Maco : Un garde pénitencier inaugure une nouvelle forme de revendication

Publié le mercredi 17 avril 2013

Il s’appelle Bado. Il est assistant de la garde pénitentiaire à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Pour se faire entendre, il a inauguré à sa façon un moyen de revendication ; « grève de la faim avec essence et briquet ». On ne sait pas s’il aurait eu le courage de passer à l’acte, mais son cran a payé. Gilbert Diendéré, le général, qu’il a appelé est venu et à promis des réponses dans pas trop longtemps. 

On ne sait pas si c’est l’image, le garde en grève de la faim avec un sachet d’essence et un briquet à portée de main, prêt à s’immoler si... ou la forme de revendication qui restera dans les annales. L’assistant Bado qui a un culot et le sens de la formule aura réussi là où personne n’aurait imaginé une telle attitude possible. La vie à la MACO est pénible pour tout le monde, mais sûrement encore plus pour les gardes de la sécurité pénitentiaire qui eux, comme travailleurs, doivent vivre la vie de bagnard. 

Les moutons de la république

Qui sont-ils au juste ces gardes qui veillent sur les « déchets » de la société ? L’assistant Bado dont le répertoire qualificatif est infini aligne les images pour décrire chaque aspect de la pénible vie des gardiens de nos bagnes. Sont-ils des travailleurs comme les autres ? Oui sauf que renchérit Bado : « Quand on travaille, c’est pour acheter un mouton, pas pour devenir mouton ». Un travail déshumanisant pour un salaire de misère : « Nous travaillons beaucoup et gagnons peu » dit-il. Le gréviste fait savoir qu’ils font la garde 24 heures et dans des conditions inhumaines : « Quand tu montes à 16h 30 aujourd’hui, c’est demain à la même heure que tu descends ». Père de deux enfants, l’assistant Bado, 10 ans de service, dit avoir « moins de 112.000fcfa » le mois (il ne s’est pas gêné de dire son salaire exact). En faisant ses déductions, il a moins de 50. 000 fcfa le mois dans la mesure où il doit rembourser les prêts bancaires. « Le plus souvent, on est obligé de faire des découverts » a dit le gréviste

Aucune indemnité de risques
Le quotidien des GSP, c’est de surveiller les prisonniers. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils reçoivent des menaces de la part des détenus. « Toi, si je sors tu va voir » leur disent certains prisonniers. Le pire dans tout cela, les geôliers de la prison n’ont pas d’indemnité de risque. Des propos que confirment bien deux de ses collègues. « Nous n’avons pas d’indemnité de risque » disent-ils. L’assistant Bado confie que, tout récemment, un de leur collègue a été bastonné par des détenus ayant recouvert leur liberté. Ses deux collègues renchérissent en disant qu’un des leurs a failli perdre l’œil. « Un détenu lui a piqué l’œil. Heureusement qu’il a pu dévier de justesse l’objet »

L’ensemble des GSP partage la cause de Bado surnommé général. « Tout le monde est dans la même situation », seulement, disent-ils, ils font partie des corps interdits du droit de grève ou de manifestation. « Les gens souffrent. Bado a certainement trouvé le meilleur moyen pour se faire entendre » confient les collègues. 

A travers leur syndicat, la hiérarchie a fait des promesses d’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Mais c’est toujours resté des « promesses non tenues » disent-ils. Malgré tout on leur demande de faire des sacrifices. Ce qui n’est pas du goût des agents. « Se sacrifier,oui ! Mais il y a une limite »

On n’a pas été entendu par Blaise Compaoré

Selon les agents, les GSP sont les seuls qui n’ont pas été reçus par le président du Faso pendant les mutineries de 2011 pour exposer leurs doléances. « C’est parce que nous nous n’avions pas aussi tiré en l’air ? » s’interrogent-ils. Chaque jour, la gendarmerie ou la police présente des bandits à la presse. Mais après leur présentation, personne ne connaît la suite. C’est nous qui les gardons avec tous les risques possibles. Il faut les fouiller pour voir si quelqu’un ne porte pas un objet à risque. « Le paludisme, la varicelle, ce sont des maladies qu’on contracte fréquemment ici (à la MACO : ndlr ». Concernant le matériel de travail, les GSP disent qu’ « il n’y a pas un véhicule digne de ce nom pour déférer les prisonniers. Souvent même, il y a des endroits où ça se fait à pied, dénoncent-ils. Comme la prison n’apporte pas d’argent, voilà pourquoi ils ne veulent pas y investir ».

Bado n’a pas confiance à son ministre

Le point de l’affaire aura été aussi la reconduction sèche du garde des sceaux, arrivé en même temps que le général Diendéré. Les GSP ont refusé qu’il assiste à l’entrevue avec le général. « On ne le connaît pas » disent-ils avant d’ajouter « il ne peut rien faire ». Le ministre Yaméogo est donc reparti sans attendre la fin de l’entrevue. Drôle de république tout de même où les ministres n’ont plus de pouvoir. En même temps on se demande si de tels recours ne finiront pas par se retourner contre le bienveillant général ? On s’imagine que chacun attend de voir comment il va solutionner cette affaire, avant de l’appeler à la rescousse.

Basidou KINDA

 Grève de la faim : Le nouveau mode de revendication

En avril 2009, le président bolivien, Evo Moralès, a observé une grève de la faim pour « pour protester contre le retard du vote d’une loi » portant sur les scrutins présidentiel et législatif du 6 décembre de la même année. Il a eu gain de cause. Peut-être que le président du Faso en fera autant pour la modification de l’article 37.

Il y a quelques jours à Bobo-Dioulasso, c’était un agent de FILSAH qui faisait la grève de la faim pour dénoncer leurs conditions de vie et de travail. Ce samedi, c’est un agent de sécurité pénitentiaire. L’acte de ce dernier a eu un écho favorable puisqu’il a reçu la visite de Gilbert Diendéré. Ce qui l’a fait bouger de son coin. Le premier également a sursis à sa grève après des échanges cordiaux avec l’administration. Courant mars dernier, près de 400 détenus de la colonie pénitentiaire à régime sévère d’Elizovo, dans la région russe du Kamtchatka, ont commencé une grève de la faim après une bagarre de masse qui a fait plusieurs blessés (Le Monde.fr). La liste est longue.

C’est dire que désormais pour se faire entendre, les gens n’hésitent pas à s’abstenir « de toute alimentation, si nécessaire jusqu’à la mort, afin d’attirer l’attention du public ou des autorités compétentes, par la protestation contre des injustices sociales ou pour la revendication de droits lésés »

BK


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