La banque mondiale salue la croissance sur fond de pauvreté de l’Afrique

Publié le jeudi 16 mai 2013

L’économiste en chef pour la région Afrique de la Banque mondiale M. Shanta Devarajan, s’est félicité de la croissance de l’Afrique estimée au-dessus de la moyenne mondiale. C’était lors d’une vidéoconférence de presse tenue ce lundi 15 avril dans les locaux du Bureau de la Banque mondiale à Ouagadougou. Une croissance qui n’a pourtant pas sauvé les africains de la misère. A qui profite donc cette croissance ?

Les économistes utilisent le terme de croissance économique pour désigner la variation positive de la production de biens et de services marchands dans une économie sur une période donnée, généralement une période longue. En d’autres termes, pour la Banque mondiale les entreprises présentes en Afrique produisent beaucoup de biens et de richesses, notamment des produits de consommation ; et les services tels que les banques, les cabinets d’études, les assurances, les cabinets d’architectures… réalisent une performance remarquable. Ainsi donc, pendant que l’économie mondiale patauge dans une récession, les argentiers de la Banque mondiale marquent, par des calculs qu’eux seuls semblent maîtriser une bonne santé de l’économie africaine. La Banque attribue cette croissance à deux facteurs.

D’abord aux prix mondiaux élevés des matières premières et ensuite à l’augmentation des dépenses de consommation sur le continent. Cependant, l’économiste a souligné que cette croissance n’a pas eu un impact considérable dans la réduction de la pauvreté chez les populations africaines.

Les récentes découvertes de pétrole, de gaz naturel, de cuivre, de minéraux stratégiques, ainsi que l’expansion de plusieurs exploitations minières constituent le socle de cette croissance. Il est clair que l’exploitation de ces matières est faite généralement par des multinationales occidentales ou asiatiques qui sont dans une logique de profit effréné. Les contrats avec ces entreprises sont toujours déséquilibrés en leur faveur. Faute de cadre juridique international, les multinationales jouissent d’un pouvoir qui transcende tout contrôle démocratique. Les Etats sont à leur merci. M.Shanta Devarajan a fustigé ces contrats qui ne profitent qu’aux seules entreprises. Pour lui, c’est l’une des raisons de la paupérisation des populations africaines.

Notons que les investissements directs des sociétés transnationales dans les pays du tiers monde ne viennent pas prioritairement pour contribuer au développement, mais bien pour gagner de l’argent. L’étude très documentée du CETIM (Centre Europe-Tiers Monde) de Genève sur les activités des entreprises multinationales concluait en disant qu’elles « sont dominées par un but essentiel : réaliser le maximum de profits dans le temps le plus court possible, ce qui est à la fois le résultat de la logique de l’économie capitaliste mondialisée et du désir sans limites de pouvoir et de richesse de leurs principaux dirigeants ». Comme quoi dans la perspective capitaliste, les investissements sont destinés à être rentables, c’est-à-dire à rapporter plus qu’ils n’ont apporté. Chez nous au Faso, malgré cette exploitation à outrance des ressources minières depuis des années, les burkinabè restent dans leur majorité écrasante dans une indigence écœurante. Pendant ce temps, les industries minières sur notre sol si riche s’engraissent avec les 90% qui sont rapidement rapatriés ailleurs dans les pays riches. Et une part dérisoire de 10% des recettes est concédée au gouvernement. Cette maigreur est gérée dans une opacité totale par nos dirigeants. L’or et les autres richesses de notre sous-sol en exploitation actuellement sont des ressources non renouvelables, c’est à dire qu’une fois épuisée il n’y aura pas de régénérescence. Il urge donc que les contrats avec les sociétés minières soient revus dans le sens d’une logique gagnant-gagnant. Cela peut se traduire par une augmentation significative de la part de gain de l’Etat burkinabè. Ou par un transfert de technologie de sorte que des entreprises burkinabè puissent également maîtriser la technologie de l’exploitation des ressources souterraines. Cela doit être aussi une injonction que la Banque mondiale pourra imposer aux multinationales étrangères au lieu de mettre d’incessantes pressions sur les Etats du Tiers monde pour des réformes contre productives voire suicidaires pour les populations africaines ( le Plan d’Ajustement structurel par exemple). L’ONU doit impérativement discipliner la quête du profit des multinationales par des barricades juridiques. Il appartient également aux dirigeants africains d’être soucieux de l’intérêt général, d’être aptes à servir le peuple et non à se servir. La croissance dont parle la Banque mondiale ne profite qu’aux entreprises étrangères animées par l’esprit mercantiliste. M.Devarajan a bien souligné qu’un conducteur de taxi sénégalais a dit : la Banque parle de croissance, mais lui en tant que taximan ne mange pas la croissance. Un confrère de la Côte d’Ivoire posait une question qui ressemblait beaucoup plus à l’avis du conférencier à savoir de quelle de croissance il s’agissait, celle de son pays que la Banque classe parmi les meilleures alors que la grogne sociale bat son plein ou la croissance de la Banque mondiale.

L’économiste en de guise de conseils a exhorté les Etats africains de concentrer leurs efforts sur l’agriculture, particulièrement l’agriculture vivrière qui serait quatre fois plus puissante dans la réduction de la pauvreté. Il est difficilement compréhensible que l’économie de la plupart des Etats africains repose sur l’agriculture alors qu’aucun d’eux n’a véritablement atteint l’auto suffisance alimentaire. On note que l’agriculture de rente sous le contrôle encore des multinationales étrangères a écrasé l’agriculture vivrière des pays du sud, condamnant des populations entières à la détresse. Par ailleurs, n’oublions surtout pas que l’augmentation de la consommation indiquée comme la seconde cause de la croissance, s’effectue dans un contexte de vie chère.

La croissance doit profiter à tous. Nous baignons dans un monde mal développé à cause de la répartition injuste et inadéquate des richesses. C’est cet avatar que la Banque mondiale qui s’est assignée comme mission d’œuvrer pour le mieux être de la population mondiale doit coûte que coûte corriger

Hamidou TRAORE 


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