Cyclisme : Les signes d’inquiétudes

Publié le mercredi 17 avril 2013

En sport, le plus difficile souvent n’est pas de se hisser au sommet. Mais rester excellent n’est donné à tout le monde. Le cyclisme Burkinabè a rayonné les deux dernières années. L’essoufflement se fait-il sentir ? Quelques signes d’inquiétude.

Deux fois vainqueurs du Tour du Faso, vainqueurs du Tour du Cameroun (premier pays africain à l’avoir gagné), vainqueurs du Tour de la CEDEAO, Togo, Grand prix de l’impossible tels des cannibales, « mangeaient » toutes les épreuves au point de n’être plus souhaités sur certaines épreuves du continent (Tour du Cameroun, Tour du Bénin) ! Le Burkina Faso, en deux ans a quitté le ventre mou du classement des meilleures Nations de cyclisme (39e rang) pour entrer dans « le big 5 », les 5 meilleurs Nations cycliste du continent. On se doit de tirer la fière chandelle à ces coureurs qui ont su, à la force de leur jarrets hisser le drapeau de notre pays haut, ci haut. Evidemment, 5e marche n’est pas tête de liste. Il y a encore des progrès à faire. Mais le défi le plus immédiat est d’assumer ce rang déjà honorable. Apparemment ce n’est pas gagné. Faute de moyens financiers, les Etalons cyclistes doivent garder leurs vélos bien fourrés dans leur étui. Invités à plusieurs Tours où il y a des points à prendre, le Burkina doit, la mort dans l’âme, renoncer. Il sied de savoir que tous les Tours ne donnent pas droit à des points. Il y a des épreuves majeures sur le continent qui sont notées. C’est en allant à ces compétitions qu’on bonifie doublement sa participation. C’est le rendez-vous des géants. Là, les points ne se distribuent pas, il faut les mériter. La participation à ces compétitions rend compétitif. C’est le lieu de s’aguerrir. Et c’est là que l’on cherche en vain nos coureurs cette année. Les coureurs burkinabè n’ont pas répondu présents au Maroc pour le tour de ce pays. Ils étaient attendu en France pour une l’épreuve, le Tour de Belfort. Ce ne sera pas fait. Le risque est énorme. La chute de nos coureurs est programmée. Ils seront évidemment moins compétitifs. Mais il y a pire. En interne, la Fédération burkinabè de cyclisme doit faire face à des comportements de plus en plus négatifs. En sport, la discipline est la première des conditions du succès. Et lorsqu’elle « fout le camp » les résultats sont en danger. Convoqués en sélection, Noufou Minoungou n’a pas trouvé mieux que de refuser de répondre à l’appel. C’était pour le Grand Amissa Bongo au Gabon. Les billets d’avion ont été payés en son nom, les ordres de missions ont été signés, les réservations des hôtels ont été faits à l’heure du vol, il est pointé absent. Renseignement pris, il boude la sélection parce qu’il a un différend avec le club du président au sujet de son transfert. Finalement, les Etalons ne partiront qu’à 5 au lieu de 6 ! En fait, les coureurs ont failli tous prendre en otage ce voyage. Sous l’incitation du capitaine, Amidou Yaméogo, un mouvement de révolté avait été planifié. Des coureurs ont voulu conditionner leur déplacement au Gabon par le paiement d’une prime de sélection de 500 000 F CFA par coureurs. En fait, ils ont voulu refaire le coup du Tour du Faso. Reçus par le ministre des Sports à l’époque, le même capitaine avait surpris plus d’un en menaçant publiquement que lui et ses camarades ne prendraient pas de départ tant qu’ils n’empocheraient pas la somme de 500 000 F CFA. Pris au piège et devant les journalistes, le ministre n’a eu de choix que d’accepter. Il est vrai que les coureurs gagnent peu. Ils n’ont pas les mêmes primes que les footballeurs par exemple. On est aussi d’accord que le vélo fait mal. Avaler 170 voire 180 km à coup de pédale n’est pas donné à n’importe qui. Mais en toute chose, il faut savoir revendiquer. Les footballeurs n’ont pas eu leurs primes en faisant des grèves. C’est le fruit de longue négociation. En 2002 quand les Etalons footballeurs ont refusé d’embarquer pour aller jouer au Mozambique, la sélection des grévistes avait été purement et simplement remplacée par les cadets. Pour le cas des cyclistes, ayant eu vent des intentions, la fédération de cycliste a exclu le capitaine meneur de la sélection. Déjà, sa tentative n’était pas suivie par tous car 4 des coureurs sélectionnés s’étaient désolidarisés de cette prise ne otage du voyage. Nous sommes d’avis que les coureurs ont droit au bonheur. C’est d’ailleurs pour améliorer leur quotidien que la Fédération a pris la résolution de ne pas retenir un rond des prix et primes que les Etalons cyclistes viendraient à remporter. Car la particularité du cyclisme est que toute course donne droit à une enveloppe. Des prix et des primes sont à remporter à chaque course. Les sélections les plus performantes « se font » plein les poches à chaque course. Prendre part à une course devait être l’occasion de rêve pour nos coureurs qui savent qu’ils peuvent y gagner gros. Le désordre né de la participation au Grand prix Amissa Bongo peut plomber la marche de notre cyclisme. La fédération tente de reprendre de la main en sanctionnant les coupables (3 mois de suspension pour le capitaine, Amidou Yaméogo, 6 mois de suspension contre Noufou Minoungou) mais le signal est fort. Il y a des raisons de s’inquiéter d’autant plus que le Tour du Faso va lui aussi mal.

JJ.TRAORE


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