Pr Karifa Bayo : « Le Burkina n’a pas le choix, il doit appliquer le LMD »

Publié le mercredi 1er mai 2013

Alors qu’on s’achemine vers un blanchiment technique de l’année à l’Université de Ouagadougou (UO), des voix s’élèvent pour mettre en cause le LMD. Il faut au moins suspendre sa mise en œuvre jusqu’à ce que les conditions soient réunies, exige l’ANEB. Le président de l’Université de Ouagadougou répond qu’on ne peut pas se permettre ce luxe. On n’a plus le choix, il faut se conformer au monde, sinon nos étudiants avec leur maîtrise ne pourront plus s’inscrire dans un Master II, dans les universités occidentales.

En 2009-2010, l’université de Ouagadougou a adopté le système LMD en application de la Directive N°03/2007/CM/UEMOA portant adoption du Système License, Master, Doctorat (LMD) dans les universités et établissements d’enseignement supérieur au sein de l’UEMOA ((NDLR : Union Economique et Monétaire Ouest Africaine). 

  L’objectif, a-t-elle dit, est de « moderniser les offres de formation de l’enseignement supérieur dans le but de : assurer la réussite et réduire autant que possible les échecs, promouvoir un système lisible et comparable au niveau international, renforcer l’apprentissage des compétences transversales, développer la professionnalisation des formations supérieures, faciliter la préparation de l’étudiant à la vie active ». L’UFR/ST a été le cobaye et le moins qu’on puisse dire c’est que les résultats ne sont pas au rendez vous. Avec un taux d’admission de moins de 3% et un grand retard dans l’exécution des programmes académiques comparativement aux autres qui sont toujours dans le système classique, cette UFR en a payé un lourd tribut. Alors les craintes sont grandes et les voix s’élèvent pour critiquer et même demander la suspension de l’application du LMD. Sont de celles-là, le Pr Laya Sawadogo, ancien ministre de l’enseignement secondaire et supérieur. Dans une interview accordée à L’Eveil-Education du 21 mars au 4 avril 2013, il affirme que les difficultés de l’UO résultent de la mise en marche « automatique » de la réforme sans réunir au préalable « les éléments fondamentaux qui conditionnent le succès ».

Le LMD, c’est enseigner autrement, c’est étudier autrement. Cela suppose un investissement conséquent en infrastructures, en équipements pédagogiques, en ressources humaines, etc. A l’heure où le système entrait en vigueur à L’université de Ouagadougou jusqu’au jour d’aujourd’hui, aucune de ces conditions ne sont réunies. La panne était alors inévitable. Selon Laya Sawadogo, les enseignants sont responsables de cette situation pour n’avoir pas bien joué leur rôle d’experts.

Renoncer au LMD est suicidaire

Le président de l’Université de Ouagadougou donne un autre son de cloche. A la question de savoir si l’UO ne s’est pas précipitée pour entrer dans le système, Karifa Bayo, répond par la négative. C’était le 13 avril dernier sur Radio Campus lors de l’émission « Le Débat ».

Selon lui, l’université du Burkina Faso n’est pas seulement pour les Burkinabè. Elle est un système ouvert et ne saurait rester en marge de l’évolution du monde. Dans un contexte où tout le monde est dans la réforme, il n’est plus question de savoir si on veut ou si on ne veut pas le LMD. On ne peut plus se permettre de dire : « Je forme sans regarder ce qui se passe à l’extérieur. Les étudiants issus de notre système de formation doivent être compétitifs aussi bien sur le plan international que sur le plan national. Donc, si aujourd’hui, le monde entier a décidé de faire le LMD, je pense que c’est se suicider que de dire qu’on ne fait pas le LMD », a-t-il insisté. À en croire le Président, les universités étrangères n’acceptent plus les étudiants burkinabè qui veulent faire le Master 2 avec leur diplôme de maîtrise. Il n’y a pas lieu de fermer les yeux. Le Burkina Faso n’a pas les moyens pour déployer toutes les spécialités chez lui pour dire que ses étudiants ne vont pas faire le LMD, a martelé le Président. Du reste, avec ce changement intervenu dans l’espace UEMOA, demain on ne parlera plus de DEUG (NDLR : Diplôme d’Etude Universitaire Générale) ou de Maîtrise en Afrique ou hors du continent. Même à l’intérieur du Burkina, ce sera ainsi.

Dans une dizaine d’années, on ne demandera plus ces diplômes mais plutôt une Licence professionnelle, un Master ou un Doctorat, explique-t-il. Il rejette d’ailleurs l’idée selon laquelle le LMD est un échec. « Dire échec c’est trop dire, c’est un peu trop exagéré. C’est vrai qu’on a beaucoup de difficultés mais l’échec n’est pas total. On a eu beaucoup de difficultés et il faut rectifier le tir », déclare-t-il. Afin de « rectifier le tir », Karifa Bayo, estime que des échanges, francs et constructifs sont nécessaires.

   

Gaston SAWADOGO

Un atelier pour harmoniser le LMD

Le Ministère des enseignements secondaire et supérieur a organisé, les 15 et 16 avril 2013 à Bobo-Dioulasso, un atelier de recadrage et d’harmonisation de la réforme du système Licence-Master-Doctorat (LMD) dans les universités et institutions d’enseignement supérieur publiques du Burkina Faso.

Les participants ont noté l’hétérogénéité des pratiques en matière d’évaluation, de charge de travail de l’étudiant, l’absence de comités LMD dans les UFR de toutes les universités et instituts, l’absence de normes communes dans l’espace UEMOA, l’insuffisance de professeurs titulaires et le manque de formation aux techniques d’évaluation dans le contexte LMD font obstacle au succès de la réforme. Le Pr Nicolas Barro, vice-président de l’Université de Ouagadougou, chargé des enseignements et des innovations pédagogiques a évoqué la nécessité de former les enseignants. Selon le Pr Kalifa Traoré de l’Université polytechnique de Bobo-Dioulasso, il ne devrait pas avoir de conditions pour passer du Semestre 1(S1) au Semestre 2 (S2) dans la même année, mais plutôt d’une année à une autre. Une proposition qu’il a faite est que les cours du S2 débutent une fois ceux du S1 terminés, afin d’éviter de nouveaux retards.

Gaston SAWADOGO


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