Echos : Fête de l’igname à Léo ; Au-delà du festif, il faut s’attaquer aux difficultés de la filière

Publié le mardi 5 mars 2013

Chaque année Léo célèbre sa fête de l’igname pendant le mois de février. La tradition a encore été respectée cette année. L’igname est un tubercule dont la consommation est très prisée par de nombreux burkinabè. Dans la Sissili, la culture de l’igname est une tradition. La création d’une industrie alimentaire à base d’igname permettra non seulement de lutter contre l’exode rural mais aussi de résoudre la lancinante question de l’insécurité alimentaire. Malheureusement les fêtes se succèdent d’année en année sans que l’on ne perçoive de bonnes perspectives pour l’igname.

 

Moumouni Nébié et ses camarades de l’Union des groupements de producteurs de tubercules de la Sissili (UGPTS) ont du s’arracher les cheveux pour se trouver des sponsors afin que la fête de l’igname puisse se tenir encore cette année. Il n’y a rien de surprenant parce que il ya chez les sponsors aussi un effet de saturation. S’il y a une fête de l’igname à Léo, il y a une fête des patates à Kombissiri, de la pomme de terre à Titao, de la pintade à Poa etc…Et ce sont toujours les mêmes sponsors qui sont sollicités. A Léo la fête a pu avoir lieu mais on a du bricoler pour y arriver. 21 ans après la première fête de l’igname, on est en droit d’espérer un décollage. Dans la Sissili, la production d’ignames a donné cette année 69 824 tonnes, soit 61,6% de la production nationale. Elle s’adosse sur une production céréalière qui fait 258 818 tonnes, soit 45,6% de la production nationale. Celle-ci couvre 4 fois les besoins de la province. « C’est l’une des provinces structurellement excédentaire et pourvoyeuse non seulement de céréales mais également d’igname et de patates pour les autres régions du pays ». Constat du ministre Zoungrana qui a engagé son département à accompagner la filière. Depuis 2010, le ministère a mis à la disposition des producteurs des millions de boutures de patates et de manioc. Un atelier régional de concertation entre les acteurs de la filière tubercules et racines a eu lieu à Léo les 21 et 22 novembre. Il aurait permis de cerner les goulots d’étranglements au développement de la filière et de prendre en compte les différentes préoccupations. La conservation des tubercules on le sait est un souci pour les producteurs, sans oublier la question du marché. Le ministre a certes promis que les recommandations de l’atelier seront examinées avec « la plus grande attention ». Mais il y a longtemps que les acteurs ressassent les mêmes revendications sans que l’on ne voie un début de solution. Dans ces conditions, il est hasardeux d’exhorter les producteurs comme l’a fait le ministre à « booster la production… pour le bonheur et la sécurité alimentaire de notre pays ». Une clause de style qui ne répond pas aux réelles préoccupations des producteurs. En 2010, Maurice Oudet qui a fait le voyage de Léo avait déjà posé le problème des pratiques culturales de l’igname où chaque année les paysans abandonnent les anciens champs pour de nouvelles défriches. Question de rendement semble t-il. Ces pratiques posent deux problèmes. Elles appauvrissent rapidement les sols et détruisent l’environnement. Pourtant des solutions techniques existent. « Il est urgent d’arrêter la fête s’était insurgé Maurice Oudet… »,estimant que la priorité consistait à organiser avec nos meilleurs producteurs un voyage d’étude au Bénin où les béninois avec l’appui du Cirad travaillent sur un projet où la culture de l’igname se fait sous couvert végétal et permet à la fois de restaurer la fertilité du sol et d’améliorer le bilan hydrique. La production durable d’igname dans un système intégrant une plante fourragère appelée mucunapruriens permet en outre de faire un clin d’œil aux éleveurs avec possibilité de troc entre le fourrage et le lait. Au lieu d’utiliser du lait en poudre pour faire du dèguè d’igname, on pourrait le faire avec du lait local. N’est-ce pas une excellente manière d’intégrer les activités du terroir ? Pour M. Oudet, il faut à tout prix trouver la solution technique avant de renouer avec les fêtes. « Il est irresponsable écrit-il d’encourager la production d’ignames sans chercher à rendre la production pérenne, durable. » Que fait-on de ces propositions ? Sauf erreur, nous n’avons pas connaissance d’une réponse de l’autorité compétente à ces propositions. Nous sommes en 2013 et l’igname continue d’être fêtée sans qu’aucun des problèmes de la filière n’ait trouvé de solution. Selon même certaines confidences, pour donner des allures à la fête, on va même jusqu’à transporter des ignames du Ghana pour les besoins de l’exposition. C’est peut-être une des explications où des ignames exposées ne peuvent être achetées parce que soit disant déjà vendues. Si le fait est avéré, alors c’est très grave. La foire aux ignames ne doit pas se transformer en cirque. Personne n’y gagne, surtout pas les producteurs. L’organisation faitière des producteurs de tubercules de la Sissili a du pain sur la planche. Elle a déjà le mérite d’exister mais elle ne doit pas se contenter d’exister. Certes, elle se bat comme elle peut et on l’a vu à travers les activités de promotion de la filière, tel que le concours du meilleur producteur de tubercules, la promotion de la bancarisation du secteur, la promotion de l’assurance universelle etc… Elle doit cependant commencer à saisir le taureau par les cornes en s’attaquant à la question de la conservation du tubercule par la construction de structures idoines, les structures de distribution et de commercialisation, la promotion des filières de transformation. C’est sur ces créneaux qu’il faudra faire un intense lobbying. Dans le coton il y a eu un certain François Traoré qui a su porter à un degré élevé le combat des cotonculteurs. Son action doit être pour les producteurs de tubercules de la Sissili, une source d’inspiration. Ça tombe bien, le thème de cette année, porte sur « la production des tubercules et l’émergence des organisations paysannes ». L’interaction entre la performance des organisations et leur émergence est évidente. La filière a un besoin urgent d’hommes clairvoyants et entreprenants pour réussir le boom souhaité.

Par Germain B. NAMA


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