Affaire Zabré : Quelle évolution dans le dossier ?

Publié le dimanche 17 février 2013

Au 31 janvier, il y avait 81 personnes inculpées pour " multiple assassinats et destructions des biens ". Un juge d’instruction a été saisi.

L’urgence est sans doute de protéger les trois témoins, survivants du drame du 31 décembre. Ce jour là, ils ont été les seuls à survivre, en s’accrochant aux voitures des CRS. Un quatrième n’a pas eu cette chance, il s’agit du nommé Yebandé bandé. Alors qu’il était dans la voiture des CRS, quatre individus bien identifiées, Issa Bancé, Soumaïla Bancé, Morou Bancé et Gauthier ( coiffeur) se seraient jetés sur lui et l’on fait descendre et l’abattre, sous les yeux des CRS. Selon nos informations ces quatre individus n’auraient pas été interpellés.
A ce propos, précisons une chose. Le 24 décembre l’altercation avec Sambo, avait été avec deux des quatre cités. Il s’agit de Soumaïla Bancé et de Morou Bancé. Ce sont les deux, en galante compagnie, qui avaient refusé de céder le passage à Sambo " sous le prétexte que la route n’appartient pas aux peulhs ". Convoqués à la gendarmerie, les deux avaient refusé de déférer, préférant aller se plaindre chez le chef de canton. Le lendemain de l’altercation, une rencontre de conciliation est organisée par ce dernier. Les deux n’auraient pas accepté la demande de pardon, alors que Sambo, l’agressé, était allé retirer sa plainte à la gendarmerie. Devant le chef de Canton Soimaïla et Morou avaient décidé que Sambo " quitte leur terre ". Le chef, leur aurait rétorqué " moi-même qui suis chef, la loi ne me donne pas ce droit. Si vous le faites, ce sera à vos risques ".
Les deux sont les demi-frères du chef de terre Doundou Tobro, du secteur 7, avec qui ils ne s’entendent pas. Le Tengsoba, Doundou Tobro se serait opposé à la décision de ses demi frères. Une autre personne qui a joué un rôle positif, dans cette affaire, le nommé Ousmane Yabré dit Sababou. Le 27 décembre quand les insurgés ont tenté pour la deuxième fois d’incendier la concession de Sambo, il s’est interposé vaillamment. Il serait allé chercher son fusil et est allé s’installer dans la concession de Sambo avec le message suivant : " gare au premier imbécile qui franchit la porte ". Ce jour là, Sambo, était absent. Il était allé au marché de Yom Yom, un village voisin de Zabré. Le 31 au matin, une délégation des parents de Sambo projetait d’aller dire merci à Sababou. Ils seront pris de court, par les assaillants qui ont encerclé, puis massacré la plus part de ceux qui se trouvaient chez Sambo.
Une autre précision, c’est l’identité de la 7e victime, le bissa qui a été tué alors qu’il tentait de forcer la protection de la concession de Sambo. Il se nommerait Bancé Nombo. Il est frère aux deux qui ont eu l’altercation avec Sambo, le 24 décembre. Selon nos informations, c’est Sambo qui aurait tiré sur lui, avec son fusil de chasse, alors qu’il tentait de braver l’interdiction d’avancer.
Il y a dans cette affaire aussi des risques que la bonne administration de la justice pâtisse de quelques négligences. Il est quand même difficilement compréhensible que les trois rescapés de la concession de Sambo, n’aient pas été entendus et surtout protégés. Ils sont, nous parait-il ceux qui peuvent donner des indications sérieuses sur les assaillants et les conditions dans lesquelles certains meurtres ont été commis. Ils sont du village et ce sont des gens qu’ils connaissent. Il s’agit évidemment de faire les choses en respectant les principes cardinaux de l’instruction. Des sources proches de l’enquête assurent que c’est maintenant que les choses vont se mettre en branle, après le retour de l’ordre public. On ne demande qu’à croire.

Affaire Zabré
Le Gon naaba nous a rendu
visite
Le Gon naaba est venu de Zabré nous rendre visite le 08 février, et
nous expliquer comment il était triste de la tournure des événements survenus le
31 décembre dans sa localité.

On l’aurait, dit-il, confondu avec le chef de terre du secteur 7 de Zabré, le
Tengsoba Doundou Tobré. Le 27 décembre, il était chez lui et non sur les lieux,
comme une de nos sources nous l’a dit. Nous avions en effet recueilli des
informations indiquant que le Gon naaba s’était déplacé sur les lieux après
avoir garé sa voiture dans la concession de Tengsoba Doundou Tobré. " Je n’y ai
jamais mis les pieds ", nous dira t-il. " J’ai même été surpris que le chef de
Canton m’appelle pour me dire que le CB lui a dit que j’étais sur les lieux ",
poursuit-il.
Gon, village d’environ un millier d’âmes, est situé en face du
secteur 7 de Zabré, dont il est séparé par la nationale 29. Gon naaba nous a
parlé des relations anciennes que sa famille a entretenu avec le père de Sambo,
Guella Bandé, 80 ans environ, (tué lui aussi le 31 janvier en même temps que son
fils). Ses relations sont restées cordiales, puisque chaque année, le vieux
Guella lui faisait parvenir sa contribution pour sa fête coutumière. " La mort
du vieux m’a beaucoup attristé ". En 2012, quoiqu’ impotent, le vieux Guella
avait dépêché son épouse (elle a été assassinée aussi le 31 janvier) accompagnée
d’une de ses belles filles (une des épouses de Sambo), pour venir le saluer à
l’occasion de sa fête coutumière.
Par contre avec Sambo, les relations
n’étaient pas suivies " en raison de sa mauvaise réputation ", mais ajoute t-il,
à chaque fois que nous nous croisions, nous plaisantions. Il rappelle leur
dernière entrevue : " il avait une petite voiture rouge, je crois. Je lui ai dit
que j’allais l’emprunter pour aller faire le week end à Ouaga. Nous avons ri
".
Après le drame, il dit s’être investi sur les ondes de radio Pagala Yiiri,
avec la permission du chef de Canton, pour appeler au calme et inviter " les
frères peulhs " à regagner leur domicile. Depuis il est de toutes les médiations
et pourparlers pour ramener la paix à Zabré. La dernière initiative est celle
d’avoir conduit, avec la permission du chef de canton, une délégation pour
rencontrer les autorités à Tenkodogo et les détenus à la prison de Tenkodogo.
Auparavant, souligne t-il, nous avions accueilli " nos frères peulhs revenus de
Tenkodogo, pour nous assurer que chacun est bien rentré chez lui. Nous avions
fait une cotisation et avions remis au préfet, ce qui leur était destiné ". Puis
à la fin, il confie amère :
"le problème, nos frères bissa sont
indisciplinés…".

Entretien avec Newton Ahmed
Barry

La réaction
des internautes

Le 1er février à 16:38, par HAD
Bjr NAB, Je voudrais simplement
saluer votre pertinence, votre honnêteté professionnelle et votre sens de
l’honneur ! En effet, que de mauvaises langues n’ont-elles pas dit sur vos
publications sur le massacre ethniciste de Zabré ? Et pourtant des publications
récentes de vos confrères corroborent toutes vos versions antérieures sur cette
nouvelle lâcheté de la république et montrent que même devant un conflit supposé
d’intérêt (parce-que vous êtes de la communauté des victimes), vous restez
professionnel. Chapeau bas, Monsieur Barry !

Le 2 février à 16:37, par james le canadien
Si ce massacre n’émeut pas
les Burkinabé à tel point qu’ils se taisent et ne disent rien, il y a de quoi
regretter d’être un homme du pays. On ne peut pas tuer comme ça sans être
inquiété. On ne veut pas un jour d’un mouvement de libération du sahel et de ses
peuples au Burkina. Alors que les autorités de ce pays se lèvent vite et
qu’elles sévissent dur et maintenant.
Je soutiens avec l’énergie la plus
vigoureuse Ahmed Barry Newton dans son élan de mettre la vérité à jour. Si les
autorités ne réagissent pas nous allons organiser des marches à bobo, ouaga,
koudougou, ouahigouya, fada et dori. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Alors
attention !

Le 3 février à 03:42, par Golden man
Salut le journaliste, votre choix de
diffuser ces images est le plus courageux qui soit. Je suis profondément touché
par cet évènement malheureux qu’ont vécu ces 7 personnes.
Je souscris
entièrement à l’appel à la marche si rien n’est fait pour rendre justice et
ainsi éviter de telles horreurs dans le futur. Je suis d’autant plus déçu que la
gendarmerie était au courant du danger que courrait Mr Sambo, puisqu’elle avait
déjà été sollicitée lors de la première altercation, et n’a rien fait pour
l’éviter. Il faut une répression sans précédent à l’encontre des auteurs de ce
forfait pour que des situations pareilles ne se répètent pas au Burkina Faso.
Merci.

Le 3 février à 06:30, par conscience
Merci mon frère Barry pour ton
courage. Il ya une discrimination et une stigmatisation des peuls. Ce qui se
passe aujourd’hui est la résultante de toutes ces injustices. Mais que font les
députés a l’Assemblée ? Chacun ne fait que regretter les faits et le temps passe
et c’est vite oublié .On permet a un cadre d’être libre après avoir détourné 2
millards en toute impunité. La population s’est-elle ruée sur la famille et
l’ethnie Guiro ? Un cadre à l’extérieur soupçonné d’avoir détourné plus de 200
millions vaque librement à ses occupations. Qui a bronché ? C’est de l’impunité
aussi non ?

Le 3 février à 06:48, par Ismael BOLY
Oh mon Dieu ! Dès
qu’il y a mort d’homme alors il faut absolument la justice, il faut qu’il y ait
des explications avant le pardon afin d’apaiser véritablement les coeurs. Merci
Mr BARRY pour ce travail courageux ! Je suis tout à fait d’accord et j’approuve
totalement la publication de ces images fussent-elles très difficiles.

Le 3 février à 07:16, par Ouedraogo
Merci mon maître Barry. Par rapport a
vos publications je discutais avec un soit disant ami à votre frère qui trouve
qu’il n’ ya pas de journalistes propres au Burkina alors je l’ai invité hier a
lire l’article sur Zabré qui prouve à quel point mon maître est professionnel et
honnête dans son métier. NAB vous avez toujours respecté les règles qui
régissent le journalisme, toute chose qui vous crée ses démons de l’injustice
autour de vous, je vous encourage a persévérer ; la vérité éclatera au grand
jour.

Le 3 février à 08:00, par conscience
En 98 à quelques kilomètres de
Zabre, notre journaliste émérite Zongo est assassiné froidement et brûlé comme
du bois de charbon par des individus qui courent toujours ;c’est les larmes au
yeux que j’écris ces lignes. Toute âme éprise de justice non partisane ne doit
pas accepter cela. Qu’on carbonise des innocents au Burkina Faso ? Non nous ne
nous tairons pas. IL NE SERT A RIEN DE CACHER DES IMAGES QUI DISENT LA VERITE ET
LA REALITE AUX BURKINABES. CELA est plus juste que la justice Burkinabè. CACHER
LA VERITE C’EST TUER 2 FOIS LES MORTS c’est de leur rendre justice même
partielle pour que chaque Burkinabè se fasse une juste opinion.

Le 3 février à 21:50, par sissi82
Je crois qu’ici il y a un véritable
problème. Sommes-nous au Faso ? La chance divine que le bon Dieu nous a donnée
d’être un peuple cosmopolite avec environ une soixantaine d’ethnies ne saurait
être bafouée par des individus qu’il faut pendre haut et court en lieu public
pour donner une leçon à qui voudrait récidiver ou penser a se rendre justice de
la sorte. Je ne suis pas membre de cette ethnie mais je suis Burkinabè et suis
vraiment révolté. Ce sont les larmes pleins les yeux que j’écris ces lignes car
rien, je dis bien rien ne justifie ce que nous voyons. Mr Barry, ne vous
inquiétez pas, rien ne va vous arriver, ni à vous ni à votre journal
sinon...

Le 3 février à 21:56, par sissi82
Je reviens à la charge pour ajouter
qu’ETRE BURKINABE, CA SE MERITE, et ces cannibales là ne sont certes pas des
BURKINABE.

Le 3 février à 21:58, par sosirew33
BON DIEU !!!!!!!!!!!

Le 4 février à 12:04, par YAMS
SVP Messieurs les autorités, Il faut punir
de façon exemplaire TOUS les hors-la-loi du Burkina Faso et les auteurs de ces
tueries en particulier, pour qu’une fois pour toute personne n’ ôte impunément
la vie à autrui. C’est à ce prix que nous pourrons rêver d’un Burkina émergent
demain.

Le 4 février à 12:05,
par Sougr’ Nôôma
Allez courage à vous. Surtout
n’abandonnez pas ; le CSC veut juste vous museler c’est tout. Faut quand même
qu’on sache qu’il ya des crimes crapuleux dans ce pays. Quand même toute une
famille (et ils ont même eu le culot de brûler le corps d’une pauvre enfant de
14 ans), qu’elle horreur.

Le 5 février à 07:50, par Mafoi
Voyez-vous, des images peuvent être plus
parlantes que de longs discours vaseux car depuis cette histoire de Zabré, j’ai
lu au moins 10 articles mais je n’arrivais pas à mesurer la gravité. Et là, en
voyant ces images, je suis révolté car il faut être inhumain pour commettre de
telles atrocités. J’ai honte d’être Burkinabè. Quant au CSC, il fera mieux de la
boucler car ce qui choque les âmes sensibles, ce ne sont pas ces images mais
plutôt la barbarie de ces criminels. Courage au journaliste, il ne faut pas te
laisser démonter par ces institutions bidons car si des individus sont capables
de commettre de tels massacres sans être inquiétés, c’est à cause aussi de ces
irresponsables qui nous gouvernent depuis maintenant un quart de siècle.

Le 5 février à 20:01, par lokda
Chers compatriotes, l’heure est grave.
Arrêtons de penser... il faut agir !!! L’ignominie de ces exécutions, ainsi que
la lâcheté et la cruauté des exécutants sont incommensurables et doivent être
punies avec rigueur. Mais qui voyez-vous qui puisse le faire dans ce pays pourri
 ? Il y a quelques semaines, pour avoir détroussé un pauvre passant, ’seulement’
dirait-on, de très jeunes gens ont été identifiées et pendues publiquement au
moyen orient, juste pour l’exemple. A peine 14 bougies, à la fleur de
l’innocence, elle aurait pu être notre Mme Boly de demain, mais personne n’a pu
ou voulu garantir son droit élémentaire à la vie. Même la gendarmerie nationale
a fait défection dans ce cas pourtant récurrent et prévisible, au moment même où
nous nous projetons ostensiblement au Mali pour raison de solidarité
sous-régionale. ’Si l’ombre tend à s’éloigner de l’antilope … alors qu’elle
bouge’. Bougeons car il fait déjà chaud !

Le 7 février à 09:02, par BB Truth
C’est impensable, inqualifiable,
innommable. Et que le CSC apprenne à reconnaître les véritables ennemis de la
république : non pas les journalistes qui en appellent à notre vigilance
citoyenne, mais plutôt les barbares qui ont perpétré ces meurtres et narguent
impunément la république. Prenez garde, sinon...


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