Gando sévit à Bagré pôle

Publié le dimanche 24 mars 2013

Par Newton Ahmed BARRY

Femme d’affaire et depuis entrepreneure du BTP, Alizeta Gando est aussi à Bagré pôle, pas pour l’agrobusiness, du moins pas pour l’instant, mais pour réaliser les aménagements hydro-agricoles prévus dans le cadre du projet pôle de croissance de Bagré. La méthode de la belle-mère est bien connue, faire un dumping au moment de l’offre et une fois le marché obtenu, aligner les avenants.

Avec le financement banque mondiale, le projet Bagré pôle devrait connaître son envol le plus rapidement possible. Sur la période 2011-2017, la banque mondiale a décidé d’accompagner le Burkina qui fait de cette initiative, une véritable cause nationale. En tout cas sur le papier c’est ainsi que le projet est présenté. Sa réussite est vitale pour la poursuite de l’expérience « pôle de croissance », dans le pays. Si Bagré réussit alors il y a des chances que Samandeni, Comoé, Seno et Bam voient le jour. Dans le cas contraire, nous aurions dans le musée des éléphants blancs, un autre gros pachyderme de nos « irresponsabilités ».

Sur la période du projet, il est prévu de mobiliser et d’investir 67 milliards de francs cfa. La Banque mondiale à elle seule devrait y contribuer pour plus de 57 milliards de francs sous forme de dons.

Mais à peine les choses se mettent-elles en place que les mauvaises pratiques font chorus pour hypothéquer la réussite du projet. Sur un des marchés d’aménagement d’environ 1000 ha, la société de la belle-mère aurait gagné le marché pour environ 5 milliards de francs cfa. Mais une fois adjugé, la belle-mère traîne les pas pour démarrer les ouvrages. La société de Gando, après une évaluation sérieuse de la situation, accuse l’entreprise qui a fait les études qui ont servi au lancement d’appel d’offre, de laxisme. Elle en tire donc la première constatation ; il est impossible de démarrer les travaux, aux coûts où le marché à été attribué.

 La société de Gando refuse donc de démarrer les travaux. Elle introduit après une évaluation interne de la société un premier avenant. Elle demande un relèvement d’environ 56% du montant du marché. La requête est introduite auprès du ministère des Finances, qui assure la tutelle financière de Bagré pôle. La requête de Alizeta Gando est agréée. Elle est alors soumise à la Banque mondiale pour appréciation et avis de non objection. La Banque mondiale s’y oppose, renvoyant les burkinabè au respect des règles qu’ils se sont eux-mêmes donnés en matière de procédure dans les marchés publics. En effet, le code des marchés publics institue qu’un avenant ne peut être supérieur à 15% du montant du marché initial. Ce niveau ne peut pas être dépassé ni par un avenant unique ni par des avenants successifs. Si cela devrait survenir, l’article 127, du décret 2008-173, instruit de passer un nouveau marché selon les termes ci-après : « Lorsque la variation de la masse des travaux neufs ou l’augmentation du niveau d’intensité des prestations de services courants ou intellectuels, à l’exception de celle des

fournitures, dépasse de quinze pour cent (15 %) le montant du marché calculé sur la base des

prix initiaux, ou lorsqu’en cas d’avenants successifs, le montant du dernier avenant à conclure

doit porter le total cumulé des avenants, au-delà de quinze pour cent (15 %) du montant du

marché, il est passé un nouveau marché ».

En vertu du Décret N° 2008 - 173 /PRES/PM/MEF, le ministère des Finances n’aurait pas dû accéder à la requête de la belle mère qui par cette modification changeait totalement le marché. Curieusement le ministère a dit oui à l’avenant de Alizeta Gando. La Banque mondiale ayant refusé de s’associer à une telle opération, le marché a été naturellement annulé. La structure qui est l’œil et l’oreille de la Banque au sein de Bagré pôle a fait reprendre les études. La variation serait vraiment insignifiante, le projet devrait coûter maintenant six milliards. La société de Alizeta Gando avait eu le marché à plus de cinq milliards. Avec son avenant de 56%, cela aurait coûté un peu plus de huit milliards de francs cfa.

L’attitude du ministère des Finances dans cette affaire est totalement incompréhensible. Comment, une institution qui ne cesse, à coût de séminaires coûteux, de promouvoir la bonne gouvernance des finances publiques peut accepter une violation pareille ? On peut aisément imaginer que si c’était sur financement public, cet avenant serait passé comme lettre à la poste.

Dans ces conditions, comment ne pas repenser au rapport de la commission d’enquête parlementaire qui avait déjà épinglé la belle-mère, dans l’exécution de son premier marché de réalisation de route. Notamment la route, sortie Bobo Dioulasso. Un marché où les parlementaires, dans un premier rapport préliminaire avaient mentionné plusieurs avenants pour un même marché, avant d’édulcorer le texte final. Au juste où en est-on avec l’interrogation que les parlementaires avaient en son temps posé à savoir ; combien cette route de 7 kilomètres nous a finalement coûté ?

Dans l’un des prospectus qui vante Bagré pôle, dans l’espoir bien légitime d’attirer les investisseurs, il est écrit qu’il devrait « Contribuer à améliorer la gestion de la zone et de l’environnement des affaires, réduire le coût et le risque de faire des affaires à Bagré ». On peut dire que ça commence bien.

Bagré pôle, en quelques lignes
Ce
Projet, financé par le Gouvernement du Burkina Faso et la Banque Mondiale sur la
période 2011-2017, est en parfaite cohérence avec les priorités nationales. Il
devra permettre de minimiser la vulnérabilité économique du pays et de
promouvoir la transformation économique dans la zone d’intervention.
Un pôle
de croissance agricole est entendu comme un espace géographique et économique
dont l’étendue correspond à la zone d’influence des aménagements hydrauliques
mis en valeur. Le pôle se structure autour :
 ? d’un ou plusieurs bassins de
production comprenant les ressources naturelles (foncier sécurisé et eau
agricole facilement mobilisable, bien utilisée et bien gérée), qui permettent de
développer des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques liées à des
marchés de valeur réels/potentiels ;
 ? des infrastructures de transport
permettant la liaison en toute saison des bassins de production aux zones de
regroupement et d’expédition des productions et même, aux zones
d’utilisation/consommation des produits ;
 ? des infrastructures de fourniture
d’énergie adaptées aux besoins des acteurs ;
 ? des infrastructures et
équipements notamment de stockage, de transformation, de commercialisation et de
communication ;
 ? des services financiers et non financiers nécessaires au
développement durable des chaînes de valeur.
Bagré a été désigné pour
constituer un des pôles de croissance en raison de son fort potentiel en matière
d’agroalimentaire, d’horticulture, d’élevage, de pêche et pisciculture et de
production de cultures de base.
L’objectif global du projet est de traduire
les perspectives de croissance en opportunités de création d’emplois dans la
zone de Bagré par l’accroissement de l’activité économique grâce à une
augmentation des investissements privés et de la production agricole.
Source
 : www.bagrepole.bf


Chantal vend de l’eau
Il ne s’agit pas
de n’importe quelle Chantal, mais celle de Blaise Compaoré. Le pays bruit
actuellement d’allégations selon lesquelles, elle aurait investi le marché de
l’eau minérale. La première dame aurait lancé sa propre marque d’eau minérale et
cela perturberait le marché. Certains pensent que la pénurie de l’eau minérale
traditionnelle burkinabè, celle qui porte le nom combien rassurant de " santé "
serait due à cette arrivée imminente de l’eau de Chantal sur le marché. Après
Gando voilà Chantal devenue opératrice économique, si cela se vérifiait
évidemment. Les femmes de la famille savent chercher l’argent. Attention
seulement au syndrome Moussa Traoré, du nom de l’ancien président du Mali, dont
l’épouse Mariam avait le monopôle de tout à Bamako, y compris la vente de l’eau
glacée.


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