AUGMENTATION DU PRIX DU GAZ:Les Burkinabè rattrapés par leur gestion du secteur

Publié le jeudi 16 mai 2013

Le gouvernement a fini par passer à l’acte. Augmenter le coût du gaz domestique. Pendant longtemps murmuré, les Burkinabè ont fini par le constater en se réveillant le matin du 21 avril 2013. Une augmentation avoisinant les 25% du prix initialement bloqué depuis les années 1994 alors que le pays était frappé de plein fouet par la dévaluation. Les arguments avancés et qui ne convainquent pas beaucoup de monde sont que c’est pour sauver le mécanisme de la subvention. Et ce sont les consommateurs déjà affaiblis par la crise qui payent encore, car les marketeurs et autres revendeurs ne voient pas d’incidence sur leurs marges. En tous cas ce n’est pas pour contenter les consommateurs dont les conditions d’existence se dégradent au quotidien.

Le prix du gaz butane a augmenté au Burkina Faso. Finalement ! Pour tout dire, on voyait venir. Ce que les burkinabè ignoraient, c’était l’échéance : quand cela devait arriver ? On hésitait pour éviter la contestation sociale, étant entendu que le coût de la vie au Burkina Faso est en surenchère continue et le panier de la ménagère supporte à peine le coup. C’est à voir si certains, le plus grand nombre des burkinabè, ont encore un panier de la ménagère. Le Gaz butane jusque-là subventionné, connaissait un coût stable depuis des années presqu’immémoriales. C’est depuis 1994 que le prix du Gaz est resté constant au Burkina Faso. L’augmentation du prix de cette denrée est perçue donc comme un véritable coup de Jarnac, portant du même acte un coup de grâce à beaucoup de paniers de ménagères. Entre incompréhension et retour au bois de chauffe ou au charbon de bois, les burkinabè devront à partir de maintenant débourser 440f CFA et 1000f CFA de plus pour recharger la bouteille de 6 kg et 12, 5 kg (les emballages les plus utilisés)

Le problème du gaz au Burkina est assez compliqué tout comme les autres hydrocarbures dont les prix varient en fonction de la santé du marché mondial. Concernant le gaz Butane, il ne s’agit pas de marché international. Ce sont les explications du gouvernement qui le font croire. Il tente de lier cette augmentation à la hausse des coûts des produits pétroliers et celle du cours du dollar américain. L’Etat estime supporter seul les fluctuations du marché international ce qui met son propre mécanisme de financement en danger. Il n’arrivait donc plus, au bout d’un certain temps, à rembourser la subvention aux entreprises à temps.

« La nationale des hydrocarbures est dans une mauvaise passe depuis près de 10 ans. L’Etat n’arrive presque plus à lui verser régulièrement les subventions ». Maintenant, pour préserver le mécanisme de la subvention, il faut augmenter.

Quoi de neuf dans la tirelire ?

Arthur Kafando, ministre du commerce a expliqué le vendredi que des efforts ont été faits au niveau de la fiscalité, si non ce serait le double du prix qu’on a sur le marché que les consommateurs allaient payer et que la subvention sur la bouteille de 6 kg la plus utilisée sur le marché est de 60 %. La SONABHY a proposé au départ, 2400f CFA pour les bouteilles de 6kg et 6000f CFA pour celles de 12.5Kg. Pour 2012, le besoin de subvention s’élève à 22 milliards CFA. A la SONABHY on estime à près de 4 milliards CFA la somme qui sera économisée avec cette hausse.

Les Burkinabè doivent-ils se réjouir de celà ? 

Comparaison faite avec les autres pays de la sous-région, les prix appliqués ici, au Burkina Faso sont identiques à ceux de la Cote d’Ivoire, et légèrement au-dessus de ceux appliqués au Niger. (Voir Tableau ci-contre). Pas de quoi réjouir les consommateurs. Cette hausse est totalement supportée par le consommateur. La structure des prix n’étant pas touchée par la mesure, les marges des distributeurs et marketeurs restent inchangées. Mais il faut comprendre que c’est le coût de la subvention qui baisse au détriment des consommateurs. Initialement les subventions qui variaient entre 470 et 505f CFA descendent désormais sous la barre de 450f CFA.

Wilfried BAKOUAN

 

Tableau récapitulatif du prix du Gaz butane à partir du 21 avril

Conditionnement (capacité de bouteilles)


F CFA/Kg


Ancien Prix consommateur


Nouveau prix consommateur


Augmentation


2,75 Kg


333,33


715


915


200


6 Kg


333,33


1 560


2 000

440

10,80 Kg

400,00

3 460

4 320

860

12,5 Kg

400,00

4 000

5 000

1 000

17,5 Kg

600,00

8 750

10 500

1 750

32 kg

600,00

16 000

19 200

3 200

38 Kg

600,00

19 000

22 800

3 800

Source : CIDPH, avril 2013

 

 Tout est lié à la gestion

Quand on dit que le gouvernement n’a pas le choix : « il faut augmenter sinon, il y a pertes », oui, d’accord. Le problème n’est pas la véracité de cette position. Il s’agit ici de dire comment on s’y est pris pour ne pas pouvoir éviter cette galère à la masse de burkinabè. C’est en ces termes que le débat devrait se poser. Quand on dit que le gouvernement fait des efforts pour ci ou pour ça, soyons sérieux. Un exécutif met en œuvre un programme de développement. Mais, quand il se retrouve à ne faire que des efforts, cela signifie qu’il y a faiblesses et incapacités. Cela signifie aussi que les préoccupations du peuple n’ont pas de place dans sa politique de développement. Notre gouvernement a montré son incapacité à apporter des solutions à la vie chère. Il a abandonné sa population à la triste loi du marché. Mais à l’heure des privilèges, là le gouvernement travaille, il ne fait plus des efforts. Pendant que l’on parle de passif avec la SONABHY qui se chiffre à plusieurs milliards, le conseil des ministres avalise l’achat de véhicules de marque à coût de 1 milliards environ (955 milliards). L’année écoulée c’était des Mercedes achetées à la présidence à plus de 1 millions. Quand il s’agit de se pencher sérieusement sur les préoccupations de la plèbe, la rentabilité des entreprises est brandie en guise d’échappatoire. Conséquence, les populations qui ont déjà des difficultés pour assurer le minimum (école et soins de santé sont encore payants), sont dépouillées par la flambée des prix des petits produits dont ils sont consommateurs. C’est la graine du pauvre qui nourrit la vache du riche. Or, la rentabilité d’une entreprise nationale ne se calcule pas à la liquidité qu’elle peut faire rentrer dans les caisses, mais par l’atteinte des objectifs qui lui sont assignés (la péréquation par exemple). Quand on parle d’entreprises stratégiques chez nous, c’est celles qui peuvent faire entrer de l’argent et approvisionner nuitamment des cantines quelque part. Il y a bien des sociétés d’Etat qui ne sont pas « rentables » (qui ne font pas rentrer de « l’argent frais  »), qui vivent grâce à la subvention de l’Etat mais dont l’importance est inestimable dans la politique économique du pays. Subventionner des secteurs sensibles tels que celui des hydrocarbures et des autres produits de grande consommation, participe à l’équité dans la distribution des fruits de la croissance (8% en 2012 au BF). Les américains nous l’enseignent à suffisance dans le secteur agricole.

WB

 

 


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