Pollution industrielle:Bobo peine à soigner le mal

Publié le mercredi 4 avril 2012

Par Moussa Zongo

 Capitale économique du Burkina, plusieurs unités industrielles ont été implantées à Bobo-Dioulasso. 88 unités industrielles ont été officiellement répertoriées par la direction régionale du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie des Hauts bassins. L’implantation de ces unités industrielles dans la ville de Sya qui contribuent pour beaucoup au développement socioéconomique du pays comportent également des inconvénients. La pollution industrielle est une réalité à Bobo-Dioulasso. Une situation que les différents acteurs n’ignorent pas. Mais pour le moment, les différentes actions menées restent timides et ne permettent pas de lutter efficacement contre le phénomène.

 

Des feuilles d’arbres totalement couvertes par les fibres du coton de la SOFITEX

A Bobo, la plus grande zone industrielle est située dans l’arrondissement de Konsa, sur la route de Banfora. C’est là-bas que se concentrent les plus grandes unités industrielles de la ville. Dans la zone, on trouve les plus grands pollueurs. Pas besoin de chercher loin pour trouver un pollueur. Pour traverser la zone des différentes unités d’égrenage du coton de la Société nationale des fibres et textiles (SOFITEX), il faut se protéger pour ne pas recevoir les fibres et autres débris du coton qui sont permanents dans le périmètre. Dans cette zone, ce ne sont pas uniquement les riverains qui se plaignent. Les passagers ne comprennent pas pourquoi la SOFITEX n’arrive pas, en dépit de plusieurs années d’expérience, à contenir à l’intérieur de ses unités les fibres qui polluent la nature. « Je suis au secteur 19. Tous les jours, j’emprunte cette principale route pour aller au centre où je travaille. Mais sur une grande distance, tu es obligé de te protéger le nez avec une main tout en conduisant pour que les fibres ne pénètrent pas dans tes narines », explique Boureima Ouattara qui pense que la faute revient aux autorités politiques locales qui doivent, selon lui, prendre des mesures vigoureuses pour protéger les populations contre la pollution. Certains pensent que la situation ne peut pas changer et tentent de vivre avec le phénomène. C’est le cas de Ousmane Barro. « Je suis ici depuis plusieurs années et c’est toujours la même chose. Nous vivons sous les fibres tous les jours. On n’y peut rien. », se résigne Ousmane, un mécanicien situé non loin de l’usine d’égrenage. Sa voisine est une restauratrice. Ses principaux clients sont les ouvriers des unités industrielles installées tout autour. « Nous couvrons permanemment nos ustensiles mais on ne peut pas éviter souvent que les fibres tombent dans les plats de riz des clients une fois servi. Mais ils nous comprennent. Ce sont principalement des travailleurs de la SOFITEX. Ils sont aussi mécontents de leur société qui ne trouve pas une solution au problème des fibres. Sur le long de la route, les fibres sont éparpillées dans la nature sur plusieurs centaines de mètres. »

COVEMI et sa poussière

 

SOFITEX n’est pas le seul pollueur visible dans leur zone. Beaucoup de gens en veulent à la compagnie villageoise minière (COVEMI) qui concasse le granit dans la cour à ciel ouvert. La poussière que soulèvent les machines envahit les voisins à longueur de journées. Des riverains pour la plupart qui sont des travailleurs des unités industrielles. Ils ne cessent pas de se plaindre. Les ouvriers de COVEMI sont pourtant conscients que leur activité gène énormément le voisinage qui inhale la poussière tous les jours. Mais selon un des ouvriers de COVEMI, tout le monde peut se plaindre sauf les travailleurs de SOFITEX. « Nos voisins de la SOFITEX nous emmerdent aussi avec les fibres quotidiennement. Mais nous ne leur disons rien. Pourtant, la plupart de ceux qui se plaignent sont des travailleurs de SOFITEX. », explique cet ouvrier de COVEMI. « Nous les avons interpelé à plusieurs reprises mais les responsables de COMEMI n’ont jamais voulu changer. », nous confie un riverain. Selon un technicien de l’environnement, COMEMI n’a pas le droit de s’installer au milieu des gens. Les textes les obligent à être au moins à 200m de la population. Autres catégories d’unités industrielles qui polluent Bobo et ses environs, ce sont les huileries. Il y en a 47 dans cette ville. La plupart d’entre elles ne respectent aucune norme en matière de protection de la nature. Les huileries produisent des déchets industriels tels que les eaux usées qui, si elles ne sont pas prétraitées avant le rejet dans la nature, peuvent polluer l’environnement et les eaux. Ce sont des eaux qui sont riches en huiles et en soude caustique. Des substances très dangereuses pour l’environnement. A Bobo-Dioulasso, certaines huileries rejettent clandestinement leurs déchets non traités souvent dans la nature. Les services de l’environnement sont parfois mis devant le fait accompli. « En 2009, nous avons été approchés par une huilerie qui voulait rejeter ses déchets. Nous nous sommes déportés sur le site où la société voulait déverser ses déchets. Nous avons trouvé que le site est situé sur le versant du Kou. Nous leur avons dit de ne pas déverser les déchets sur ce site. Nous étions en train de négocier avec la municipalité pour leur trouver un endroit. Pendant que nous cherchions la solution, ils sont allés sur le site contre indiqué pour déverser leurs eaux usées non prétraitées. », explique un technicien de la direction régionale du ministère de l’Environnement et du Cadre de vie. Selon ce technicien, les conséquences n’ont pas tardé à se manifester dès les premières pluies. Le Kou qui alimente la ville de Bobo-Dioulasso en eau potable a reçu ces déchets. Les animaux qui s’abreuvent dans la zone sont tombés malades. Les éleveurs qui ont saisi la direction provinciale de l’Environnement avaient menacé de porter plainte contre la société. Mais finalement, ils ne l’ont pas fait.

 

Le marigot Houet permanemment pollué

 

Pas de solution pour le moment au problème du marigot Houet

Ce n’est pas le seul cas de pollution dans les banlieues de Bobo. La direction régionale de l’Environnement a reçu d’autres plaintes ces dernières années. Les villages non loin de Bobo traversés par les cours d’eau se plaignent régulièrement de la pollution de leurs eaux par les huileries et autres industries qui n’hésitent pas à rejeter leurs déchets dans les forêts hors de la ville. Dès les premières pluies, l’eau emporte les déchets dans les cours d’eau. « Pourtant, les populations utilisent ces eaux pour différentes activités domestiques dans leurs villages. », explique un technicien. En juin 2005, plus de 500 silures sacrés ont été décimés dans les eaux polluées du marigot Houet. La savonnerie SN CITEC et la SOFIB avaient été indexées par la population. On accuse ces unités industrielles d’avoir rejeté leurs eaux usées toxiques dans le marigot. Le maire de la commune avait promis de situer les responsabilités et de donner une suite judiciaire à l’affaire. Mais depuis lors, aucune société n’a été poursuivie dans le cadre de cette affaire. A plusieurs reprises, la pollution du cours du marigot a provoqué la mort des silures sacrés. Aujourd’hui, même les grandes unités ont cessé de déverser les eaux usées dans ce cours d’eau qui traverse la ville de Bobo, certaines petites unités continuent clandestinement à y déverser leurs déchets. Selon le président de la commission environnement de l’arrondissement de Dafra, l’une des commissions les plus dynamiques selon certains services techniques, il faut une synergie d’action pour sauver définitivement le cours d’eau. « L’affaire du cours d’eau concerne toute la commune. Un seul arrondissement ne peut pas résoudre le problème. » Berthrand Sanou constate seulement avec tout le monde que des eaux usées y sont déversées toujours.

 

L’ONEA souffre avec son système de lagunage

 

L’ONEA a construit dans la ville de Bobo un système de lagunage. Un mécanisme qui consiste à traiter les eaux usées avant de les déverser dans la nature pour une épuration naturelle. Mais les industriels ne se bousculent pas pour se connecter au réseau. La connexion au réseau nécessite le respect des normes en matière de rejet. L’industriel doit d’abord installer un système de prétraitement de ses eaux usées. Un procédé qui coûte cher. Aujourd’hui, l’ONEA a des problèmes avec son système d’égout. Certains industriels ne respectent pas les normes de rejet et ne prétraitent pas leurs eaux. Sur le site des installations de l’ONEA à Dogona, les riverains se plaignent aussi d’être victimes d’une autre pollution. L’épuration naturelle n’est pas totalement effective. Les riverains sont permanemment victimes de mauvaises odeurs qui viennent de la ville. C’est l’unique système pour des le moment à Bobo pour amoindrir les risques énormes de pollution des industries de la ville. La plupart des industriels, faute d’équipements, ne sont toujours pas connectés au système de lagunage de l’ONEA. Beaucoup continuent de déverser leurs déchets dans la nature. La ville de Bobo ne dispose pas d’un site de déversement des déchets industriels. Chacun se débrouille avec ses déchets. Certains industriels telle que SAPHYTO qui produit des médicaments et WINNERS avec ses piles conservent dans leurs usines des déchets hautement toxiques. Pour le moment, ces industries cherchent des solutions pour se débarrasser de ces déchets. Des déchets très dangereux ne peuvent pas être déversés dans la nature. La plupart des sociétés industrielles que nous avons contactées n’ont pas voulu se prononcer sur le phénomène. Le cadre législatif qui protège l’environnement contre la pollution industrielle est récent. Il date de 2001. Ce code de l’Environnement exige des industriels une étude d’impact environnemental avant l’implantation de l’unité industrielle. Presque toutes les industries de Bobo installées avant 2001 n’ont pas fait cette étude n

Réalisé avec l’appui de la CISV et du réseau des journalistes de la région du Piémont (Italie)


Commenter l'article (11)