Mali : Il ne fait pas bon critiquer Sanogo

Publié le lundi 1er avril 2013

En douze mois, le Mali a enregistré 62 violations de la liberté de presse. Jusqu’à une date récente, critiquer la junte ou Sanogo entraînait une descente punitive des soldats contre le journal ou le journaliste. Maintenant c’est la prison directe. C’est ce que vit actuellement notre confrère Boukary NDaou, du « Le Républicain ». Il a été interpellé par la sécurité d’Etat pour avoir publié une lettre ouverte qui dénonce les avantages faramineux octroyés à Sanogo récemment.

 

Au moment où on célèbre le premier anniversaire de la chute de ATT et le putsch de Sanogo, la presse est celle qui a payé le plus lourd tribut à la rupture constitutionnelle. Les soldats de la junte se sont acharnés sur les journalistes. Depuis le 22 mars 2012, il ne s’est pas passé un seul jour où un média ou un journaliste n’ont été molestés par les soldats de Kati. Celui qui a failli y laisser sa vie, c’est notre confrère Haïdara Saouti de L’Indépendant. Les soldats de Sanogo l’ont enlevé, passé à tabac et l’ont laissé pour mort. Une autrefois, c’est le journaliste Abdoulaye Barry de la télévision Africable qui a dû entrer en clandestinité pour échapper à la horde que Sanogo avait lancé à ses trousses, après qu’il ait interviewé un des responsables de Ançar Dine.

 

Délit d’opinion caractérisé

 

Décidemment, Sanogo n’est pas sujet à critique

Ce qui vaut à notre confrère du Le Républicain, les foudres de Sanogo c’est d’avoir publié la lettre ouverte d’un militaire, un officier du même grade que le chef de la junte, qui dénonce les avantages financiers exorbitants qui sont accordés à Sanogo. La lettre ouverte demande sur quelle base ces avantages ont été accordés à Sanogo qui touche actuellement près de 4 millions de francs cfa par mois comme salaire. Le frère d’armes de Sanogo conclue sa lettre par une indignation et se désole de ce que le capitaine putschiste ne fait pas mieux que ceux qu’il a renversé et contre qui il n’a eu de cesse d’être virulent. Dès la parution de cette lettre ouverte, le directeur de publication de Le Républicain est appréhendé par la sûreté de l’Etat malien et mis au secret. Pendant l’intermède où il avait les pleins pouvoirs, c’est lui Sanogo qui avait nommé le chef de la Sûreté. C’est donc un de ses hommes qui a ainsi agit. La loi malienne sur la presse n’autorise pas une telle détention préventive. Les journalistes maliens se sont mobilisés dès que l’information sur cette arrestation a été connue. Le 12 mars, l’ensemble de la presse privée malienne a observé des journées « presse morte ».

La presse d’Etat ne s’y est pas associée, mais l’ORTM a couvert et fait des reportages sur l’action des journalistes. Après cette protestation, les autorités ont décidé de saisir la justice. Le procès de notre confrère, dont le chef d’inculpation n’a rien à voir avec le délit de presse est programmé pour le 16 avril prochain.

 

Même Dioncounda s’en mêle !

 

Il faut croire que Sanogo ne finit pas de terroriser le président intérimaire Dioncounda. Dans cette affaire c’est lui, le président qui ferraille contre les journalistes au profit de Sanogo. C’est le comble pourrait-on dire, au moment où la présence des armées françaises et africaines, aurait pu donner l’occasion au pâle président intérimaire de prendre des couleurs. Se faisant l’avocat du diable, Dioncounda, s’exprimant sur cette affaire dira ceci : « la publication du document querellé pouvait démobiliser l’armée malienne au moment où la guerre se déroule au Nord contre les terroristes ».(sic) Pourquoi alors n’envoie-t-il pas Sanogo au front ? Lui qui a dit de ATT qu’il n’était pas à la hauteur et que lui président, les rebelles du MNLA n’auraient pas pris Aguel hoc. Au moment où on commémore le premier anniversaire du putsch du 22 mars, plus que jamais se réalise ce que nous annoncions dans ces mêmes colonnes : « Sanogo est l’instrument du malheur du Mali »

 

Ça se confirme:Abou Zeid est bien
mort

Selon le journal Le Monde, Abou Zeid, l’un des principaux chefs d’Al-Qaida au
Maghreb islamique (Aqmi) aurait bien été tué lors des opérations menées par les
armées française et tchadienne au nord du Mali. Le quotidien confirme ainsi
l’information révélée en février par le site de la télévision algérienne
Ennahar.

D’après Le Monde, qui tient ses informations « de source officielle », la
confirmation est venue d’Algérie. Des soldats français avaient effectué des
prélèvements sur le corps d’un homme portant l’arme personnelle d’Abou Zeid. « 
Alger disposait de fragments d’ADN familiaux qui ont permis à la demande de
Paris, par recoupement, d’identifier formellement l’homme », explique Le
Monde.

Depuis le mois de février, l’incertitude régnait sur le sort du jihadiste. Un
haut responsable américain avait jugé l’information concernant sa mort « très
crédible » et le Tchad avait même affirmé qu’Abou Zeid avait été abattu par ses
soldats.

De son vrai nom Mohamed Ghedir, l’Algérien Abou Zeid, 45 ans, est considéré
comme l’un des chefs les plus radicaux des groupes islamistes du nord Mali.
Petit et maigre, il est apparu pour la première fois en 2003 lors du
spectaculaire enlèvement dans le grand sud algérien de 32 touristes européens
par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre
d’Aqmi.

Ancien trafiquant devenu islamiste radical dans les années 1990 en Algérie,
il est notamment soupçonné d’être responsable de l’enlèvement au Niger du
Britannique Edwin Dyer, exécuté en juin 2009. C’est lui aussi qui en septembre
2010 a enlevé les français de AREVA au Niger.

La France est évidemment préoccupée par le sort de ses ressortissants,
maintenant que la mort du proconsul de AQMI à Tombouctou est confirmée. Paris ne
veut toujours pas officiellement se prononcer. Le risque serait, on peut le
comprendre, très grand pour les otages. Ils sont sept à être détenus dans le
Sahara n

NAB


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