Education : Des « cabris morts » chassent TIAO du campus

Publié le lundi 1er avril 2013

Le Restaurant Universitaire refectionné pour recevoir Luc.

Les étudiants ont organisé l’intifada contre Luc Tiao. L’annonce de la visite avait passablement échauffé les esprits. Mais on ne s’attendait pas à un tel dérapage. Les étudiants semblent avoir été courroucés par les maladresses des organisateurs. 

 

Les étudiants sont à bout de nerfs. Ça tout le monde le savait plus ou moins. Mais la profondeur de la frustration avait toujours été mal évaluée, surtout par les premiers responsables de l’Etat. Il n’a pas fallu grand-chose, lors de la dernière visite du premier ministre au campus de l’UO, pour que la situation dégénère. L’ANEB, le principal syndicat des étudiants avait appelé à la mobilisation. Mais les débordements n’avaient pas été vraisemblablement prémédités. Concours malheureux des circonstances, la visite arrive à un moment où certains résultats catastrophiques venaient de tomber. Le 15 mars les étudiants en S1 de l’UFR/SVT ont leurs résultats. Ils sont catastrophiques. Sur 1880 étudiants, seulement 35 ont réussi, soit un taux d’admission de 2%. A cela il faut ajouter la dèche de certains étudiants qui ont passé deux années sans recevoir leurs allocations financières. Déçus et fauchés, le sang de ces malheureux n’a fait qu’un tour devant l’étalage de luxe pour accueillir le premier ministre. Les autorités de l’université, sans qu’on ne sache où elles ont eu ces sous, n’ont pas lésiné sur les dépenses pour le confort du premier ministre. Amphi reclimatisé, route grattée et damée pour y poser le tapis rouge du premier ministre, restaurant universitaire lavé et eau javellisée pour servir des repas dignes de ce nom au chef du gouvernement. Il y a donc de l’argent pour faire certains travaux. Pourquoi ne les fait-on pas ? Les responsables de l’université ont incontestablement manqué de tact.

 

Origine de la crise universitaire

 

Chacun se borne à dire que l’Université traverse une crise. Rares sont ceux qui abordent les origines de cette crise et l’effet que cela a pu produire sur le monde universitaire, principalement les étudiants. Rétrospectivement, la crise actuelle remonte à 2008, quand les étudiants de deux UFR (les unités de formation et de recherche qui ont remplacé les facultés) ont décidé d’aller en grève pour des revendications académiques. On n’a pas bien compris l’objet de la réaction du gouvernement qui avait violemment réprimé, avec l’aide de la RSP, la garde de sécurité présidentielle, la marche organisée par les étudiants sur la présidence de l’université. Toujours est-il que cette marche est violement réprimée. Le pouvoir choisi la méthode forte. L’armée est mobilisée voire les redoutables éléments de la garde présidentielle (RSP). Tous les services sociaux notamment le restaurant universitaire, l’infirmerie, les bourses et autres allocations financières sont suspendus. Les étudiants sont expulsés manu militari de leurs dortoirs. L’Université est fermée et occupée par les forces de l’ordre pour environ deux mois. Juste à la reprise, ce sont les professeurs qui entrent en grève pour exiger la satisfaction de leur plate-forme revendicative. C’est trois mois après que le gouvernement décide de se pencher sur la revendication des enseignants. Un retard de six mois est consommé. Depuis lors la descente aux enfers commence. Les années et les différentes promotions d’étudiants se cumulent et s’enchevêtrent. Dans la foulée, le système Licence-Master-Doctorat(LMD) présenté avec plusieurs avantages pour les étudiants est introduit dans les UFR de l’Université de Ouagadougou. Ce système va malencontreusement produire des effets contraires. Des semestres s’étendent sur un an. Trois promotions se retrouvent en première année. Aucun amphithéâtre ne peut les contenir

Hamidou Traoré

 

Faut-il continuer avec le
système LMD ?

Ce système a été présenté avec plusieurs avantages notamment la possibilité
de pouvoir s’inscrire pendant une même année universitaire dans plusieurs UFR,
l’amélioration de la qualité de l’enseignement, avancer à crédit c’est-à-dire
aller en année supérieure sans être obligé de valider toutes les matières d’où
la solution aux redoublements massifs, etc. Malheureusement ce système n’est pas
allé dans le sens des mérites qu’on lui a assigné si bien que les étudiants n’en
veulent plus, en tout cas dans sa version actuelle.

Selon les promoteurs du LMD, chaque professeur se limite à livrer 1/3 du
cours dans sa matière et les étudiants individuellement complètent les autres
60%. L’intense publicité qui annonçait la venue du système LMD faisait état de
construction d’infrastructures adéquates pour une mise en œuvre efficiente. Il
s’agissait notamment de construire de nouveaux amphithéâtres et surtout un
Centre de Ressource Informatique Haut débit. Rien de tout cela n’a été fait
jusqu’à présent. On chante les louanges de ce système alors qu’il n’y a même pas
de connectivité internet sur le campus. La plus grande bibliothèque de
l’Université nommée Bibliothèque centrale renferme de vieux livres et en
quantité très insuffisante avec environ 150 places. Paradoxalement des Travaux
Dirigés(TD) et Travaux Pratiques(TP) sont supprimés dans certaine UFR notamment
en SVT vue l’étroitesse des salles et la vétusté des outils de travail. Comment
les étudiants pourront combler les 60% dans de telles conditions ? Leurs
modiques allocations financières sont beaucoup plus englouties dans les dépenses
de loyers pour ne pas se faire vilipender par des bailleurs désobligeants. Aller
donc effectuer des recherches au cybercafé est forcement un luxe pour ces
étudiants. Il faut préciser par ailleurs qu’ils ne rejettent pas ce système dans
l’absolu, mais préfèrent d’abord la réalisation de certains préalables en termes
d’infrastructure et autres conditions avant qu’il soit appliqué. En rappel,
avant que le LMD ne s’étende sur l’ensemble de l’Université de Ouagadougou, deux
UFR avaient été choisi (SEA et SVT, les promoteurs ont voulu l’anonymat de ces
facultés) pour expérimentation. Le monde universitaire s’attendait aux résultats
qui devraient indiquer s’il était concluant pour être étendu aux autres UFR. Il
a donc été étalé de façon inopinée aux autres UFR

HT


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