Education : Crises Universitaires Qu’en pensent les parents d’étudiants ?

Publié le mercredi 17 avril 2013

C’est devenu un truisme que d’affirmer que l’Université de Ouagadougou ploie sous le fardeau difficultés. Dans la cacophonie des analyses et des commentaires sur ce grand corps malade, la voix des parents d’étudiants est inaudible. Nous avons voulu ausculter cette frange de la population pour entendre leur point de vue. Impuissance, chagrin, désenchantement… constituent leur infortune

 

Les problèmes qui minent notre temple du savoir engendrent par moments de fortes tensions qui se traduisent par de gigantesques manifestations d’étudiants. C’est à ces occasions que les personnes externes à l’université montent au créneau pour appeler au calme. Sont-ils réellement conscients des problèmes qui gênent le bon fonctionnement de l’Université de Ouagadougou ? Notre échantillon est composé des personnes lettrées comme illettrées des secteurs formels et informels, pris de façon aléatoire dans les quartiers de Cissin, de Tanghin, et Zogona. Tous affirment savoir que l’Université va mal mais analysent les choses diversement. De tous les propos recueillis quatre principaux points de vue se dégagent.

Tout d’abord, certains pensent que si l’Université connaît des remous et des troubles à répétition, c’est à cause des étudiants venus de la Côte d’Ivoire qu’ils appellent « diaspo ». Pour eux, ces diaspo sont des agitateurs qui n’aiment pas s’astreindre au travail. Ils aiment la facilité et ce sont eux qui perturbent les cours par de récurrentes grèves. Les diaspo sont donc montrés du doigt comme ceux qui sont à la base des crises qui frappent durement l’Université. Comme solution, les tenants de ce point de vue proposent que tout nouveau bachelier venant de la Côte d’Ivoire soit sensibilisé sur la vie au Burkina Faso qui est différente de la vie ivoirienne. D’autres proposent même que ces derniers signent des engagements de bonne conduite avant d’être admis à l’Université. Certains bailleurs disent même être réfractaires à leur louer leur maison. Ils pensent que nombre d’entre eux ne sont pas sérieux. Et ces personnes se disent consternés par ces diaspo qui ont pris en otage l’enseignement supérieur du Burkina Faso.

Ensuite, le second groupe s’illustre par des propos très virulents à l’encontre des dirigeants qu’il qualifie d’incompétents et frappés de cécité politique. Ces personnes expliquent que le nombre d’étudiants croît de façon exponentielle pendant que les infrastructures croissent de façon arithmétique ou stagnent. Pour eux, c’est la moindre des choses que les gouvernants pouvaient prévenir. Ils ont bien vu que non seulement le nombre de bacheliers galopait à l’échelle nationale mais aussi le flux grandissant des compatriotes venant des pays voisins allait inéluctablement causer des problèmes. Le même constat vaut pour la ressource humaine, notamment le corps professoral qui est vieillissant et très limité en nombre. Certaines personnes affirment que les autorités en place se font l’idée selon laquelle les étudiants ne leur sont pas favorables en termes d’électeurs et c’est l’une des raisons pour laquelle l’éducation supérieure n’est pas classée comme une priorité dans leur politique. Et malheureusement, la conséquence, c’est des générations voire l’avenir du pays qui est sacrifié sur l’autel des calculs politiciens.

D’autres pensent que le gouvernement a opté d’amadouer l’armée afin de continuer à se la couler douce. Ils en veulent pour preuve, le soulèvement de l’armée en 2011 qui a très vite été désamorcé. Le chef de l’Etat a rompu son silence légendaire sur les problèmes internes pour trouver une rapide solution pour les hommes en tenue de peur que son « trône » ne croule. Comme solution pour quitter cet imbroglio dans lequel l’Université s’enfonce, ce groupe suggère que les autorités soient animées d’une réelle volonté politique à donner à l’Université tout son pesant d’or et son rôle incontournable pour le développement de notre pays. Il propose concrètement que l’Etat construise des salles de cours ayant une grande capacité d’accueil. Faciliter le troisième cycle par des dotations en bourses d’étude pour garantir un renouvellement du corps enseignant. D’aucuns s’offusquent du fait qu’il n’y a pas une instance où les parents peuvent intervenir de façon directe ou même pouvoir donner leur point de vue sur le fonctionnement de l’université. Ils disent être outrés et désillusionnés par l’incurie des dirigeants sur l’enseignement supérieur. Sur la visite du Premier Ministre à l’Université qui a tourné à l’intifada (mot arabe signifiant guerre des pierres), certains disent ne pas cautionner l’acte de lapidation mais comprennent les étudiants qui, sous le poids écrasant des difficultés ont fini par déchanter voire par devenir paranoïaque.

Les personnes qui soutiennent le troisième point de vue, disent ne pas trop comprendre les problèmes dans les Universités mais de tout ce qu’ils entendent sur l’Université, ils pensent que les étudiants sont victimes de maltraitance du fait des dirigeants. Pour eux, le seul fait de passer plus d’un an dans une même classe suffit à conclure que l’Université est délaissée. Et pour eux au Burkina, les choses sont simples. Une catégorie de personne, une minorité d’ailleurs se sont accaparés les richesses du pays et fait ce qu’elle veut. Dans notre pays opulence rime avec arrogance. Ils affirment qu’aucun des dirigeants constituant cette minorité n’ont leurs enfants dans les Universités du Burkina. Ils sont tous dans les grandes Universités en Europe, aux Etats-Unis, au Canada… Certains évoquent le mur encerclant l’Université érigé en 2008 suite à la manifestation des étudiants réclamant des infrastructures d’étude pour illustrer leurs propos. Les dirigeants ont préféré construire ce mur à coût de milliards pour mieux traquer les étudiants que de leur construire des salles de cours. Ces parents disent conseiller leurs enfants étudiants de passer des concours, seul moyen pour assurer leur salut. En plus, ils leur déconseillent de sortir en cas de manifestation à l’Université car « ces dirigeants là ne craignent pas Dieu, ils n’hésiteront pas à tuer ».

La dernière catégorie estime que le gouvernement fait trop pour les étudiants alors qu’ils ne sont pas seuls dans le pays. Ils arguent qu’ils sont nourris presque gratuitement, ils sont payés comme s’ils travaillaient, l’Etat construit des dortoirs pour eux, bref ils jouissent des avantages que beaucoup de burkinabè n’ont pas. D’autres exigent que s’ils ne veulent pas étudier et ne font que manifester que le gouvernement ferme l’Université pour qu’ils viennent souffrir avec les autres burkinabè qui peinent à avoir deux repas par jour.

 

L’état de l’UO dans l’état de la
nation

Selon Luc Adolphe Tiao, les universités publiques ont bénéficié en 2012,
d’une allocation de 7,876 milliards de francs CFA pour la réalisation de 07
pavillons de 2500 places chacun. Des infrastructures sont en cours de
construction à l’Université de Koudougou pour un montant global de 1 milliard
797millions de francs CFA.

Il est procédé également au lancement des travaux de construction des cités
universitaires de 1008 lits à Bobo-Dioulasso et 400 lits à Ouaga II. L’appui aux
étudiants en bourses, aides et prêts, a porté sur une enveloppe financière de 12
milliards 922 millions de francs CFA.

De la situation de la rentrée universitaire 2012- 2013

Notre système d’enseignement supérieur enregistre ces derniers temps des
années universitaires dont le déroulement est en décalage sur le cycle normal
connu auparavant à savoir d’octobre/novembre à juin/juillet. Ces décalages,
particulièrement dans certaines unités de formation et de recherche à
l’Université de Ouagadougou, ont entraîné pour certaines promotions un
chevauchement des années universitaires, si bien que la situation à la rentrée
de l’année 2012-2013 dans les universités se présente comme suit à la fin du
mois de février 2013 : La rentrée a eu lieu dans le courant du mois de février
dans toutes les filières de l’Université Ouaga II, de l’Université Polytechnique
de Bobo-Dioulasso (UPB), de l’Université de Koudougou (UK) et dans les centres
Universitaires Polytechniques (CUP) de Fada N’Gourma, Ouahigouya et
Dédougou.

A l’Université de Ouagadougou, on relève les situations ci-après : certains
étudiants au cours de l’année 2011-2012 ont poursuivi les formations au titre de
l’année 2012-2013- Ils viennent d’avoir leurs résultats. Sont concernés, les
étudiants des 1e, 2e et 3e années (L1, L2, L3) des UFR Sciences de la Vie et de
la Terre (SVT) et Sciences exactes et appliquées (SEA). Ils sont au nombre de 4
200 environ.

D’autres étudiants n’ont pas encore fini les formations et les évaluations au
compte de l’année universitaire 2011-2012. Ils sont à peine 50% d’exécution des
activités pédagogiques. Sont concernés, les étudiants de 1e et 2e années des UFR
Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et Sciences exactes et appliquées (SEA)
dont notamment les bacheliers de la session 2011 qui ont commencé les cours en
juin 2012. Ces étudiants sont au nombre de 5000 environ.

D’autres étudiants ont fini les évaluations au titre de l’année 2011-2012 et
ont effectué la rentrée universitaire 2012-2013 entre octobre 2012 et janvier
2013. Il s’agit des étudiants de l’IBAM, de l’ISSP, de l’IPERMIC, des UFR SH,
LAC et SDS ainsi que ceux de 4e année des UFR SVT et SEA.

Du blanchiment technique de l’année 2011-2012

Au regard de la situation ci-dessus évoquée, si l’on veut arriver à court
terme à une régularisation des années universitaires notamment, l’Université de
Ouagadougou, il y a lieu de commencer par n’avoir qu’une seule année académique
sur le campus, donc d’inscrire tous les étudiants au titre de l’année
universitaire 2012-2013, dont notamment les bacheliers de la session 2012.

Ces inscriptions sont en cours et les formations commenceront, pour les plus
tardifs au début du mois d’avril.

La réalisation de ces inscriptions au titre de l’année universitaire
2012-2013, ne pourra se faire à l’avantage des étudiants que si l’on procède au
blanchiment technique de l’année universitaire 2011-2012. Cela reviendra à ne
pas comptabiliser l’année 2011-2012 dans le cursus universitaire de l’étudiant
concerné. On lui permettra néanmoins de conserver les résultats académiques
enregistrés en termes d’acquis pédagogiques pour la poursuite de ses études.
L’étudiant va conserver également le bénéfice de l’appui financier de l’Etat
auquel il peut prétendre (bourse, aide ou prêt FONER estimés à 710 millions de
FCFA) au titre de l’année blanchie.

Sur un total de 50 000 étudiants que compte l’Université de Ouagadougou pour
l’année 2012-2013 dont 12 500 nouveaux bacheliers de la session 2012, environ 9
200 sont concernés par la mesure de blanchiment technique n

Sources : discours sur l’état de la nation


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