Dialogue inter-malien : Et si Blaise se faisait plus discret !

Publié le dimanche 17 février 2013

Par Germain B. Nama

 

La guerre a eu raison du dialogue au Mali. Ançar Dine et ses alliés djihadistes en poussant trop loin leur avantage sur le terrain ont brisé leur rêve d’une république islamique au Mali. Ils étaient pourtant à deux doigts d’obtenir par l’entremise de Blaise, ce que Bamako n’aurait jamais concédé dans d’autres circonstances. Tablant sur le discours cacophonique de la communauté internationale, lyad Ag Ghali s’est complètement fourvoyé sur sa volonté à agir. Celle-ci était bien consciente du danger que pourrait constituer une enclave islamiste en Afrique de l’Ouest mais chaque pays se gardait bien d’aller plus loin que de simples déclarations.

 

La raison on la connaît, c’est la crainte de devoir supporter un effort de guerre qui pourrait s’avérer insupportable pour des économies déjà exsangues. L’offensive djihadiste a donc balayé tous ces scrupules, mettant la France devant ses responsabilités historiques. Hollande l’a bien rappelé à Bamako, les maliens sont en droit d’attendre le retour d’ascenseur au nom du principe de « rédevabilité ». 

Voici donc la donne considérablement modifiée. Alors que hier l’on attendait beaucoup de la médiation burkinabè, le sentiment chez nombre d’africains aujourd’hui et de maliens en particulier est que celle-ci est plutôt un problème. Elle rappelle en effet pour les maliens, une histoire que ces derniers veulent vite oublier.

 

Le souvenir d’Aguelhok et de bien d’autres pogroms est encore vivace et le Mali qui est en passe de sortir victorieux du terrorisme n’a pas envie de récompenser ceux qui ont pris les armes et meurtri la mère patrie. C’est cela la quadrature du cercle. Blaise doit en tirer les conséquences fussent-elles amères pour sa diplomatie qui s’est beaucoup investie sur la question. Les récents propos du président nigérien tenus le 3 février dernier sur les ondes de RFI sont assez révélateurs : « Le MNLA n’est pas représentatif du peuple touareg […]. La communauté des Touaregs est immense. [...] Le MNLA est minoritaire parmi les Touaregs. »Cette petite phrase traduit une large opinion au Mali et il se pourrait bien que le président nigérien ait prêté sa bouche aux responsables politiques maliens qui ne voudraient pas embarrasser Blaise et la CEDEAO. Il y a bien longtemps que les accointances entre les djihadistes du Nord Mali et des réseaux d’affaires burkinabè intriguent à Bamako mais les responsables maliens ont jusqu’à présent fait le dos rond. Il ne reste pas moins que par divers canaux des signaux remontent, traduisant leur état d’esprit.

 

Quand on est dans le trou et sans quasiment de marge de manœuvre, difficile d’être exigeant. Maintenant que le couteau s’est un peu éloigné de la gorge, Blaise devrait prendre un peu de recul pour laisser les maliens évaluer tranquillement la situation. Sans doute avait-il raison de souligner à Addis Abeba : « l’opération franco-africaine (au nord Mali souligné par nous) est un succès. Mais cela n’est pas suffisant pour une paix durable au Mali. Il faut que les maliens continuent de s’investir dans un dialogue inter-malien afin de traiter cette crise foncièrement politique ». Mais il est tout aussi vrai que cette déclaration est politiquement inopportune après le fiasco diplomatique qu’il vient d’essuyer en raison de la criminelle duplicité des hommes d’Ançar Dine.

 

Dans les couloirs de la conférence à Addis, il se susurrait dans les milieux médiatiques internationaux que le MIA (le groupe dissident d’Ançar Dine) pourrait bien avoir été suscité par Blaise pour sauver les meubles. Il y a tellement de suspicions autour de la médiation de Blaise que le Burkina gagnerait à faire profil bas. A quoi sert-il de souligner bruyamment la disponibilité du Burkina à accompagner le dialogue inter-malien ? Il appartient au demandeur de relancer la demande de dialogue dans les conditions qu’il souhaite. Il est vrai que par sa ruse de gendarme, le chef de la diplomatie burkinabè a séduit nombre d’interlocuteurs maliens. Il faut cependant prendre garde de remettre un philtre usé là où le désir d’amour est introuvable. Du moins pour le moment.


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