Guerre au Mali : La CEDEAO face à l’épreuve de vérité

Publié le vendredi 1er février 2013

Par Germain NAMA.

Le président intérimaire du Mali n’a pas hésité une seconde à se tourner vers la France quand son armée a été défaite dès les premiers affrontements avec les djihadistes. La résistance de Konna a été très dure et héroïque mais comme à Tessalit, Kidal, Tombouctou et Gao, l’armée malienne a décroché, laissant à l’ennemi un impressionnant butin de guerre.

 

On a beaucoup parlé de la déliquescence de cette armée, du sous-équipement des troupes, de l’absence de motivation des soldats mal entraînés au combat dans les dunes de sable. Il y a une autre chose dont on parle peu et qui n’est pas négligeable, c’est la culture de la palabre interminable. D’abord au Mali, alors que le Nord du pays est occupé depuis plus d’un an et que les populations de la zone sont soumises aux pires exactions de sectes moyenâgeuses, on n’arrête pas de se disputer à Bamako. Alors qu’on espérait l’union sacrée face à la gravité de la situation, ce sont plutôt des querelles de positionnement qui occupent une classe politique totalement irresponsable. 

 

Du côté de la CEDEAO, il y a plus de six mois que l’on nous dit que tout est fin prêt tant du côté des plans de reconquête que de la disponibilité des troupes. Comme on le voit, la réalité est tout autre. Voilà deux semaines que la guerre a repris au Mali et toujours pas de forces africaines opérationnelles sur le front. On discute et on discute. Pourquoi se presser puisque les troupes françaises sont parvenues à geler les positions. Et c’est bien là le problème ! En intervenant dans l’urgence, la France a permit d’éviter que les djihadistes ne poussent leur avantage jusqu’à Bamako. Imaginez le scénario avec ses conséquences sur la sous-région en terme humanitaire et pas seulement… Par son intervention urgente, la France administre aux africains une cuisante leçon de responsabilité.

La réalité est que comme toujours les africains sont des moulins à vent. Pendant longtemps, les opinions publiques africaines ont été laissées dans l’illusion que le problème c’était le conseil de sécurité. Mais quand cet obstacle fut levé, on n’a pas noté non plus d’engouement au sein de nos états-majors militaires, ne serait-ce que pour pré-positionner les troupes africaines. Que cachent donc ces tergiversations ? Ne nous voilons pas la face. Pas plus que les brasseurs d’air de Bamako, nos responsables de la CEDEAO ne veulent aller en guerre. Leurs armées n’ont ni les moyens ni la volonté de faire la guerre. Ce n’est pas un problème de courage ou de bravoure. Les armées maliennes sont tout aussi capables que les armées des autres pays de la CEDEAO.

 

En réalité, la guerre au Mali pointe du doigt l’incapacité de nos dirigeants à assurer aux armées une logistique de guerre digne de ce nom. Ce n’est pas difficile de comprendre que quand on envoie des troupes au front, il faut avoir de bons fusils, des munitions en quantité, du carburant à tout moment. Il faut aussi assurer le garba et ce n’est pas le moindre, mais aussi de l’eau ; il faut prévoir des abris-dispensaires bien sécurisés pour soigner les blessés du front etc.

 

Bref, la logistique de guerre est très lourde et coûteuse surtout quand il s’agit d’une guerre conventionnelle comme l’est celle qui se mène actuellement, du moins dans sa phase actuelle. Autant de choses qui permettent de mesurer l’effort remarquable de la France dans son appui à l’armée malienne. D’où la nécessité pour les troupes de la CEDEAO de ne pas trop traîner les pas. Plus la France se trouvera longtemps seule au premier plan, plus elle se heurtera à un problème de légitimité et plus le soutien de l’opinion publique française sera problématique.

 

La France ne peut et ne doit mener la guerre à la place des africains. Certes la lutte contre le terrorisme est l’affaire de tous mais il appartient à chaque pays d’assurer en premier lieu sa sécurité. Le devoir de solidarité n’est pas un devoir de substitution. Le Burkina qui s’est empressé d’annoncer l’effectif de son contingent à la MISMA doit prouver qu’il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce. Surtout qu’il doit absolument montrer patte blanche après avoir conduit une médiation qui s’est révélée être un jeu de dupes.


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