Municipales à Bokin : la reprise sera un duel à mort...

Publié le vendredi 1er février 2013

Le feuilleton sur les municipales se poursuit à Tema Bokin. Les résultats sortis des urnes cristallisent toujours les passions. Qui a gagné l’élection dans le village d’origine de Thomas Sankara ? CDP et UNIR/PS se proclament vainqueurs chacun. Le conseil d’Etat a fait monter la tension par un cafouillage dans la proclamation des résultats. Les élections seront reprises à Goera, un village de la commune où l’UNIR/PS avait fait un sans faute. Une rumeur de corruption empoisonne ce village et pourrait davantage faire monter la pression.

 

Il y a danger dans la commune rurale de Tema Bokin. Le cafouillage du conseil d’Etat dans la proclamation des résultats définitifs le 29 décembre dernier a fait monter de nouveaux les passions. Le 29 décembre, au moment de la proclamation officielle des résultats définitifs des municipales du 2 décembre, le conseil d’Etat a attribué 2 conseillers à l’UNIR/PS et 1 au CDP dans le village de Bokin. La joie des militants de l’UNIR/PS sera de courte durée. Dès le lendemain sur le site du conseil d’Etat, c’est une version dite corrigée qui est affichée, inversant les résultats proclamés la veille. Le CDP 2 conseillers et l’UNIR/PS un conseiller. Cette inversion changeait les choses à Tema Bokin. Les deux partis sont au coude à coude. Les résultats provisoires donnent 41 conseillers pour le CDP et 40 pour l’UNIR/PS. L’unique siège vaut de l’or. A la proclamation des résultats définitifs, version corrigée, 38 conseillers ont été attribués à l’UNIR/PS et 41 au CDP. Les élections seront reprises dans le village de Goèra. Dans ce village, l’UNIR/PS avait remporté les 2 sièges. Les résultats provisoires proclamés par la CENI attribuaient 2 sièges au CDP et 1 siège à l’UNIR/PS à Bokin. Le parti au pouvoir avait obtenu 1412 voix contre 1404 à l’UNIR/PS. Les autres partis étant très loin derrière le CDP avaient pris les deux sièges malgré sa très courte avance. Mais les résultats du conseil d’Etat étaient autre chose. L’UNIR/PS s’en sortait désormais avec 1434 voix contre 1364 pour le CDP. L’UNIR/PS prend donc les 2 sièges. Le CDP qui conteste le nombre de voix attribuées à l’UNIR/PS fait introduire un recours par l’intermédiaire du richissime homme d’affaires Sayouba Sawadogo qui a fait fortune dans l’or et est candidat aux municipales à Tema. Le conseil d’Etat qui a examiné le recours modifie effectivement les résultats et parle d’« erreurs matérielles ». En fait, les résultats d’un des quartiers Bokin, Taonsgo, ont été substitués à ceux de Koulweogo qui est un village de la commune et non un quartier de Bokin. La correction de cette erreur dite matérielle, l’UNIR/PS la refuse et revendique les deux conseillers du village de Bokin. Les premiers responsables du parti sont d’ailleurs clairs. Le jour de l’élection du maire, ces deux conseillers seront présents et prendront part au vote. Il n’est pas question pour eux de modifier des résultats dits définitifs. Le conseil d’Etat se contente de s’excuser auprès du parti mais explique qu’il est bel et bien possible de modifier les résultats s’il ressort qu’il y a « erreurs matérielles » comme dans le cas présent. Le conseil d’Etat invoque une jurisprudence du Conseil constitutionnel qui lui permet de corriger des erreurs constatées. L’UNIR/PS est visiblement dans une position difficile. Non seulement le parti se bat pour reconquérir le 2eme siège de Bokin mais, il doit tout faire pour ne rien perdre à Goèra. C’est dans ce village que les élections doivent être reprises. Le parti avait remporté tous les 2 sièges. S’il confirme, il aura officiellement 40 sièges contre 41 pour le CDP. S’il perd, le CDP prendra plus d’avance avec l’assurance de remporter la mairie. A Goèra, l’UNIR/PS devrait se battre. Le CDP est conscient des enjeux. Ces derniers jours, une rumeur de corruption circule dans le village. Sayouba Sawadogo aurait démarché un des fils du village pour un boulot en contrepartie d’une victoire CDP à Goèra. L’homme s’appelle Ousmane Ouédraogo. C’est un militaire à la retraite qui vit à Dédougou. Il s’est déplacé pour rencontrer les vieux et les femmes du village, leur donner son point de vue par rapport à la campagne électorale. Il souhaite que le village vote CDP. Il n’est pas venu les mains vides. Il a apporté aux femmes un moulin à grain. C’est un don de Sayouba Sawadogo, le candidat aux municipales. Le moulin à grain est une préoccupation des femmes. Le village n’en dispose pas. Ce sont les femmes qui en ont fait la requête au candidat du CDP. Une requête suscitée selon les militants de l’UNIR/PS. « C’est Ousmane qui a dit aux femmes d’en faire la demande. » déclare un militant de l’UNIR/PS pour qui ce don n’est plus ni moins que de la corruption électorale. Goèra est devenu un enjeu avec ces élections. Sayouba Sawadogo reconnaît avoir donné le moulin à grain aux femmes de Goèra. Mais il précise, ce sont elles qui en ont fait la demande. « J’ai fait plus que ça ailleurs. J’ai construit les routes des villages de la commune. J’ai même construit une école dans un village mais ils ont voté l’UNIR/PS. Cela ne nous gêne pas. Eux, ils ont fait de fausses promesses aux gens, on n’en parle pas. Moi, ce que je peux faire dans le cadre du développement, je le fais » confie Sayouba Ouédraogo. Les militants de l’UNIR/PS disent ne pas avoir peur du CDP. « Des gens nous ont dit clairement qu’ils vont nous acheter. Nous allons tout faire pour leur montrer que nous gardons notre dignité. Nous confirmerons notre attachement à l’UNIR/PS avec la reprise des élections, nous ne trahirons pas le maire qui a pris en charge nos préoccupations au cours de son mandat. « Nous n’avions qu’un seul forage à Goèra pour tous les cinq quartiers du village. Nous buvions là-bas. Nous abreuvions nos animaux là-bas. Tous les jours les femmes passaient des journées entières pour avoir un canari d’eau. Tout cela n’est qu’un mauvais souvenir aujourd’hui. Nous avons désormais 5 forages ici grâce au conseil municipal. Nous ne pouvons pas être ingrats à l’égard du maire. » Déclare un militant fieffé de l’UNIR/PS qui pourtant n’est plus serein depuis qu’on parle de reprise dans leur village. « Si l’argent entre dans le jeu, tout peut arriver. Mais nous allons nous battre jusqu’au bout » « La rumeur la plus répandue, est une odeur d’argent. Ousmane, l’envoyé du CDP aurait promis dix millions au village. Certains même pensent qu’il est venu avec l’argent mais personne n’a attesté avoir vu le magot. Sur la question, Sayouba est catégorique. Il n’en est pas l’auteur « J’ai donné le moulin à grain aux femmes. Mais je n’ai pas donné même 5000f à Ousmane pour quoi que ce soit. » Pour lui, tout cela n’est qu’une histoire montée de toutes pièces pour les discréditer sur le terrain. A Goèra les militants de l’UNIR/PS sont sur le qui-vive. Ils sont conscients que la bataille sera rude, mais ils promettent de mouiller le maillot pour l’honneur du village. « Si l’UNIR/PS doit perdre la mairie de Tema Bokin, Goèra ne sera pas le village par lequel cela va arriver » jure un jeune du village même si sans Goèra le scenario peut se produire si le CDP arrive à convaincre tous ses 41 conseillers. Ce qui n’est pas un acquis. Pour un observateur de la vie politique à Tema Bokin tout peut arriver le jour de l’élection du maire. Pour lui, aucun parti ne peut jurer avec ces résultats serrés de remporter l’élection.

Par Moussa Zongo


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