Economie : Sécurité alimentaire ; Le Burkina enregistre un excédent fragile

Publié le mardi 5 mars 2013

Comme d’habitude en ce mois de février, le gouvernement a rendu public les bilans de la saison agricole 2012. Il y a un léger excédent d’environ 900 000 tonnes pour les céréales. Autant dire une goutte d’eau dans un environnement sous régional globalement en situation de crise alimentaire.

 

Au moment où le gouvernement rend public les chiffres des récoltes de 2012, les marchés de céréales sont fébriles. Les paysans, dont les stocks propres ont été entamés ces dernières années, veulent d’abord se sécuriser. Une partie des excédents devrait donc aller dans ces stocks de sécurité familiaux. Le reste, si le gouvernement s’y prend à temps et propose un prix rémunérateur, pour servir en partie à renouveler les stocks nationaux de sécurité.

 

Mais comme d’habitude, le gouvernement n’est pas prévoyant. Le déblocage des sommes nécessaires au renouvellement des stocks se fait tardivement. Ce qui fait que les structures en charges des stocks de sécurité ne peuvent bénéficier des avantages des achats effectués « bord champs ». Ces achats vont se faire maintenant, quatre mois après les récoltes et au moment où dans certaines contrées, au sud ouest notamment, on pense déjà aux préparatifs de la campagne agricole 2013. Naturellement, les prix ne sont plus intéressants et les intermédiaires, qui ne sont pas des enfants de chœurs, vont en tirer le maximum, au détriment des paysans. Beaucoup de paysans ont déjà vendu les quantités destinées à la commercialisation pour résoudre des problèmes urgents. L’achat des structures de l’Etat pour renouveler les stocks nationaux de sécurité, ne devrait pas leur profiter.

 

Un excédent fragile

 

 Le ministre face aux journalistes le 20 février dernier s’est voulu rassurant. « La campagne a été excédentaire ! » Les vivres peuvent-ils couvrir les besoins annuels de consommation du Burkina ? Statistiquement, « oui ! » Mais, des facteurs exogènes subsistent et concourront à annihiler ces efforts. La crise au Mali avec son lot de réfugiés et la saison qui n’a pas été bonne au Niger sont de ces facteurs. Déjà, la demande du Niger et celle du Programme alimentaire mondial officiellement exprimée auprès du Burkina s’élève à près de 100 000 tonnes. Or les sorties non officielles des céréales sont autrement plus importantes. Conséquence, cet excédent est vraiment une goutte d’eau.

 

L’appui à la production agricole

 

L’appui de l’État à la production cette année s’élève à plus d’une dizaine de milliards de francs CFA. Les subventions se sont traduites essentiellement par des appuis aux producteurs à travers un don de paquets technologiques. Ces mesures de soutien à la production se traduisent en chiffres à 12, 89 milliards de francs CFA (voir tableau1en encadré).

 

Les filières prioritaires, le riz pluvial strict, le riz de bas-fond, le maïs, le niébé, le sésame, le manioc et la patate douce, ont bénéficié d’assistance en termes de formation aux producteurs. 1031 agents d’entrain des directions régionales du ministère ont été formés, 475 champs écoles initiés au profit de 22.400 producteurs..., ont concouru à atteindre des résultats céréaliers présentés comme suit par le ministère. 4 898 544 tonnes pour la saison. Ce chiffre est largement au-dessus de la moyenne de ces 5 dernières années qui était de 3 860 189 tonnes. Ce chiffre moyen n’a pas été atteint durant la campagne 2011-2012 (3 666 405 tonnes). Les quantités récoltées de céréales ont augmenté de 33,6% comparé à la campagne de 2011. Sur la moyenne quinquennale, l’augmentation est de 26.9% environ.

 

Le bilan céréalier donne un excédent net de 989 940 tonnes. Si les choses en restent là, alors le problème de disponibilité de céréales ne se posera, en tous cas pas de sitôt. 22 provinces sont excédentaires avec un taux de couverture supérieur à 120% par endroit. 14 provinces sont en équilibre et le taux de couverture oscille entre 90 et 120%. Le bilan montre qu’il n’y a que 9 provinces qui se trouvent déficitaires avec un taux inférieur à 90% de couverture de leurs besoins. (Voir carte de la couverture céréalière). En somme, la bonne disponibilité des ressources en eau pour les cultures de contre-saison devrait éloigner le spectre de la faim au Burkina Faso pour 2013.

L’Etat a un rôle crucial à jouer dans la sécurisation de l’excédent céréalier. La stabilisation des prix en dépendent aussi. Pour faire la péréquation des prix il devrait se mettre dans la posture de l’acheteur-vendeur pour décourager les pratiques spéculatrices. L’avantage ici, est que c’est l’Etat qui contrôlera les prix. Des expériences passées, on peut tirer les exemples des « boutiques témoins ». Pour ce faire, c’est à la SONAGESS d’être mieux opérationnelle.

Par Wilfried BAKOUAN

 


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