Page d’Ange : les Colons et les mendiants !

Publié le mercredi 17 avril 2013

On retrouve les deux catégories dans les espaces fréquentés par les expatriés. Les colons étant bien sûr nos chers amis de la métropole et ex ou actuelle-future mère patrie et les mendiants, nos compatriotes.

Leur coin privilégié et adoré est l’Institut ou ex centre culturel que tout le monde connaît très bien au centre-ville de la capitale ouagalaise mais vous pouvez les voir aussi dans les halls des grands hôtels de la place.

Les premiers arrivent, les seconds cherchent à partir.

Parmi les premiers, certains sont de simples touristes visitant le pays jadis des hommes intègres mais qui est maintenant couché, affalé sur cette intégrité qui a tant fait sa réputation et mis le Burkina Faso sur la carte mondiale. D’autres, des artistes en projet de création ou cherchant à en initier. D’autres encore, des paumés cherchant à ‘’créer situation’’ dans un pays qu’ils imaginent riche de potentialités et d’opportunités favorables. Ceux-là, ce sont les experts ès tout. Comme le Burkina est un pays pauvre selon toutes les statistiques (et la poétisation des termes de pays sous-développés en pays en voie de développement puis maintenant en ‘’PPTE’’ et ‘’PPTE renforcé’’1 ne change absolument rien à la donne), ils sont certains de pouvoir faire de bonnes affaires. Dans ce lot, j’ai rencontré une riche héritière cherchant à investir dans des projets pour des femmes dans un village. Elle visait la transformation du beurre de karité et l’installation de coopératives du tissage du Faso dan fani. Or, dans cette région, existent déjà de telles initiatives mais ses interlocuteurs burkinabè se sont bien gardés de le lui dire. Elle avait déjà même investit là-dedans et venait voir où en était le projet mais je l’ai entendu à son retour se plaindre des malversations car rien n’avait été fait mais les sous avaient été bel et bien dépensés. Je n’ai pas compati à son désarroi car les colons qui s’imaginent qu’ils vont refaire le monde pour nous en Afrique et nous apporter le salut, alors qu’ils ne font que réinventer la roue, qu’on les bouffe bien. Et cette dame a eu le culot de me dire : « Je ne me suis pas laissée faire. Je leur ai fait une scène qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Que seraient les Burkinabè sans nous les Français ? »

Hié !!! C’est palabre comme ça-là même, que moi Angèle je cherche. Je l’ai bien proprement remise à sa place.

De mon observatoire privilégié donc, j’ai assisté à plusieurs scènes cocasses qui en font des scénarii puissants. Il ne reste plus qu’à les tourner en films.

La scène qui s’est répétée plusieurs fois est la suivante : le mendiant, qui est souvent là bien avant le colon le guette depuis un bon moment, puis au moment qu’il juge favorable, il l’aborde sous un prétexte quelconque. Il prend le soin de le saluer d’abord comme une connaissance en lui tendant et serrant la main. Surpris, son interlocuteur, par politesse répond. Puis la question tombe :

-« Vous venez d’arriver ? C’est votre première fois ici ? Moi, je suis artiste… »

Le colon, toujours par politesse répond puis le mendiant qui avait pris le soin de dissimuler dans ses poches la marchandise qu’il voulait lui vendre, la sort. Refus poli du colon qui veut s’échapper mais le mendiant insiste. Dans la dernière scène dont j’ai été témoin, après avoir repéré sa proie, le mendiant lui court après et le salue :

- « Bonjour ».

Pas de réponse. 

- « Bonjour ; bonjour. Monsieur, je vous salue. »

Le pauvre monsieur était au téléphone avec ses écouteurs et ne pouvait donc pas entendre celui qui le poursuivait de son salut.

Vous ici, entre vous Burkinabè, vous ne vous saluez pas. Quand vous vous rencontrez, c’est un regard de mépris, d’indifférence et de haine que vous vous lancez et tu te mets à poursuivre un blanc pour qu’il réponde à ton salut ? C’est la force ? Ce dernier a l’air de chercher quelqu’un. Le mendiant l’aborde donc sur cette occasion favorable :

-« Vous cherchez quelqu’un ? »

-« Oui, un étudiant. »

-« Ah, venez par-là, j’en ai vu tantôt » et il l’entraîne. Pas d’étudiant en vue. Il sort alors de sa poche un vélo miniature en fil de fer mais le type n’est pas intéressé. Il ne s’avoue pas du tout vaincu, insiste, persiste et signe. Le blanc qui a enfin compris le topo cherche une parade et la trouve en faisant mine de reconnaître quelqu’un et de s`élancer à sa poursuite. Notre mendiant revient bredouille. Je l’observe toujours et nos regards se croisent. Il se détourne, gêné.

Ainsi, donc, nous Burkinabè jadis si fiers de notre dignité, l’avons perdue et bradée pour rien ?

J’ai été quelque peu perturbée par la réflexion d’un médecin (psychologue) burkinabè rencontré à Ouaga qui m’affirmait sans rire que lui est redevenu voltaïque car être burkinabè ne signifie lus rien du tout et que lui préfère encore, de ce fait être voltaïque. J’ai eu beaucoup de peine et continue d`y penser mais il ne faisait que traduire un sentiment réel et présent de plus en plus chez nos compatriotes qui ne comprennent pas qu’on ait pu perdre un si grand trésor pour ‘’prendre la lune avec nos dents2’’.

Il était une fois un pays dont j`étais si fière. Venue dans ce pays mien à 19 ans (je dis toujours que j’ai découvert le Burkina à cet âge-là car ma première venue remontait à mes 7 ans lors des funérailles de Yaaba Pelga, ma grand-mère maternelle), je devais faire ma première CIB. Je vais, accompagnée de mes cousins déjà installés là, au lieu d’établissement. Je dépose mon dossier à 9h le matin, et j’ai ma carte le même jour à 16h. Je n’en revenais tellement pas que j’ai sauté de joie en brandissant ma carte une fois sortie du bâtiment.

Wahoo, j’étais fascinée par la célérité du processus car en Côte d’ivoire, ça prenait un temps fou mais en plus, il fallait graisser la patte.

Burkina Mon Burkina, lebg nWA woye3 !

Angèle Bassolé, Ph.D, Écrivaine et Éditrice,

Ottawa, Ontario, Angelebassole@gmail.com

1PPTE : Pays pauvres très endettés ou HIPC en anglais (Heavily indebted Poor Countries)

2Autre expression du même sens que ‘’prendre des vessies pour des lanternes’’.

3Burkina Mon Burkina, reviens (avec une profonde supplique).


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