Nouss Nabil valorise le ruudga : dans la Discretion et la persévérance

Publié le dimanche 17 février 2013

Ils sont audacieux ces jeunes artistes musiciens qui ont entrepris de réhabiliter les rythmes du terroir. A l’heure où l’informatique met à leur disposition des procédés simples pour la production de sonorités diverses, ils font œuvre utile à la culture des pères. Nouss Nabil l’artiste musicien bobolais, est de ceux-là. Il s’appelle Ouédraogo Inoussa à l’état civil. Nouss Nabil a choisi de marquer l’univers musical burkinabè de son empreinte particulière sans extravagance. En usant des instruments traditionnels, qu’il a appris à maîtriser, il a voulu faire un mariage des sons et des rythmes, Le samedi 24 novembre 2012, il a enflammé l’institut français de Ouagadougou lors d’un concert live accompagné de Sanogo à la kora, des frères Diarra à la guitare solo et à la basse et du dynamique Ouédraogo à la batterie. Ceux qui ont eu la chance d’avoir le programme mensuel de l’institut français entre les mains et qui sont venus ce soir, ont été émerveillés par cette quintessence de rythmes actuels (n’est-ce pas Kizito !). Avec des tubes de ses albums passés et un avant goût de celui à venir, En rappel, c’est en 1999 qu’il sortira son premier album « Dianarose », enregistré dans un studio d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Après, c’est une série de prestations diverses à Bobo, Ouaga, Ouahigouya, Dori, Gourci, Bamako, Dakar, etc. Nouss Nabil entame ainsi, de façon sûre et sereine son ascension vers les sommets. On le découvre, on l’admire et on l’aime forcement. Avec une dose d’originalité, vu sa maîtrise du violon traditionnel moaaga (Ruudga) et de la calebasse renversée il fait une musique aux facettes multiples. En 2009, la sortie de son second album Kaalfa (le confiageen français facile, dira mon cousin Goama) est la preuve du travail et de la persévérance. Nouss s’est déjà exprimé au Festival Jazz à Ouaga aux côtés du célèbre violoniste français Didier Lockwood. Ce dernier avait du reste qualifié le ruudga, d’ancêtre du violon qu’on retrouve en occident. Invité au Festival acadien de Caraquet au Canada, en août 2011, Nouss Nabil a été la véritable attraction du public. En moore, en dioula/bambara, ou en français, ce jeune homme de 37 ans qui aurait pu faire une carrière universitaire avec son Bac D + 2, se consacre à la musique par amour. Quelle passion ! Nouss a remporté le deuxième prix dans la catégorie « Vedette de la chanson moderne » lors de la Semaine Nationale de la Culture Bobo 2008. Puis il est décoré de la médaille de Chevalier de l’ordre de mérite des Arts des Lettres et de la Communication (agrafe Musique et Danse) en décembre 2009. Sa discrétion, sa timidité apparente et son humilité font qu’on ne se rend pas compte qu’il œuvre à la promotion d’un élément du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés du Burkina. Le ruudga considéré à tort ou à raison comme « instrument des aveugles » « instrument des pauvres », est en train, grâce au talent et à l’engagement de Nouss, de retrouver une seconde vie. Il en confectionne, exporte au delà des océans et ne manque pas d’occasion pour initier enfants et adultes à la maîtrise de cet instrument de musique qui, entre ses doigts produits des sonorités qui séduisent les oreilles profanes et averties. Un film documentaire est en préparation sur le ruudga, de même qu’un site internet. En attendant, des stagiaires venus du monde entier défilent à Bobo chez l’artiste, pour apprendre à maîtriser ce violon africain. Nouss fait de ce fait œuvre utile à la culture burkinabè, car il ne se contente pas de jouer l’instrument ; il le vulgarise, le réhabilite et le pérennise. Il initie même des jeunes filles à sa maîtrise malgré les idées reçues. En décembre 2012, il entre en studio chez Camille du côté d’Hamdalaye à Ouaga pour mettre sur support audio un album de 12 titres qui sera bientôt sur le marché. Lors de son récent concert à l’institut français de Ouagadougou, il a donné un avant goût de ce qui se concocte, en invitant le public à donner son opinion sur le draft, avant la version finale. Malin non ?

 

Ludovic O Kibora


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