ALfred Dogbé, un Grand homme de Lettres et des arts

Publié le mercredi 4 avril 2012

Bien connu au Burkina Faso pour ses apports inestimables aux différentes Récréâtrales, à la série télé Commissariat de Tampy, aux mises en scène dans les Instituts français de Ouaga et de Bobo, Alfred Odjo Dogbé avait vu le jour à Niamey le 9 septembre 1962. Nigérien de nationalité, il était né de parents togolais. C’est d’ailleurs lors d’une dernière visite qu’il rendait à sa mère résidant à Lomé qu’il achèvera la course de sa vie à l’âge de 50 ans. Grosse perte pour le monde des arts et des lettres en Afrique. La maladie a eu raison de ce jeune homme jovial plein de talent le 02 mars 2012 au CHU Lomé Tokoin, alors qu’il n’avait pas fini de vider son grenier de savoir. Au commencement, Alfred qui, nanti d’une maitrise es lettre moderne obtenu à l’université Abdou Moumouni de Niamey en 1988, était destiné à l’enseignement du français. Il avait une telle soif d’expression que le seul public des salles de classe lui paraissait limité. Il s’engage parallèlement dans l’écriture pour le grand public. Chroniques journalistiques, nouvelles, poésie, théâtre, Alfred Dogbé embrasse les belles lettres avec passion. En 1995, il publie Monsieur l’inspecteur in Les Cauris veulent ta mort (Nouvelles), éd. Sépia, France, et c’est parti ! Parmi la dizaine d’œuvres qui suivra, une sera éditée par les éditions Découvertes du Burkina, à Ouagadougou en 2008 : Du gombo pour deux légumes, (théâtre), Coll. Récréâtrales. Le CARTEL, c’était sa maison au Faso. Auteur et metteur en scène, Tiens Bon BonKano ! une de ses créations, était savamment mise en scène par Mahamoudou Tindano avec une interprétation réussie de Boukary Tarnagda, le jour même où il rendait l’âme à Lomé. Drôle de coïncidence ! C’était à l’Espace culturel Gambidi de feu le Pr Jean-Pierre Guigané. Un autre maître des planches qui a quitté ce monde il y a de cela un peu plus d’un an. Nombreux sont certainement les Burkinabè qui n’ont pas connu physiquement Dogbé, mais à l’évocation de Burocrassie (2008), Du gombo pour deux légumes (2003), Richard III de Ouagadougou (2004) joués par sa Compagnie Arène théâtre dans la capitale burkinabè, le souvenir est tout positif. Faire rire parfois, rester coller aux réalités de son monde toujours, était la force de cet homme à la sympathie débordante. A l’institut français de Bobo-Dioulasso en février 2010, il est co-auteur avec Evelyne Fagnen de Déroutes, (Pièce pour marionnettes), qui donnera du plaisir aux Ouagalais lors du Festival Rendez-vous chez nous, la même année. Alfred était foncièrement africain et ses écrits transpiraient cette africanité qu’il voulait promouvoir dans le sens de l’ouverture et du partage avec les autres. Lors d’une interview accordée à Mathieu Menossi et Mélanie Carpentier en marge du Salon du livre en mars 2006 à Paris, il disait ceci sur l’utilisation des langues africaines : « La pratique généralisée de l’oralité est un état aussi de ce qu’on appelle l’éducation. S’il y avait une volonté réelle de passer à une pratique de la langue écrite, cela se ferait très vite. En Afrique, il s’agit de pratiquer l’oralité comme un moyen d’échange social. Alors l’oralité de mes textes est une forme du récit. Ce sont deux oralités différentes. La question en Afrique est de savoir comment faire vivre nos langues dans le rapport quotidien avec la langue française, qui est en train de devenir la langue domestique au détriment de tous les autres langages. » Adieu l’Artiste !

 

Ludovic O. Kibora


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