Page d’ange : Habemus Papam

Publié le jeudi 4 avril 2013

Le 13 mars 2013, malgré mon état de santé précaire et inquiétant qui m’a fait manquer mon vol (ça devient récurrent pour moi car j’ai toujours du mal à repartir d’ici… Toujours un pépin de santé la semaine même de mon départ. Rires). Bref, ce mercredi 13 mars donc, j’étais dans une sérénité et un total apaisement de l’esprit et de l’âme en attendant les résultats du Conclave des cardinaux à Rome pour l’annonce d’un nouveau pape. Puis, ce fut fait. Nous avions un nouveau pape en la personne de l’Évêque jésuite argentin Mgr Jorge Mario Bergoglio

J’étais apaisée, heureuse et satisfaite de ce choix. Un évêque qui refuse les honneurs que lui confère son statut comme d’avoir une voiture, un chauffeur ou un domestique et qui choisit de prendre le bus et le métro comme le simple peuple de Dieu, voilà qui ne pouvait être qu’une bonne intro pour moi. Un prince de l’Église (comme certains aiment à les désigner) qui décline l’offre d’habiter dans la luxueuse demeure réservée à son rang et qui préfère occuper un modeste appartement près de sa cathédrale, voilà qui ne pouvait que me séduire ; moi l’insoumise et la rebelle fidèle de cette Église un peu trop sclérosée et vieillotte à mon goût. François a déjà fait enlever le chiffre premier qu’on lui avait collé à sa désignation quand il a fait connaître son choix de prénom. Il veut qu’on l’appelle François tout simplement. Pas 1er comme la coutume à Rome l’aurait voulu (puisque c’est le premier pape à s’appeler ainsi et que c’est de coutume que la numérotation soit utilisée). En optant de ne pas accoler de chiffre à son nom et surtout pas premier qui lui aurait donné l’impression de renoncer à son humilité, le nouveau pape donne là encore une leçon de modestie à ces princes de l’Église qui aiment bien trop les premiers rangs, les honneurs et tous les tralala mondains. Il a bien annoncé ses couleurs en apparaissant à la foule massée sur la place St Pierre avec sa simple soutane blanche sans la mozette rouge papale, demandant à ce peuple de Dieu de le bénir et de prier pour lui. Il a aussi refusé après la cérémonie de monter dans la voiture officielle qui lui était destinée pour se rendre en bus avec les cardinaux et dormir avec eux dans le même bâtiment.

Choisir de se mettre sous la garde et la protection de St François d’Assise, pauvre parmi les pauvres, riche et noble qui s’est dépouillé comme son maître pour suivre la voie de la charité, de l’humilité et de la pauvreté est un autre sceau que son mandat sera placé sous de nouveaux auspices et constituera une rupture totale avec la tradition séculaire du Vatican. C’est, pour moi un choix bien inspiré. Rappelons que lors de la dernière élection papale, Mgr Jorge Mario Bergoglio suivait Benoit XVI de près en nombre de votes et avait supplié ses pairs de ne pas lui confier cette si lourde charge. Mais cette fois, c’était son heure, bien que n’étant pas du tout favori, vu ses 76 ans et son poumon en moins. Une nouvelle ère a sonné dans l’Église universelle (car catholique veut dire universelle) avec un pape qui a déjà donné comme prêtre, évêque, archevêque, cardinal et primat d’Argentine des gages de sa simplicité, de son humilité, de sa profonde et sincère spiritualité et de son option résolue pour les pauvres et les plus petits. Un archevêque qui vend son archevêché pour aider des indigents, va habiter en 2009 dans un bidonville de Buenos Aires avec un de ses prêtres menacé de mort par les narco-trafiquants, voilà qui n’est pas commun, qui force l’admiration et devrait servir d’exemple à tous les responsables de tous les clergés d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Océanie qui n’ont pas encore compris que c’est pour servir et non être servis qu’ils ont été appelés à ces charges. Tous ces responsables dépassés, obnubilés par le pouvoir que leur confère leur statut, qui vont jusqu’à pactiser avec des pouvoirs sanguinaires, corrompus et anti-démocratiques pour opprimer le pauvre peuple de Dieu au lieu de les libérer, feront, je l’espère acte de repentance pour suivre le 266e successeur de St Pierre qui a fait preuve de bravoure, d’audace et de courage politique en choisissant d’être proche des faibles, des pauvres et des démunis comme l’a fait l’insoumis de Nazareth.

Pour ma part, le tsunami qui a frappé et secoué le monde entier et plus particulièrement l’Église catholique suite à l’annonce de la démission de Benoit XVI ne m’a pas atteinte. Je n’ai pas été saisie par cet émoi gigantesque. Je n’ai été gagnée par aucune tristesse. Je ne me suis tout simplement pas sentie concernée. Pas que je n’aime pas Benoit XVI. Non du tout. C’est un immense théologien doué d’intuitions fulgurantes. Ses commentaires des textes bibliques, ses catéchèses et encycliques sont lumineuses. Mais après Jean-Paul II, il ne pouvait pas avoir de Benoit XVI. Et en ne le comprenant pas, ni lui-même Benoit XVI, ni la curie qui l’a élu, voilà ce qui nous a conduit à cette démission. Benoit XVI aurait dû décliner la charge dès sa nomination comme l’avait fait bien avant lui Saint Célestin V à qui on avait fait quitter son monastère pour devenir pape mais qui a abdiqué seulement cinq (5mois) après sa désignation. Or, Benoit XVI avait déposé le 28 avril 2009 son palliumi sur la chasse des reliques de ce même Célestin V retourné à son ermitage après son abdication et voilà Benoit XVI qui s’apprête à se retirer dans un … monastère après avoir prié et rendu hommage à Célestin V le 4 juillet 2010 dans l’ermitage où ce dernier est mort. Il n’y a jamais de hasard dans cette vie et tous nos gestes ne peuvent être gratuits ; Il y a des signes comme ça qui deviennent prémonitoires sans qu’on y prêtre soi-même attention.

Auf wiedersehen Benoit XVI !ii

Willkommen François !

Danke schön alle !

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,

Ottawa, Ontario.

Angelebassole@gmail.com

Pallium : ornement sacerdotal blanc brodé de croix noires, porté par le Pape et les hauts dignitaires ecclesiastiques.

ii Au revoir, bienvenue et merci tous deux en allemand.


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