Clarisse Kaboré : La vie trépidante et pleine d’une vendeuse de beignets

Publié le mercredi 1er mai 2013

Pour beaucoup, vendre des beignets, c’est ce qu’on fait quand on n’a pas réussi ailleurs. Pour Clarisse Kaboré, la cinquantaine, c’est un peu le cas. Sauf qu’elle a décidé d’en faire un vrai travail et cela lui a plutôt réussi. A force d’abnégation, elle est aujourd’hui à la tête d’une vraie affaire.

Elle aura passé 23 ans dans la  vente des beignets. Vivre de la vente des beignets est donc possible pour peu que l’on s’y adonne avec détermination. « Plutôt que de mendier devant des gens pour qui les moqueries et les railleries sont des flèches mortelles, je préfère me saigner pour construire ma vie ». Cette déclaration de Madame Clarisse kaboré est sans doute la graine de motivation qui a germé à l’instar de celle du niébé qui n’a plus de secret pour elle et qui a contribué à faire d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Cette quinquagénaire est une mère d’une famille chrétienne de 5 enfants dont 4 sont en vie et épouse d’un homme pour qui l’aventure est une passion. Brillante à l’école primaire car classée toujours parmi les 5 premiers de sa classe, madame Clarisse Kaboré obtient sans difficulté son certificat d’étude primaire élémentaire (CEPE). Elle aurait voulu continuer mais les limites financières de ses parents ne le lui ont pas permis. Madame Pacodi Marie Hélène, promotionnaire de cette dernière témoigne : « Clarisse était parmi les meilleurs, elle ne manquait point aux cours. A l’époque j’ai déploré le fait qu’elle n’ait pas eu la chance de continuer ses études comme moi, sinon elle est motivée pour toute chose"
Elle opte donc pour l’apprentissage du métier de tisserand pour combler son retrait précoce de l’école. Elle s’y investit après son mariage en 1974 mais sans tirer beaucoup de profit. Elle décide donc de se réorienter vers un autre métier. Madame Kaboré commence son activité de vente de beignets à proprement parler en 1987 alors qu’elle était à Bobo. L’affluence est massive. Pas question pour elle d’abandonner cette activité labélisée par la clientèle. Le jour où elle s’abstient de sortir, les clients ne peuvent s’empêcher de se plaindre. L’appétit s’étant installé, elle voit dans la vente des beignets une aubaine pour réaliser ses petits projets. Mais voilà que des contraintes de départ de son mari pour Ouagadougou l’obligent à jeter l’éponge.

Battante dans l’âme, elle décide de poursuivre son activité. Sans appui financier consistant pour faire un investissement de taille, elle choisit de s’installer aux environs immédiats du mur de sa maison pour vendre ses beignets. Comme à Bobo, l’affluence est massive. Elle décide d’ajouter des ignames frites, de l’alocos et du poisson. Elle commence à faire de bonnes recettes. Elle enregistre 2500 à 5000 fcfa de bénéfice par jour. Elle songe à épargner. Elle se tourne vers Le « cauris d’or », une sorte de caisse d’épargne. De 1987 à 2010, elle poursuit la vente des beignets qui lui apporte des gains substantiels.

Les investissements sont légions

Loin de se comparer à un fonctionnaire, Madame Kaboré s’organise du mieux qu’elle peut. Pendant les absences répétées de son époux, c’est elle qui assure tout sur le plan financier. Lorsque l’un de ses enfants est expulsé de l’école pour cause de non payement des frais de scolarité, c’est elle qui se déplace pour apurer la dette. Elle assure aussi l’argent de poche des enfants, les cahiers et autres kits scolaires. « Ma mère est une personne qui se bat. Malgré le travail modeste qu’elle fait, elle ne manque jamais de satisfaire à nos besoins élémentaires. Nous n’avons jamais envié quelqu’un dehors malgré nos modestes moyens. Et figurez-vous c’est son travail de vendeuse de beignets qui lui suffit à faire tout ça depuis que je suis enfant jusqu’à finir mes études », nous confie le benjamin des garçons, Désiré Kaboré, admis à l’ENAREF.

Actuellement les économies de Madame Kaboré, lui ont permis d’ouvrir une boutique en 2010 avec le soutien de sa sœur.

Une femme multi-tâches

Cette quinquagénaire n’a malheureusement pas eu la chance d’avoir des filles plus tôt. Bien que la dernière soit une fille, elle a dû faire les choses en comptant sur elle-même, tel préparer la sauce qui accompagne les beignets, le ménage, le moulin, etc. Il n’est d’ailleurs pas étonnant de la voir pousser la charrette d’eau de la pompe jusqu’à chez elle. « J’apprécie maman Kaboré. Elle ne cède jamais à la paresse. Elle cherche son argent. Elle n’a aucun problème, on la voit pousser la barrique d’eau sans demander l’aide de quelqu’un. C’est formidable », déclare un jeune et voisin de quartier de la dame.

En plus de son désir de se construire un avenir dans le commerce, elle se plie aux exigences et aux devoirs d’une femme de famille. Elle prend le soin de préparer et de faire les différentes tâches ménagères de la famille avant de se consacrer à son activité professionnelle. Il n’est jamais facile de concilier les deux. Certaines femmes qui avaient envie de s’inscrire dans cette activité, voisines à Madame Kaboré ont dû abandonner car elles n’ont pas tenu face au poids et aux exigences familiales. Mais les sacrifices de cette dame ne sont pas sans conséquence sur sa santé. Veiller des nuits souvent et s’asseoir tout le temps près du foyer ardent de la marmite ne font pas du bien à l’organisme. Mais elle a su résister. « Malgré des problèmes de santé que ma maman a eu dans le commerce des beignets, elle n’a jamais renoncé, se disant qu’il n’y a rien de facile dans la vie surtout pour une femme. C’est vraiment un exemple de battante », renchérit son fils Désiré.

Michaël Pacodi

pacomik@yahoo.fr


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