Zedess sur les pas de Hessel

Publié le mercredi 17 avril 2013

« Résistances » comme un mot d’ordre ?Comme pour paraphraser l’auteur « d’indignez vous », Stéphane Hessel, le plus iconoclaste de nos musiciens, Zedess, avec son dernier opus exhorte à la « Résistance », disons plutôt aux résistances, puisque l’exhortation est au pluriel.

L’homme dont la bouche ne porte pas caleçon !

Zedess artiste engagé ? Extrémiste disent ceux qui ne le piffent pas. Ceux qui sont « In », dans le système disent qu’il est « aigri ». En fait c’est le mot « cloue bec ». Ceux qui servent ça à leur vis-à-vis croient pouvoir les complexer. Quand vous êtes ainsi traités, c’est parce que vous êtes jaloux. Un pauvre type. Zedess dont la bouche ne porte pas caleçon revendique crânement, son droit d’être aigri. Et leur rétorque justement dans une des chansons de « Résistances » : « il est facile de nous traiter d’aigris, vue la façon dont vous vous êtes enrichis ». Cette parole de « Bramogo » (l’homme du ghetto), n’est pas toujours bien vue et elle n’ouvre pas forcément les portes de certains médias, les grands. Elle a même le désavantage de braquer contre vous les « censeurs » de la République. Ces gens formés à faire plaisir, même quand on ne le leur demande pas. Si « Ouaga sans char » et « Sarko le hongrois » peuvent passer en boucle sur les Ondes de la Tnbreuse, d’autres de ses titres ne sont pas les bienvenus.

En 2010 dans son maxi dédié aux révisions constitutionnelles, il a loué Alpha Konaré, l’ancien président du Mali qui avait su partir du pouvoir. Dans le même maxi, il évoquait « l’article 37 ». Ce parallèle est-il la raison de la mise en quarantaine du maxi ? Que celui qui est dans le secret des Dieux réponde.

Cette fois c’est « Résistances » !

Depuis quelques jours, Zedess, que d’aucuns appellent gentiment « Etalon », de la musique burkinabè évidemment, est de retour pour une tournée de dédicace de son dernier né, le bien nommé « Resistances ». Un album dont le titre « Burkina 2015 », ne va pas le réconcilier avec « ceux qu’on connait ». Normale, on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu. Avec cette chanson, il met les pieds dans le plat de la contradiction politique du moment. Ces paroles sont dures, mais il prévient qu’il n’a nullement envie de « noircir le tableau », puisque lui aussi « est passager du bateau ». Il prévient seulement que 2015 « c’est l’année de tous les dangers ». Alors il s’autorise à interpeller individuellement et nominativement chacun des acteurs principaux de la scène politique. Il dit à ce propos « c’est la première fois que je dis le nom de Blaise Compaoré dans une de mes chassons »

Cet album comporte 10 titres. Trois sont particulièrement en phase avec la conjoncture politique et sociale de notre pays. Outre 2015 « année de tous les dangers » deux autres devraient faire grincer les dents : « la santé de nos dirigeants » ! Tient ! Tient ! Zedess était-il dans le secret des Dieux ? La semaine où il a dédicacé son album qui contient ce titre, Blaise Compaoré revenait de la France où il était allé « faire un simple check up ». Zedess qui a lu, l’article de L’Evénement sur la question « Blaise à Paris, Maladie ou repos ? » s’est amusé de la coïncidence : « certains diront que c’est à dessein, or c’est plus d’une année que j’ai écris et orchestré cette chanson » s’en amuse t-il. Le troisième titre « les nouveaux riches », ces gens dont « la fortune n’a pas d’histoire », comme disait fort bien Norbert Zongo. Décidément les Zongo….

Une promotion porte à porte 

Le Bramogo fait ses choses à la manière du ghetto. Pour la promotion de son album Zedess choisit les endroits où il peut le plus rencontrer les gens du quartier. A Ouaga, c’est à REEM DOOGO, à Gounghin et à Koudougou, dans un endroit du même acabit. L’essentiel dit-il c’est d’aller à la rencontre des « fans ». L’homme de la résistance est aussi l’homme de la transparence, sur les CD il a tenu à marquer le prix de vente. « Ça plait pas forcément à tous les revendeurs… mais au moins les bramogo savent combien ils doivent débourser »

Newton Ahmed BARRY


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