Province de la Sissili : Menaces sur la zone pastorale de Yalé

Publié le mercredi 17 avril 2013

Ils avaient fini par perdre espoir, ces éleveurs de la zone pastorale de Yalé. La création dans les années 80 de la zone les avait gonflés d’espoir, celui de voir enfin un début de sécurisation de leur activité. Mais il ne leur a pas fallu longtemps pour commencer à déchanter. De nombreux SOS adressés à l’autorité ne l’ont pas fait bouger. La visite du ministre des Ressources animales le 25 mars dernier va-t-elle enfin apporter la solution à leurs doléances ?

Entouré du chef de Yalé, des conseillers municipaux du village, des membres de l’union provinciale des agro-pasteurs, le ministre des Ressources animales, Jérémie Ouédraogo a pu mesurer l’étendue des attentes des éleveurs mais aussi leur joie de pouvoir enfin les exprimer de vive voix à une autorité de son importance. Dans la zone pastorale de Yalé, l’urgence aujourd’hui, c’est la matérialisation des limites, afin d’arrêter les installations anarchiques des champs de nouveaux acteurs qui se dépêchent de détruire l’environnement afin de bien marquer leurs possessions. Il faut emprunter l’axe Sapouy-Léo, précisément entre le village de Nebou jusqu’aux environs de Yalé pour voir à quel point la nature a été massacrée. Et ce n’est pas seulement le long de la nationale N 6 que l’on observe le phénomène. Si vous prenez la peine de rentrer en profondeur des terres, vous êtes frappés par l’importance des occupations foncières au cœur même de la zone pastorale. Et pourtant ce sont 40 000 hectares de terres qui avaient été affectées à la dite zone et l’Etat y avait même engagé d’importants investissements et installé plus de 500 ménages. 11 forages, 7 puits à grand diamètre, 7 parcs de vaccination et 1 magasin de stockage d’aliments de bétail avaient été construits. Il faut aussi y ajouter deux mini-laiteries dont une à Léo appartenant aux éleveurs de ladite zone, 5 logements destinés à abriter le personnel d’encadrement (ingénieur et techniciens d’élevage etc.), un bureau et une salle de formation. Ces investissements traduisaient la volonté de l’Etat de promouvoir et de sécuriser l’activité d’élevage à travers la sédentarisation, mais aussi de créer les conditions optimales pour l’accroissement de la production et de la productivité.

Pas d’approche intégrée

Malheureusement cette volonté de l’Etat a tourné à la confusion en particulier dans le tournant des années 90. En effet, c’est dans cette période qu’une décision du ministère de l’Environnement octroyait des concessions domaniales de chasse à des nationaux. Certaines de ces concessions empiétaient sur des zones pastorales déjà existantes. C’est le cas notamment du Safari-Sissili accordé au confrère feu Norbert Zongo. Les limites des deux entités n’ayant pas été clairement délimitées, les incidents se sont multipliés sans qu’une solution viable n’ait été proposée par l’Etat. Des problèmes n’ont pas manqué également avec des agriculteurs installés dans la même zone pastorale. Des dégâts d’animaux y sont fréquents notamment dans des champs de coton entraînant des incidents entre agriculteurs et éleveurs, les uns exigeant des dédommagements, les autres refusant de s’exécuter, au motif que ces champs n’y ont pas leur place. Suite aux incidents répétés, une mission conjointe, ministère de l’Environnement-Ressources animales avait fait le déplacement de Yalé pour se faire une idée de la situation. Les responsables de l’union provinciale des agro-pasteurs leur avaient soumis leurs doléances mais à ce jour aucune réponse officielle concrète ne leur a été apportée. Ceux-ci attendaient en particulier de l’Etat, une solution à la question de l’insécurité foncière, par la matérialisation des limites entre zone pastorale et zone de chasse, la nécessité de déclarer la zone pastorale, zone d’utilité publique, l’actualisation du cahier de charges des zones pastorales. La viabilité de la zone exige que soit renforcé le personnel d’encadrement, l’équipement des laiteries en matériel de collecte, de transformation et de conservation des produits laitiers et la mise en place d’un fonds de roulement pour l’achat d’aliments de bétail. A la rencontre du 25, les pasteurs ont souligné la nécessité d’une approche pédagogique dans les initiatives à prendre qui doivent être comprises par toutes les parties, en particulier des agriculteurs. A preuve, un entrepreneur est venu poser des bornes sans qu’aucune action préalable de sensibilisation n’ait été entreprise. Le résultat est que ces bornes ont été arrachées par les villageois.

Nécessité d’un inventaire de l’existant

Plus de 30 ans après la création de la zone pastorale, l’heure du bilan est venue. L’atelier de réflexion initié en septembre 2011 par le ministère des Ressources animales avait souligné cette nécessité. La visite du ministre Jérémie Ouédraogo dans la zone pastorale de Yalé intervient comme la mise en œuvre de cette recommandation. Quel est l’état des acquisitions physiques trois décennies après (forages, parcs de vaccination, bâtiments etc.), combien de pasteurs sont-ils actuellement dans la zone ? L’Etat avait promis de mettre en place les services sociaux de base dans chaque unité pastorale. Il y’en a 9 dans l’ensemble de la zone. Les promesses n’ayant pas suivi, certains pasteurs se sont rapprochés des villages pour pouvoir en jouir, ce qui ne va pas sans poser quelques problèmes. Pour retrouver l’idée de départ d’unités pastorales parfaitement intégrées, l’Etat doit s’efforcer de tenir parole. En particulier, il doit mettre un frein à l’anarchie qui s’est installée dans la zone avant qu’il ne soit trop tard

Germain Bitiou Nama

Cogitation d’éleveur

Barry Issouf est un des responsables de l’union provinciale des agropasteurs de la Sissili. La quarantaine bien sonnée l’homme a une haute idée du pastoralisme dont l’avenir au Burkina est aujourd’hui obscurcit par de nombreuses contraintes. La zone pastorale de Yalé est unique dans la région du Centre-ouest affirme t-il. Il importe que toute la région en fasse son affaire au lieu de laisser les pasteurs seuls dans leur lutte. Les ghanéens ont compris le parti qu’ils peuvent tirer du bétail burkinabé offre des conditions attractives (pâturages, pistes sécurisées, eau, structures sanitaires etc. Sur 100 bêtes qui passent la frontière ghanéenne, moins de 30 reviennent au bercail. A cette allure affirme t-il, il y a vraiment péril dans la demeure. Dans l’attitude des autorités burkinabé, Barry Issouf y voit un parti pris idéologique qui fait la part belle aux agro businessmen. C’est un présupposé qui veut que ce qu’on appelle les nouveaux acteurs soient le moteur du développement. La petite production apparait comme une survivance du passé. Erreur affirme avec force notre interlocuteur pour qui l’Etat burkinabé est en train de creuser une tomb collective pour le Burkina tout entier. Nous avons promis que ses propos parviendront à qui de droit. C’est chose faite

GBN

 

 


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