souleymane ouédraogo, nouveau dg de la RTB « il y a eu des malentendus dans l’ordonnancement de l’exécution des travaux »

Publié le dimanche 24 mars 2013

Nommé à la tête de la RTB le 23 janvier 2013, Souleymane Ouédraogo, nous a reçu à son cabinet sis au 5ème étage de l’immeuble LONAB, le jeudi 7 mars dernier. Après les récents changements à la tête des différentes directions, lesquels ont alimenté les gorges chaudes, nous avons voulu nous enquérir de l’état des lieux et de la vision pour l’avenir du tout nouveau directeur général

Evé : Dans quel état avez-vous trouvé la maison ? Quel est l’état des lieux ?

Souleymane Ouédraogo(S.O) : La rtb de 2013 est une étape de tout un processus historique. La radio est créée en 1959, la TV en 1963, pendant une certaine époque la tv s’est beaucoup affichée avec un slogan assez mérité pour être « au cœur des grands événements » depuis quelques années, mais avant cela c’est la volta vision, « la merveille des merveilles », parce que la période postindépendance, c’était une découverte pour les populations et la composante télévision s’est révélée comme un organe avec un slogan très évocateur, « le plaisir partagé » par rapport au besoin de renforcer le divertissement jusqu’à décliner le slogan « au cœur des grands événements ». Au cœur des grands événements pour la rtb parce que dans son évolution il y a eu une fusion qui a été consacrée au cours des années 2001 parce que le statut de simple service rattaché au ministère de tutelle a évolué en établissement public de l’Etat à caractère administratif. L’évolution de la rtb a permis de pousser la réflexion au sein d’un ministère qui a permis un regroupement de pas mal d’organes. La rtb originelle avec la composante radio et télé mais la fusion a permis d’intégrer l’ancienne radio rurale en direction générale et la direction des centres d’émission. Ce qui permet à la rtb de devenir un grand groupe avec pour vocation de mieux se positionner et d’être au service des populations pour laquelle elle devait décliner une offre de programmation adaptée. Cette extension découle d’une volonté politique de moderniser et de développer la rtb en la mettant au diapason de la décentralisation. La radio nationale et la RTB font face de manière globale à un déficit de couverture du territoire parce que le dispositif ne permet pas de couvrir tout le pays en télé comme en radio mais également il y a un besoin d’adapter la rtb au contexte de la décentralisation qui est formelle et très dynamique depuis plus d’une décennie et la rtb se devait d’adapter ses prestations et ses services aux besoins et aux attentes exprimées par les populations au niveau local et au niveau régional. Donc un besoin de déconcentration des services et des prestations en région, ce qui a permis de conduire un processus appelé rtb régions et le dispositif dans chaque région se décline en rtb 2 du nom de la région concernée 

Quelles sont vos tâches prioritaires ?

C’est d’abord accélérer le processus de déconcentration de la rtb en régions qui va se faire en deux phases. Première phase c’est l’opérationnalisation des centres régionaux de production en radio et en télévision pour permettre une collecte, un traitement et une diffusion de l’information de manière optimum au niveau de la radio nationale et de la télévision en ayant comme souci de garder dans chaque capitale de région une unité complète de collecte. Cameramen, monteurs bref tout le dispositif comportant la logistique et un minimum d’infrastructures pour faire un travail et éviter que des équipes ne quittent Ouaga pour retourner en région. Cette proximité doit être opérationnelle d’ici la fin du mois de mars de manière pressante et urgente parce que le nécessaire est déjà disponible. Deuxième élément de besoin d’accélération du processus de déconcentration, c’est passer à l’étape de station de diffusion, en radio comme en télévision. Hauts Bassins fonctionnelle en 2010, le centre en 2013, et cette année 2013 devrait voir le 5 août le cinquantenaire de la télévision. Ça sera un prétexte pour nous de rendre opérationnel rtb2 Sud-Ouest à Gaoua en son volet télévision. La radio est déjà fonctionnelle à Gaoua pour la région du sud-ouest. En novembre, dans le cadre de la 8ème rentrée rtb, nous devrions consacrer l’ouverture de la télé pour la région du Centre-Est à Tenkodogo. Nous sommes dans une phase d’accélération d’un processus comme on le dit mais c’est un souci de répondre véritablement aux attentes citoyennes qui sont très fortes. Très fortes parce que quand on mesure un peu l’effet de la crise que nous avons vécue en 2011, il a été révélé fondamentalement que le déficit de communication est un point assez important comme effet déclencheur ou élément à prendre en compte. Donc il y a des corrections à apporter. La rtb ne pouvait plus se contenter d’agir localement à Ouaga en déployant des moyens et des énergies conséquents uniquement pour l’inauguration d’une infrastructure, la pose d’une première pierre ou la sortie terrain d’une autorité. Economiquement, ça ne peut plus répondre à une logique de notre temps. Il ya un besoin de recadrage qui permet de servir la proximité en mettant en place les dispositifs au niveau régional qui permet de nourrir la diversité au niveau de la radio et de la télévision du Burkina.

Venons-en au récent remue-ménage concernant la gestion de la manne (les 15 milliards) qui vous a été octroyée, où en est aujourd’hui la situation entre le conseil d’administration et l’autorité hiérarchique ?

Nous sommes dans un secteur de la communication, mais il y a eu peut être des problèmes de communication. Parce que la volonté affichée par le gouvernement c’est de mettre en place des dispositifs de manière très adroite. Les structures prêteuses CNSS, SONAPOST ont été très disponibles. Pour nous il s’agit de mettre en phase ces dispositifs dans les meilleures normes possibles. La question de l’ordonnancement de l’exécution des travaux a connu quelques malentendus au niveau de la gestion des procédures. Ceci étant, on ne devrait pas perdre de vue l’objectif global ou essentiel qui est la mise en place de ces outils, de manière à répondre aux préoccupations citoyennes en termes de disponibilité de l’information et d’accès aux dispositifs de communication.

Dernier mot ?

Quand on est arrivé, j’ai dit que nous allons mettre au cœur de notre action trois piliers par lesquels nous allons voir l’avenir. Premier pilier, c’est le renforcement de la gouvernance. La RTB est devenue un grand groupe audiovisuel et en tant que professionnels de la communication, on ne peut pas penser qu’on est en marge de la gestion, du management, de l’administration. Deuxième pilier, c’est l’élévation du niveau de professionnalisme. Pour certains, les aînés c’est plus de 25, 30 ans. L’offre télévisuelle est très importante au niveau du Burkina et au niveau du monde parce que les satellites nous arrosent et il faut que la rtb travaille autrement aussi pour pouvoir porter son audience au-delà du Burkina. Troisième pilier, nous avons besoin d’investissement. Si l’Etat n’a pas les moyens de nous accompagner tout le temps, que nous ayons la capacité de par nos contenus, de par la politique commerciale et marketing, d’attirer vers nous des partenaires institutionnels et financiers. Un contenu de programme doit constituer un cadre d’attraction. Ce sont les trois piliers dont j’ai parlé. J’ai aussi parlé de la production. Le Burkina est un pays d’audio visuel. Y a des cinéastes de grande renommée, des structures de production privées qui sont très fortes et nous accueillons tous les deux ans le Fespaco. La rtb se positionne juste pour la couverture médiatique, ce qui est une bonne chose mais il y a des niveaux d’implication de la rtb qu’il faut renforcer.

Itw réalisée par Germain Bitiou NAMA

 

Témoignage d’un ancien !

Cette
affaire de Alain Traoré sur les 15 milliards qu’il voudrait gérer de façon
"inorthodoxe" et l’attitude des acteurs au niveau de la RTB, me fait souvenir ma
décennie passée dans l’antre de l’institution Radio télévision du Burkina. C’est
un vrai monde à part, formaté sur des valeurs qui n’ont rien à voir avec
l’esprit de journaliste. Yacouba Traoré, ancien directeur général de la RTB,
dans son excellent ouvrage paru récemment "GASSE GALO, entre les lignes de mon
journal. A propos du pouvoir du journalisme" a donné un nom à cet esprit : "Le
journalisme d’accompagnement". Il y a donc un esprit RTB construit sur le devoir
"d’accompagner" les pouvoirs en place. Il s’ensuit la formation des clans
construits sur la proximité momentanée ou non du régime en place, quand les
coups d’Etat se suivaient au rythme d’un tous les deux ans, et depuis, autour
des ministres à la tête de la Communication. Chaque régime ou chaque ministre,
écrit encore Yacouba Traoré, prend "le soin d’imposer leurs hommes au sein des
médias d’Etat". En retour "les cooptés" avaient tous les droits (voyages
officiels, reportages juteux, nominations) et devraient en contrepartie veiller
à traiter "l’information en phase avec la préservation de l’intérêt du régime".
L’ancien directeur général poursuit que c’est en cela qu’il est lui devenu un
soutien "fier", de Blaise Compaoré. Les autres clans, comme c’est la tradition
se font discrets, font parfois la grève du zèle et attendent leur tour. D’ici
là, le temps que le vent tourne, chacun "broute ce qu’il peut", dans les limites
des prérogatives qui sont les siennes. D’où le développement de l’affairisme,
avec la création par certains, d’agences de communication privées, qui captent
les marchés destinés à la RTB.
L’information du citoyen, n’a jamais été le
problème des journalistes de la RTB. Ils n’ont jamais cru de leur devoir de
"lutter" pour obtenir ou élargir le champ de leurs droits. Les nouveaux
ministres de la Communication viennent écouter les lamentations "sempiternelles"
des travailleurs, à leur prise de fonction. S’en retournent consulter le clan
"acquis" et commencent à régner. Les ministres de la Communication se reposent
sur leur clan pour "neutraliser" toutes velléités discordantes. Ça marche comme
ça depuis "Lamizana", foi de Yacouba Traoré.
Quand l’esclave est heureux de
sa condition
C’est Sankara qui disait que " l’esclave qui ne fait rien pour
améliorer sa situation, ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort ". Il faut
craindre que les journalistes de la RTB soient des " esclaves heureux ". Ils
sont comme les chenilles du "caïlcédrat", ils ne savent pas qu’il existe un
arbre appelé "Karité", dont les fruits sont d’une douceur exquise. Le droit de
"faire de l’information" se conquière. Quand on arrache ce droit, tout le reste
(les avantages, les postes, le respect, la considération) vous est donné de
surcroît. En ce moment ce n’est pas un ministre qui décide de rétribuer qui lui
fait allégeance. Mais les règles de promotion interne, solidement établies, qui
fixent les conditions démocratiques d’accès aux postes de responsabilité. Mais
de façon globale, la lutte pour plus de considération devrait niveler par le
haut les conditions de travail et de vie de l’ensemble des travailleurs de la
RTB.
Si Alain Traoré peut même rêver de faire du business avec l’argent de
la RTB, c’est comme disent les Dioulas, dans " les yeux des gens de la RTB qu’il
l’a vu ". Ce qu’il n’a pas pu faire avec la bande à Yacouba Traoré, qu’il
n’avait pas nommé, la bande à Souleymane Ouédraogo ne devrait pas pouvoir le lui
refuser.
Mais l’esprit "d’accompagnement" continuera encore longtemps à
conditionner les esprits à la RTB. Pour cette enquête, beaucoup n’ont accepté
nous parler que sous anonymat. Sans doute espèrent-ils un clin d’œil
"bienveillant" de qui de droit.

Newton Ahmed BARRY

 

 


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