Affaire Zabré et images choquantes : Réactions du CSC et de l’OBM

Publié le dimanche 17 février 2013

Publication d’images choquantes dans les médias
burkinabè
Le CSC appelle au devoir de professionnalisme

Les confrontations intercommunautaires intervenues à Zabré le 31 décembre
2012 ont causé des pertes en vies humaines, de nombreux blessés et déplacés, et
occasionné des dégâts matériels importants.
Face à ce drame d’une horreur
insoutenable, le collège des conseillers du CSC, réuni en sa 95ème session
ordinaire, le mercredi 30 janvier 2013, déplore la tournure des événements et
compatit à la douleur des familles éplorées.
Quant au traitement de
l’information liée à ces événements, le conseil note avec satisfaction le sens
de l’éthique et du professionnalisme ainsi que l’esprit de responsabilité dont
ont fait montre la plupart des médias burkinabè. Toutefois, le conseil est
indigné de constater la publication, dans le bimensuel "l’Evénement" n°248 du 25
janvier 2013, d’images macabres des malheureuses victimes de ces affrontements
communautaires. Cette publication, délibérément attentatoire au respect dû aux
morts et à la sensibilité de nombre de lecteurs, contrevient à la loi et fait fi
des obligations éthiques du journaliste. En outre, cette pratique viole une des
règles de base de la profession et singulièrement les dispositions de l’article
18 du Code de l’information qui dispose : " Aucune publication spécialisée ou
d’information générale ne doit comporter ni illustration, ni récit ni
information ou insertion qui porte atteinte à la vie privée du citoyen ou
contraire à la morale publique, aux bonnes mœurs et à l’éthique civique ou faire
l’apologie du racisme et du tribalisme… "
En outre, la publication de ces
images choquantes méprise les droits des victimes suppliciées et est susceptible
d’entretenir d’éventuelles chaînes de violences.
Par conséquent, le Collège
des Conseillers condamne cette attitude du journal "l’Evénement" et appelle
l’ensemble des médias à se démarquer d’une telle pratique à visée mercantile et
à s’inscrire dans le registre du professionnalisme et le respect des principes
d’éthique et de déontologie si chers et précieux dans la construction, la
consolidation et le maintien d’une paix sociale durable.
Il paraît aussi
opportun de rappeler à l’ensemble de la presse (audiovisuelle, écrite et en
ligne) que dans les médias occidentaux auxquels certains font parfois référence,
l’on ne voit jamais d’images de cadavres illustrant des reportages d’événements,
si macabres soient-ils, survenus dans ces pays ou concernant leurs
ressortissants.
C’est le lieu donc pour le Collège des Conseillers, tout en
condamnant toutes les formes de violence, de rappeler une fois de plus à toute
la presse les principes de base du journalisme qui demeurent le respect et
l’observance stricts de l’éthique et de la déontologie, le respect de la loi, le
respect de la vie privée des citoyens, le respect de l’image de la personne
humaine et le respect dû aux morts dans nos sociétés.
Enfin, il importe de
rappeler qu’entre le CSC et les médias il ne s’agit pas d’épreuve de force ni de
confrontation mais d’un combat commun pour une liberté de la presse plus
responsable, mieux assumée et respectant les droits des citoyens, y compris des
victimes et de leurs familles.

La lettre de
l’Observatoire Burkinabè des Médias

Cher confrère,
Votre bimensuel L’Evénement dans la rubrique Société du n° 
248 du 25 janvier 2013, a publié à la page 17 les photos de victimes des
troubles survenus à Zabré le 31 décembre 2012. La publication de ces images
insoutenables, qualifiées d’images d’horreur et dont le rédacteur reconnait le
caractère choquant nous embarrasse au plus haut degré.
Le Bureau de l’OBM est
gêné par le fait que c’est votre journal qui en est le support. Monsieur le
Directeur, vous êtes considéré comme l’un des "pères" de l’Observatoire
burkinabè des médias. C’est vous qui avez prononcé une phrase qui est restée
dans notre mémoire à la création de l’OBM : "Les journalistes burkinabè ont
décidé de s’auto-discipliner". On aurait voulu saper les fondements de cette
structure d’auto - discipline naissante qu’on ne procéderait pas
autrement.
Les membres du bureau sont également gênés parce que nous avons
encore en mémoire la sanction d’une suspension d’une semaine de publication
infligée à un quotidien de la place en décembre dernier pour avoir publié des
images choquantes. Face à une autre insertion du genre en moins de deux mois, on
est tenté de penser que si ça n’est pas une provocation, ça en a en
l’air.
Certes, les lois encadrant la publication des photos de presse ne sont
pas spécifiques ; cependant elles reposent avant tout sur les principes généraux
de respect de la dignité de la personne et de la protection de la vie privée
comme l’édicte la charte des journalistes burkinabè. L’équipe de rédaction du
Bimensuel est composée de journalistes chevronnés. Ils sont censés le savoir.
Ils savent que ce qui n’est pas interdit par la loi est permis. Mais aussi ils
devraient savoir que tout ce qui est permis n’est pas forcément utile. Dans ces
cas, la responsabilité sociale du journaliste le contraint à interroger sa
conscience avant de poser tout acte susceptible d’être controversé.
Les
communautés constituant le peuple burkinabè ont parmi les valeurs en partage,
celle du respect des morts. Cela est remarquable à plusieurs occasions notamment
lors des accidents mortels de la route. Le premier reflexe des premiers qui
arrivent sur les lieux des drames, c’est de couvrir les défunts ; c’est indécent
d’exposer aux regards les corps des victimes. Nous imaginons aisément
l’intensité de la douleur supplémentaire des parents des victimes de Zabré dont
les images vont faire le tour du monde. C’est une autre peine dont ils se
seraient passés volontiers.
Monsieur le Directeur, la profession a confié à
l’OBM un rôle prépondérant dans la mobilisation des acteurs pour l’amélioration
des pratiques professionnelles et en particulier dans la promotion du respect
des règles de l’éthique et de la déontologie dans les médias. C’est pour cela
qu’il déplore la publication de ces photos. Il en appelle au sens du devoir de
la responsabilité et à la retenue de votre équipe.
Confraternellement.

Ouagadougou, le 31 janvier 2013

Jean-Baptiste ILBOUDO
Chevalier de l’Ordre national
Chevalier de
l’Ordre du mérite des arts,
des lettres et de la
communication


Commenter l'article (80)