Mister Georges, "l’enfant prodige" de la musique burkinabè

Publié le samedi 3 mars 2012

Telle une sortie prémonitoire, c’est à Bobo-Dioulasso que Mister Georges a donné son dernier concert, le 26 janvier 2012, dans la soirée, à l’Institut Français de Bobo-Dioulasso. Adieu à la ville où il prit son véritable envol musical ? Il y compose sa première chanson Mam kamisoye (je ne sais pas danser en langue nationale mooré) en 1967. Les fans du Volta Jazz se souviennent encore de son talent de tumbiste et batteur. Après ce fut l’odyssée merveilleuse au bord de la Lagune Ebrié et sur les berges de la Seine. Les habitants de Sya plutôt tournés vers les rythmes mandingues, afro-cubains ou la pop occidentale, vibraient aux sonorités de Kato kato, Winanfica, Pogzinga ou encore Adjaratou. Lorsque la chanson est belle et la musique parfaite, pas besoin de comprendre la langue pour l’aimer. Les concerts de Georges Ouédraogo au Stade Wobi ou au Jardin du maire refusaient du monde. Pour un artiste national, c’était exceptionnel. Avec ses tournures imagées, son style original, il avait su donner une autre élégance à la langue mooré dans la musique moderne. En plus de chanter juste et bien, Georges savait distiller de bons conseils. Il fut pendant longtemps le musicien burkinabè qui sut s’imposer à l’extérieur à telle enseigne qu’avant l’arrivée des jeunes loups aux dents longues, il était pratiquement le seul porte flambeau de la musique nationale aux yeux de nombreux mélomanes étrangers. Après ses succès des années 70 et 80, Mister Georges connaitra une traversée du désert dans les années 90. Le retour au pays après la dislocation du mythique Bozambo allait se compliquer lorsque la tirelire fut vide. Du temps de sa gloire, il vivait en star quand il venait en vacances au pays. Quoi de plus normal puisque sa notoriété et son pouvoir d’achat lui permettaient cela. Les employés de l’hôtel de France du côté de Paspanga en savent quelque chose. Lorsqu’arriva les moments de galère, c’est un Georges Ouédraogo méconnaissable qui empruntait un micro le temps d’une prestation d’un groupe musical et puis après trainait là, sans attache. Ce fut dur à voir. Des mauvaises langues n’hésitaient pas à réciter la fable de la fontaine " la cigale et la fourmi ", à son passage. Heureusement une main secourable le sortira de cette galère et la force du Gandaogo national, c’est d’avoir su saisir la perche tendue. Plutôt que la Cigale de la Fontaine, Georges était plutôt l’Albatros du Poète Baudelaire : "Exilé sur terre, ses ailes de géant l’empêchent de marcher. " Tel le phœnix, il renaquit de ses cendres. La suite se passe de commentaire. "ya mam la woto !" ! clame t-il si fort pour signifier qu’il est bel et bien là. Le plus dur, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Sami Rama le dit bien dans sa chanson, tout est question de volonté, il faut savoir se relever lorsqu’on trébuche. Amety ne cesse de chanter que l’artiste ne meurt pas, il dort un moment et se réveille forcement. Ce ne sont pas des vérités évidentes pour tous. Suivez-mon regard. Georges Ouédraogo lui, avec la volonté de réussir qui l’animait depuis sa tendre enfance, a su surmonter l’adversité et faire bon usage de la perche qui lui aurait été tendue depuis le plus haut niveau de l’Etat. " Lorsqu’ on partage des biens et qu’on dépose la part du crapaud sur un arbre….", chante-t-il, en concluant par un éloquent éclat de rire qui signifie "comment voulez-vous qu’il puisse en bénéficier ?". Chanteur-compositeur-batteur, il va sortir des tubes dignes de ses années Bozambo. Le retour est concluant. La réconciliation est scellée avec ses fans. Le kiosque à café du côté de l’Hôpital Yalgado cédera sa place de gagne pain quotidien, au Bar dancing du quartier Kalgondin juste à côté de la résidence privée de l’artiste. Toutefois, Georges n’est pas rancunier, encore moins ingrat ou oublieux du passé. Il baptise son dancing du nom de son groupe de Paris et chante un tube hommage à son ancien compagnon Jimmy Hyacinthe de Côte d’ Ivoire, qui l’a devancé dans l’au-delà. Il aurait vendu sa moto pour assister aux obsèques de ce dernier. Georges Ouédraogo, c’est plus de 45 ans de carrière musicale (même s’il a jugé bon faire le décompte à partir de sa carrière solo en fêtant en avril 2008 ses 40 ans de musique), 12 albums, des musiques de films. Heureux de la progression de la musique burkinabè grâce à la jeune génération, il se disait heureux de pouvoir passer le témoin à cette époque où la relève est plus qu’assurée. Parti à 66 ans, lui qui disait ne savoir rien faire d’autre que la musique, a rempli son contrat sur terre. Entre bombance et rigueur dans le travail, Georges Ouédraogo était un artiste musicien accompli, toujours prêt à mettre son talent au service des autres. Adieu Artiste !

Ludovic O. Kibora


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