Développement rural : le biodigesteur pour une « économie verte »

Publié le jeudi 18 avril 2013

L’importance du biodigesteur n’est plus à démontrer pour ceux qui le connaissent. Sont de ceux-là, l’Etat Burkinabè qui en sait beaucoup sur cette technologie. En janvier 2014, les subventions mises à la disposition des ménages pour les aider à acquérir le biodigesteur prendront fin. Avec l’arrêt de la subvention, tous ceux qui veulent acquérir l’ouvrage devront le faire à coût réel, c’est-à-dire, 400 000 F CFA au moins. Or le biodigesteur est une technologie très bénéfique pour les ménages ruraux qui sont en majorité, pauvres. Si notre Etat ne peut pas accompagner les populations pour son acquisition, autant dire adieu au développement durable en milieu rural. En effet, si rien n’est fait pour accompagner les populations rurales de la précarité dans laquelle elles vivent, comment celles-ci peuvent-elles transformer les éléments de leur vie quotidienne en richesse ? Comment peuvent-elles rentabiliser une exploitation par la création d’une plus-value endogène, qui respecte l’environnement ?

A toutes ces interrogations le biodigesteur intègre des éléments de réponse différenciés, les unes aussi importantes que les autres. En effet, le dispositif du biodigesteur offre des avantages à plusieurs niveaux d’activités d’une exploitation familiale : agriculture, élevage, environnement, énergie, etc.

D’abord, sur le plan agricole, l’ouvrage de 6 m3 peut produire jusqu’à 60 tonnes de compost à partir de l’effluent ou digestat dont l’utilisation permet d’augmenter la rentabilité des champs de 20 à 25%. Selon les spécialistes de l’agriculture, une exploitation agricole d’un hectare de superficie a besoin de 6 tonnes de compost équivalent à trois (3) sacs de NPK et deux (2) sacs d’Urée qui sont tous des engrais chimiques. Ce résultat découle de l’amélioration par le compost de la fertilité et de la structure physique des sols cultivés. Sachant que le Biodigesteur ne peut pas fonctionner sans bovins, la promotion de l’outil sonne comme un encouragement tacite de la pratique d’un élevage de type sédentarisé et intensif. Il s’en suit nécessairement un accroissement des productions de lait ou de viande par exemple. 

Le Burkina Faso est un pays dont la balance commerciale est déséquilibrée. Son économie est fortement tributaire des importations de produits divers. Parmi ceux-ci, les produits pétroliers qui sont des sources d’énergie fossile et les intrants agricoles occupent une grande place dans les échanges avec l’extérieur. Avec l’accroissement au fil des ans des besoins du pays, le déficit de la balance commerciale se creuse d’année en année.

Pour améliorer cette balance commerciale, il faut d’une part accroître les exportations nationales, mais d’autre part, il faut aussi développer des initiatives pour trouver des produits de substitution à ceux que l’on importe le plus et notamment aux énergies fossiles et aux engrais chimiques.

Dans cette démarche, l’utilisation à grande échelle du Biodigesteur permettra de faire des économies substantielles sur les importations d’engrais chimiques dont se servent beaucoup les exploitants agricoles en campagne. Cela peut réduire les écarts dans notre balance commerciale. Entre janvier 2010 et décembre 2012, 2013 biodigesteurs ont été construits sur toute l’étendue du territoire Burkinabè. L’exploitation optimale de ces installations permet de produire 120 720 tonnes de compost par an. En termes d’engrais chimiques, ce tonnage de compost vaut 6 036 sacs d’engrais, soit un montant de 81 486 000F CFA environ qui auraient pu être économisés par les ménages pauvres, si l’on considère le coût subventionné du sac d’engrais (13500 FCFA environ par sac).

Sur le plan énergétique, les ouvrages construits en 2010 (111 biodigesteurs) et 2011 (609 installations) ont produit une quantité de biogaz évalué à 299 376 mètres cubes pour une énergie libérée de 6 885 648 MJ. Cette quantité équivaut à 12.080 bouteilles de 12 kg de gaz butane. Certes, l’utilisation du gaz butane est encore marginale dans nos campagnes ; mais l’hypothèse d’une importation de cette quantité de gaz aurait nécessité une sortie de devises de 46 320 000 F CFA. Par ailleurs, l’utilisation de la production domestique de biogaz contribue à réduire les consommations de bois de chauffe et par conséquent à la protection de l’environnement. 

Un piège pour méthane

En termes de contribution au réchauffement climatique, le Burkina Faso n’est pas un gros pollueur au même titre que les pays industrialisés (Inde, Chine, Etats-Unis, Australie…). Mais, il se doit d’apporter sa contribution au défi mondial de réduction de l’émission des gaz à effets de serre (GES). Et la promotion du biodigesteur est une des contributions car le fait de piéger le méthane dans le biodigesteur et de le brûler à des fins de cuisson et d’éclairage entraîne une réduction importante des émissions de gaz à effet de serre, selon les spécialistes. En effet, le méthane contenu dans le biogaz est un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le gaz carbonique et la gestion traditionnelle du fumier par les ménages produit du méthane qui est rejeté dans l’atmosphère.

En outre, la technologie du biodigesteur renforce la résilience des ménages ruraux au phénomène des changements climatiques. Enfin, la technologie contribue à l’assainissement du cadre de vie des populations rurales.

C’est pour toutes ces raisons que le Programme National de Biodigesteurs du Burkina Faso (PNB-BF) est mis en œuvre depuis 2010. Ce programme qui assure le marketing social de la technologie est financé par le Gouvernement burkinabè et l’ l’Africa Biogas Partnership Programme (ABPP) qui est un partenariat entre le Ministère de la Coopération au Développement des Pays Bas (DGIS), l’Organisation Néerlandaise de Développement (SNV) et l’Institute Humaniste pour la Coopération avec les Pays en Voie de Développement (HIVOS).

Le gouvernement doit prendre le relais

La promotion du biodigesteur est soutenue par l’octroi d’une subvention de 160 000 F CFA à tout ménage qui construit un biodigesteur. Cette subvention est supportée jusque-là par l’ABPP. Mais avec la crise financière, ce dernier a décidé de sa suppression à partir du 1er janvier 2014. Au regard du niveau de pauvreté des ménages ruraux, la suppression de la subvention portera un coup dur au développement des constructions de biodigesteurs dans nos campagnes. La subvention pour l’investissement dans un biodigesteur est de 40% pour un biodigesteur de 400 000 F CFA. Donc le ménage acquiert l’ouvrage à 240 000 F CFA. Si cette aide s’arrête, les ménages se trouveront face à eux-mêmes et il est aisé d’imaginer leur désarroi. Pour éviter ce scénario, il est important que le Gouvernement prenne le relais du partenaire financier en prenant à son compte le financement de la subvention dans l’optique d’aider les foyers ruraux à s’équiper en biodigesteurs. La capacité de la technologie à contribuer au développement durable qui a été reconnue par les plus hautes autorités nationales et les organisations paysannes devraient accélérer l’adoption d’une telle mesure.

Les engagements non tenus

Les paysans lors de leur 15ème édition de la Journée Nationale du Paysan ont pris un engagement pour réaliser 75 000 biodigesteurs. Blaise Compaoré, dans son discours à la nation en fin d’année 2012 a reconnu la capacité de la technologie du biodigesteur à impacter positivement sur les conditions de vie des ménages ruraux en ces termes « En outre, le processus lancé pour la diffusion de la technologie des biodigesteurs vient contribuer à l’amélioration du quotidien des ménages en milieu rural, et participer à la protection des équilibres écologiques ». Cette déclaration vaut engagement de sa part à mettre la technologie à la disposition du plus grand nombre de Burkinabè ruraux que possible.

Chantal aussi s’y était mise. Elle a visité un ménage biodigesteur en avril 2012 à Kienfanguin où elle avait apporté son soutien à la technologie qu’elle avait qualifiée « de quelque chose de fabuleux que nous devons vulgariser ». Elle s’était aussi engagée à œuvrer à la mise en place d’un système de crédit pour améliorer l’accessibilité des femmes à la technologie. Mais jusqu’à maintenant, rien et les ménages attendent de pouvoir acquerir le biodigesteur

Le gouvernement aussi a inscrit le programme biodigesteur comme programme prioritaire de la SCADD.

A l’échelle régionale, le Ministre Djibril Bassolet s’est engagé à soutenir la promotion de la technologie dans la région du Centre-Ouest lors de la célébration du 1500ème ouvrage à Réo en octobre 2012. Si toutes ces voix ne sont pas suivies d’effet, en pratique, la fin des subventions, mises en place par le programme et ses bailleurs, à l’orée 2014 n’encouragera pas les foyers ruraux à adopter l’outil.

Au-delà de la question de la subvention, le biodigesteur, est un outil peu coûteux (au regard de sa durée de vie de 20-25 ans) et adapté. Il permet de produire de l’énergie verte, de mieux intégrer et intensifier les productions agro-pastorales et de renforcer les capacités d’adaptation des petites exploitations familiales au phénomène des changements climatiques. C’est pourquoi les politiques nationales et les plans de développement des collectivités décentralisées doivent en tenir compte. Plus particulièrement, les pouvoirs locaux, dans leur dynamique de développement de proximité, doivent dorénavant y intégrer le biodigesteur. L’exemple des pays du BRIC est là pour convaincre les communautés locales à s’engager dans cette voie.

Le Burkina Faso ne doit pas rater le train de l’Economie Verte. Déjà la stratégie qui consiste à engager le Burkina Faso dans la dissémination à grande échelle de la technologie du biodigesteur est bonne. Mais l’arrêt de la subvention risque de freiner l’engouement des petites exploitations pour cet important outil d’amélioration de leurs conditions de vie et de leurs modes de production dans une perspective d’une meilleure prise en compte de l’environnement. Rendre la technologie plus accessible aux ménages à travers l’octroi d’une subvention du Gouvernement en lieu et place de celle du bailleur, permettra de booster l’effort quotidien des populations sur le terrain du développement, tout en positionnant le pays sur les sentiers d’une Economie Verte.

Wilfried BAKOUAN


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