La page d’ange : Colonel, je vous salue !

Publié le dimanche 17 février 2013

Je n’avais jamais eu l’occasion de voir, autrement qu’à la télévision ou dans les journaux le colonel Saye Zerbo. 

Il avait durablement frappé notre imaginaire d’adolescents à Abidjan par son arrivée fracassante à la tête du pays des hommes qui se voulait intègre, nous qui connaissions peu ou prou le pays d’origine de nos parents.

 

Nous étions fascinés par sa spontanéité, son ardeur au travail, son entregent et ses initiatives hors de l’ordinaire comme de le voir, treillis retroussés curant les caniveaux des rues de Ouagadougou. Pour nous, au pays du prince akan Houphouët-Boigny, ça relevait carrément de la fiction. 

 

Un président africain prenant les devants d’un travail collectif, incitant ainsi sa population à se retrousser les manches et à s’impliquer dans le développement de son pays, voilà qui ne pouvait que nous interpeller. Fièrement, nous gardions et brandissions ce no historique d’Afrique Nouvelle qui le montrait en une à la tête d’une armée de combites* des temps nouveaux, pantalons-treillis relevés dans ses rangers de soldat en plein dans les caniveaux.

 

Colonel Saye Zerbo, vous nous aviez fait rêver. Fait rêver à ce pays que nous ne connaissions pas et voulions tant connaître. Vous avez instillé en nous le rêve de faire ce pèlerinage indispensable du retour aux sources, retour dans ce pays nôtre et pourtant inconnu. Nous nous sommes mis alors à apprendre la <<Fière Volta>> de nos aïeux, nous qui ne savions que <<l’Abidjanaise>>, cette terre d’espérance et d’hospitalité qui ne répondait plus tellement pour nous et nos parents aux paroles inscrites dans son hymne national. 

 

Nous devions alors rechercher la terre de nos aïeux et y puiser la sève de notre fierté. Vous étiez et faisiez notre fierté. On pouvait dorénavant relever la tête et dire à nos petits amis ivoiriens que nous aussi, nous avions un pays et un président dont nous pouvions être fiers.

Merci donc Colonel Saye Zerbo ! 

 

L’appel du pays était né avec vous et nous savions que le temps de la découverte de notre autre pays véritable ne tarderait plus.

 

Vous avez redessiné jusque dans l’imaginaire ivoirien qui ne voyait en nous et nos parents que <<des voltaïques-voleurs>> (ces images souvent trafiquées des journaux ivoiriens montrant des bandits à qui on mettait des balafres pour faire croire qu’ils étaient mossé et s’appelaient tous Ouédraogo ou Sawadogo)nous ont longtemps traumatisés mais vous avez contribué a relever nos têtes courbées de honte et d’opprobres.

 

Cette occasion inoubliable qui me fut donnée ce 2 février 2013 à l’Institut français de Ouagadougou de vous rencontrer lors de la projection du film de Bernard Yaméogo sur Maurice Yaméogo (<<Un homme, un destin, le président Maurice Yaméogo>>) restera pour toujours, dans ma mémoire, gravée. 

J’ai été profondément touchée par votre très grande discrétion. Assis tout au fond de la salle avec votre épouse, si on n’avait pas mentionné votre présence au début de la projection, nous ne l’aurions jamais su. Votre refus poli d’intervenir dans le débat vous honore. Car mes parents mossé sont très méchants et c’est sûr que dès le lendemain matin, vous auriez fait la une des journaux avec des propos déformés repris en boucle partout. Vous avez donc bien fait de vous taire et d’user de votre droit de réserve.

Nous avons partagé ce soir-là avec vous un grand pan de notre histoire récente, le règne du premier président de la République de Haute-Volta à avoir proclamé son indépendance. Maurice Yaméogo, c’est le président de tous les premiers : premier à assurer l’intérim du président Daniel Ouezzin Coulibaly après sa mort subite en étant président du Conseil du gouvernement de la Haute-Volta de 1958 à 1960, premier avec le Mogho-Naba Wogbo à réclamer et à réunifier le territoire partagé comme des morceaux de gâteau aux pays voisins, premier à proclamer l’indépendance de ce pays reclus au cœur du Sahel, réputé pauvre et sans avenir, premier à lui offrir dans la sous-région africaine son premier organe de télédiffusion, la Volta-Vision en 1963, premier à faire du chemin de fer colonial une réalité sous régionale en réclamant à la France sa restitution qu’il a rebaptisée avec Houphouët et Diori du nom de la Régie Abidjan –Niger (RAN), premier à doter la capitale voltaïque de structures dignes du rôle qu’elle serait amenée à jouer : la Maison du peuple, le Rond-point des Nations-Unies, etc.

 

Premier président à être reçu en visite officielle à Washington avant les Houphouët et Senghor. Kennedy avec qui la visite avait été programmée et prévue étant mort assassiné, c’est le Vice-président Johnson devenu président qui l’a reçu en lui envoyant le AIR Force One. Yes Sir ! Qui dit mieux ?

 

On dit même dans les milieux bien introduits que ces deux balkanisateurs de l’Afrique qu’étaient Senghor et Houphouët lui en ont voulu à mort pour cela et ont contribué à le renverser.

Merci bien Colonel.

 

Quant aux ignares de jeunes policiers postés devant l’entrée de l’Institut français qui ont voulu exercer leur zèle mal placé de bons exécutants en voulant empêcher le Colonel Saye Zerbo d’entrer parce que ne l’ayant pas reconnu (et ne me dites pas pour justifier qu’ils n’étaient pas nés), je dis Merde !

 

Merde à vous car vous êtes des bandits en puissance. C’est ce que disait le président Sankara des corps habillés sans formation.

Au Colonel, je demande pardon pour eux.

Mes respects, Colonel n

 

Angèle Bassolé, Ph.D.

Écrivaine et Éditrice,

 Ottawa, Ontario.

abassole@yahoo.com


Commenter l'article (12)