Doit-on acheter le certificat médical ?

Publié le dimanche 24 mars 2013

Par deux fois après des rixes, des proches, en voulant se faire établir un certificat médical, ont dû débourser de l’argent dans les CSPS de brousse. Les infirmiers qui établissent ces certificats exigent un paiement. Les sommes exigées varient. Elles peuvent aller de 10 000 à 25 000 f cfa selon le CSPS. Nous avions voulu interpeller certains amis médecins pour comprendre la légalité et la régularité d’un tel acte. Ceux que nous avions voulu saisir étaient absents. Alors il est peut-être bon de poser le problème dans l’espace public.

Est-il moralement et éthiquement acceptable qu’un acte de conscience puisse donner lieu à rémunération ? L’agent de santé dont l’honnêteté est requise en de pareilles circonstances ne viole-t-il pas son serment ? On peut imaginer que dans une procédure de cette nature s’applique aussi la maxime : « celui qui paie, commande ». Si je veux un certificat médical sur mesure, il me suffira de mettre le prix.

En santé comme dans beaucoup d’autres domaines de la vie nationale, la pratique finit par devenir la loi. Y a-t-il seulement un texte qui régit ce domaine ? On peut s’imaginer le désagrément d’une victime qui sollicite le corps médical. Parce qu’avant l’établissement du certificat médical, il y a l’auscultation, la médication. Ce sont ces premiers actes qui permettent de coucher sur un papier l’état du malade et la gravité du mal dont il souffre sur une échelle graduée en « incapacité de travail ». Pour une victime qui est admise après des violences et donc une atteinte à son intégrité physique, il faut doublement payer ou même triplement payer. Les frais de soins, les médicaments et le certificat médical. Dans ces conditions il est évident que peu de personnes poursuivent ceux qui les ont violentées.

Quand la victime se présente à un service de sécurité pour porter plainte, il lui est demandé d’aller se faire établir un certificat médical. Au vu de ce document, les agents de sécurité apprécient s’ils sont compétents ou pas. Au-delà d’un certain nombre de jours d’incapacité de travail, les forces de l’ordre ne sont plus compétentes. Il faut en ce moment saisir le juge. 

Quand on n’a pas les moyens de se faire établir un certificat médical, on voit son droit d’avoir sa cause entendue ruiné. C’est donc une double violation des droits que subissent chaque jour des centaines de nos compatriotes.

Les agents de santé estiment qu’une telle sollicitation est un travail extra. Il faut donc exiger un paiement pour cela. Dans ces conditions si cela devrait prospérer, il faudra alors codifier la pratique. On peut imaginer l’établissement de formulaire juste à remplir et non une littérature à faire par le personnel médical. En ce moment, le paiement pourrait concerner seulement le formulaire et cela permettrait à un maximum de personnes de ne pas renoncer à leur droit de poursuivre celui ou celle qui les a violenté. Il reste que le procédé qui consiste à se faire payer en de pareilles circonstances est à interroger.

Certains diront, sans avoir forcément tort, que ce n’est pas la chose la plus urgente à changer dans nos centres de santé. Mais il faut se rendre à l’évidence que cela entrave l’expression des droits des gens. Pour cela il faut aussi engager une réflexion autour de la question. Pour entrer dans ses droits on a besoin forcément qu’une personne morale crédible atteste de la réalité de votre état. Surtout en cette matière très délicate qu’est la question de la santé et des droits humains. Ici l’agent de santé fait œuvre d’utilité publique et ne devrait s’attendre outre mesure à se faire rétribuer par la victime. Pour cela sûrement , il faut qu’un code de conduite soit établi.

Exergue :

« Les agents de santé estiment qu’une telle sollicitation est un travail extra. Il faut donc exiger un paiement pour cela. Dans ces conditions si cela devrait prospérer, il faudra alors codifier la pratique. On peut imaginer l’établissement de formulaire juste à remplir et non une littérature à faire par le personnel médical »

 

 


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