupçonne là aussi l’ex Directeur Général d’être à la base de cette information qui s’est avérée par la suite fausse. Il est ressorti par la suite que la manifestation des élèves n’a rien à voir avec l’affaire du ministre. C’était le premier anniversaire de la mort de Justin Zongo. Les élèves sur appel de l’association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO) ont décidé de manifester devant le palais de justice pour exiger une réaction de la justice sur la mort d’autres élèves après le décès de Justin Zongo. Leur déclaration était même adressée au ministre de la justice. L’AESO que nous avons contactée a confirmé cela. Cette affaire comporte toujours des zones d’ombres.

Par Moussa Zongo


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