La leçon qui nous vient du Vatican

Publié le jeudi 7 mars 2013

Par Germain B. Nama

 

Le 28 février prochain, le pape mettra fin définitivement à sa carrière pontificale. Chef de l’Etat du Vatican depuis la mort de Jean Paul II son prédécesseur, il a décidé tout à fait volontairement d’abdiquer, alors même que son incapacité avouée n’a pas été notoirement constatée. Rappelons que son prédécesseur s’en était allé à la suite d’une longue et pénible agonie sans avoir éprouvé le besoin de se décharger de sa fonction pontificale.

 

Dans l’histoire de l’Eglise catholique, un tel renoncement est rare et l’on fait remonter semblable geste à plus de 600 ans. Au-delà des raisons personnelles qui fondent le geste du souverain pontife, nous voulons retenir la leçon de chose politique qu’il délivre à ses contemporains. Dans un monde où guides et timoniers ont tendance à s’incruster au trône, le geste de l’homme de Dieu nous rappelle que personne ici-bas n’est indispensable. Juste avant que le pape n’annonce son intention de se retirer, un roi nègre s’était exprimé sur la question de l’alternance au pouvoir. L’alternance pour lui ne se justifie que si celui qui est au pouvoir se sent fatigué. Il s’est volontiers placé sur le plan subjectif afin qu’il soit clair que personne d’autre que lui ne sera autorisé à juger à sa place. Ce sera donc au monarque de décider quand et comment il va partir.

 

Nous avions décidé de ne plus revenir sur cette question tant que Blaise restera derrière pour laisser s’exprimer les seconds couteaux. Mais il est des questions démocratiques où se taire peut être assimilé à de la démission. Etre en citoyenneté, c’est participer à l’animation de la vie publique. On reparle du référendum comme moyen démocratique par excellence de trancher le débat sur l’article 37. Un proche de la famille présidentielle, de surcroît membre de l’exécutif du parti au pouvoir a tenu récemment des propos dont nous retenons le morceau-ci : « Chaque pays a sa dynamique surtout sur les questions politiques et dans cette dynamique, il faut permettre à chaque pays de décider de manière souveraine de l’orientation d’un article qui peut être une entrave pour un candidat. Nous estimons que l’article 37 doit être modifié et si cela ne peut se faire par la voie législative, j’insiste pour dire qu’à défaut, nous en appellerons fermement au référendum. On est en démocratie, c’est le peuple qui est souverain ». Puisqu’on veut trancher une question éminemment politique par le droit, il est un principe général qu’il faut commencer par respecter.

La loi ne dispose pas pour un individu. Ce n’est pas parce que quelqu’un est arrivé au terme de son mandat qu’il faut réviser un article pour lui permettre de rester. Les conditions définies par la loi sont les mêmes pour tous les burkinabè. Si toutes les Constitutions qui se sont succédé ont reconduit cette disposition, c’est bien parce qu’on ne veut pas de ces timoniers qui prétendent tirer leur légitimité du droit divin. Et quand on parle de démocratie, il faut aussi savoir ce que ça veut dire.

 

De quelle légitimité ce membre du bureau exécutif du CDP peut-il se réclamer ? Quelle est l’instance qui l’a élu ? Si le CDP traverse une profonde crise morale c’est bien parce que son fonctionnement n’a rien de démocratique. C’est trop facile de parler de démocratie quand on a accaparé l’appareil d’Etat dont on en profite de manière trop indécente. Si le CDP est incapable de produire en son sein un autre Blaise Compaoré, c’est bien parce qu’il a horreur de la démocratie. Il est grand temps que les nègres de service arrêtent de deviner la pensée du maître. Blaise lui-même sait que la messe est dite. Les conclusions du CCRP sont claires sur cette question. Sans consensus, il n’y a pas de révision. Sauf si l’on nous dit que tout ça n’était que cirque.


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