Bamogo Jean-Claude tire sa reverence !

Publié le mercredi 1er mai 2013

La nouvelle est tombée le dimanche 14 avril 2013. Douche chaude sous canicule à Ouaga. L’homme du Rogn’mik reem (la chanson de la tradition) qui se vendait sous le titre de Panaki panazoé (je ne mourrais, pas je ne fuirais pas) s’est éteint en cette journée du seigneur, au centre universitaire hospitalier Yalgado Ouédraogo. Nous le savions malade et interné à l’hôpital depuis le mois de mars, mais nous étions loin d’imaginer qu’il n’en sortirait pas vivant. Il avait pourtant connu pire il y a de cela quelques temps. Les croyants disent à juste titre : « l’homme propose, Dieu dispose ». Sa chanson célèbre, genre comédie musicale (la sexualité évoquée avec humour) et recueil de savoirs de l’oralité moaaga, qui revisite les tréfonds de la tradition culturelle ancestrale, a séduit jeunes (repris par les Petits chanteurs aux poings levés et Faso Kombat notamment) et vieux depuis la période révolutionnaire au Burkina Faso. A travers un message fort, il était allé plus loin que Salif Keita à travers son « nous pas bouger » ou Bil Aka Kora avec Dibayagui (nous n’abandonnerons pas ! ». Bamogo jean Claude dit Man était parvenu à mettre ensemble un cocktail de proverbes et autres éléments de sagesse de nos pères sur une rythmique bien adaptée. « Je résisterais quoi qu’il arrive à mon pays ». Il avait conquis le public burkinabè à une époque où le slogan à la mode était « impérialisme à bas ! ». D’ailleurs, à la même période et sur la même K7 il ajouta un autre tube plus direct qui dénonçait les agissements de cet impérialisme-là de la colonisation à nos jours. Certes, pour apprécier les paroles de Man (l’Homme en anglais tout simplement) sur certains tubes, il faut avoir une certaine maîtrise du mooré. Toutefois, il mettait l’accent sur une sonorité tradimoderne pour captiver tout mélomane qui sait ce que musique moderne d’inspiration traditionnelle veut dire. Notre chance à nous a été de pouvoir étudier les paroles de sa célèbre chanson lors d’un cours de littérature orale, délivré par le Pr Albert Ouédraogo (Tocsin), alors tout fraîchement rentré de Tours en France.

Nous étions en 1986. Dès lors nous nous amusions à expliciter aux vrais locuteurs du moore « les phrases à coque » qui émaillent cette musique à rythme changeant. Voilà que depuis cette époque, l’artiste n’est plus rentré au studio. Ces dernières années en plus, la maladie l’encombrait sérieusement. En 2005, dans les studios de Seydoni productions, les vieux de la vielle…époque et des jeunes loups de la musique burkinabè lui apporteront leur soutien pour la sortie de son premier album. Ils avaient pour noms : Zon Bakary (guitare) Isidore Valmédé (chœur) Tall Mountaga (clavier et chant), Ablo Zon (batterie), Serge Coulibaly (basse) et Traoré Nignan Désiré (à la guitare solo). Le phénix renaît de ses cendres, écume les scènes notamment avec ses potes du bon vieux temps. Il était du reste en train de concocter le second album chez Wepia lorsqu’il a été fauché par la mort. Ce natif de Samba dans la province du Passoré, au Nord de la capitale Burkinabè avouait avoir commencé à faire la musique en 1964 en Côte d’Ivoire aux côtés de l’artiste Amédée Pierre. De retour au pays natal en 1969, il joue avec l’orchestre Super Volta, L’odyssée se poursuivra au sein du New system, l’Afro soul Systèm, les Soubaka, le Monde, le Collectifs des anciens, Komenmoogho, les Voltaïques. Véritable attraction lors des bals de fin d’année des lycées et collèges, Bamogo qui parallèlement était styliste, couturier avait sur scène un look très soigné et une chevelure abondante bien tenue. Ce « man frimeur » ou « man pop » (d’où le surnom) des fans réussira à exploiter judicieusement la tradition au point de créer un tube sans âge qui le rend plus vivant que jamais. En quittant définitivement la scène a l’âge de 65 ans. Bamogo JC dit Man laisse à la postérité un disque 45 tours daté de 1973, deux disques, 45 tours sortis en 1975, une cassette à succès en 1986, un album en 2005 qui revisite quelques uns de ses vieux succès de 86. Ce n’est pas tout, son fils Bamos Théo a repris depuis belle lurette le flambeau et dans un tout autre style, essaye de faire mieux que le paternel. Au plan social, il a déjà fait la preuve d’un artiste au grand cœur en conduisant la caravane de la solidarité, de l’Amicale de Artiste du Burkina Faso, qui pendant l’été 2012 a remis 5 tonnes de vivres au ministère de l’action sociale du Burkina, au profit de personnes démunies. Bamogo jean Claude a consacré toute sa vie à la musique et c’est un hommage mérité que ses pairs lui ont rendu le lundi 15 avril 2013 à la Maison du Peuple de Ouagadougou. Bamogo Jean Claude est la preuve que la résistance ça a payé et ça paye encore. Ce n’est pas son jeune frère Zedess qui dira le contraire. Après avoir permis à la culture de ses ancêtres de résister aux adversités nouvelles, il repose désormais en paix dans son village natal Adieu l’Artiste !

Ludovic O Kibora


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