Ainsi donc la question fait débat dans notre pays

Publié le dimanche 17 février 2013

Par Newton Ahmed Barry

Une bonne dame, venue en mission, peut-être commandée, a cru bien faire en mettant les pieds dans nos plats. En nous accusant d’être des ignorants, pas professionnels. On veut bien l’excuser et peut-être aussi la comprendre. Mais deux choses tout de même :

 

Avant le droit à l’image, il y a le droit à la vie. Nous notre combat (la bonne dame pense que nous sommes aussi trop militants pas assez professionnels) est justement que ces personnes abominées n’aient jamais perdues la vie. Nous sommes peut-être ignorants en professionnalisme journalistique, mais notre engagement est celui du droit à la vie de chacun et de tous. Il est inadmissible dans une république, que certains aient le droit d’ôter la vie à d’autres, parce qu’ils ne sont pas des locaux ou parce que telle ethnie « n’a pas de terre » ou n’a pas droit à la terre. Ce sont pourtant les américains du MCA qui financent aujourd’hui la mise en œuvre de l’article 34, sur le foncier rural. Sont-ils conscients que l’argent qu’ils donnent sert à ségréguer à discriminer, à constater des possessions coutumières qui excluent et met en péril la vie de milliers de personnes parce que sur la base des coutumes, elles sont considérées « comme ne pouvant pas posséder la terre » ?

 

Nous avons parfois évoqué dans ces mêmes lignes ces questions et l’attitude de l’autorité suprême du pays. L’actualité nous donne encore malheureusement le déplaisir d’y revenir. Le conseil des ministres qui a suivi le meurtre du petit Joel, a, à juste titre, fait une délibération sur « le caractère inacceptable » d’une telle mise à mort. Attitude que nous soutenons et comprenons parce que nous pouvons réaliser combien cela a été bénéfique au moral des parents du jeune élève. C’est indispensable dans les grandes douleurs de sentir qu’on a l’autorité suprême à vos côtés. Joel, paix à son âme avait 14 ans, le même âge que Mariam Diao, élève de CM2 à LandréZonsé, tuée et brûlée à Zabré le 31 décembre. Il n’est pas sûr que même dans son école, on est observé une minute de silence à sa mémoire.

 

Le premier conseil des ministres qui a suivi, l’abomination de Zabré, n’a pas eu un seul mot de compassion à l’égard des 7 morts. Je suis encore reparti, lire le conseil des ministres du 16 janvier, pour être sûr que je ne me suis pas trompé. Evidemment une équipe gouvernementale est allée sur les lieux et nous avons en son temps salué le courage du ministre de l’Administration Territoriale. Sauf que les comportements sur cette question restent encore ce que l’on pourrait qualifier de l’absurdité de l’équité ; « une minute pour Hitler et une minute pour les juifs ». Les palabres qui se mènent sur place tournent autour de ce marchandage abominable : « nous avons permis aux peulhs de venir. Il faut pardonner nos frères aussi ». Ces marchandages peuvent se perpétrer parce que l’autorité suprême, n’a jamais cru de son devoir de mettre le holà. Quand Blaise Compaoré dira que ce n’est pas « acceptable » ce jour là, les exactions vont cesser. La dernière fois qu’il a parlé de cette affaire, c’était pour dire « « je crois…. que ces faits sont le quotidien des campagnes et que ça toujours existé… (interview en août 2005 à la TNB) » Cette interview a été réalisée quelques temps après les tueries de Baleheré, dans le Gourma ou 12 peuls avaient été tués.

 

Le débat sur les images choquantes à côté de ce péril communautaire, apparaît ainsi, excusé du peu, anecdotique. Mais c’est intéressant que nous puissions le mener. L’objectif étant évidemment de parvenir à un consensus sur le caractère inacceptable de la dérive qui est en cours, dans notre pays. Nous avons pour certains d’entre nous sacrifié nos carrières et nos avantages de fonctionnaire, depuis l’assassinat de Norbert Zongo pour nous dresser contre le droit qu’avait certain « de faire impunément les autres », selon la malheureuse formule : « tu fais on te fait et puis y a rien ». On ne peut pas s’être dressé contre cela et devoir accepter aujourd’hui que des individus s’arrogent le droit de vie sur les autres. Car c’est de cela qu’il s’agit. Certains sont persuadés, dans ce pays, qu’ils peuvent chasser, tuer un peulh et puis y a rien. On est passé de la formule ; « le peul n’a pas de terre (parfois dans la plaisanterie, mais très souvent non) » à celle, plus dramatique de « la vie du peulh ne vaut rien ».

 

Quand on vient de Dakar et qu’on est hébergé, frais moulu, dans les hôtels de Ouaga, on peut comprendre Mme Aw qu’elle fasse comme l’idiot : « prendre le doigt pour la lune ».

 

 


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