Municipales : Les conseillers municipaux « rebelles »

Publié le vendredi 1er février 2013

Le 17 février prochain, il y aura la reprise des municipales dans près de 680 bureaux de vote. A Ouagadougou il faudra attendre les résultats de la reprise, pour connaître le nom du successeur de Simon Compaoré. Mais la nouvelle donne est la suivante. Il ne suffit plus d’avoir beaucoup de conseillers à un parti pour remporter la mairie. Dans les communes qui ont pu élire un maire, le CDP a parfois laissé des plumes. Les conseillers votent selon les réalités locales. A Garango, le CDP avait tout pour remporter la mairie. L’UPC l’a coiffé au poteau. Il y aura aussi des suspenses, comme à Tema Bokin. Sur les terres de Thomas Sankara, une bataille épique se mène. La commune, la seule jusque là gouvernée par les lieutenants du père de la révolution va-t-elle rejoindre la famille Blaisiste ? Il y a beaucoup de chances qu’il en soit ainsi. Les résultats sont serrés, la différence se fera à un conseiller près. Tema Bokin va-t-il trahir Sankara ? Le combat sera dur dans le village de Goèra. Au premier tour, UNIR/PS y avait fait un sans faute. Qu’en sera-t-il au soir du 17 février ? Le combat est déjà engagé. Sayouba Sawadogo, qui s’est enrichi dans l’or, déverse l’argent dans le village. L’UNIR/PS croit que les gens de Goèra sont les derniers « intègres » du Burkina. On verra donc, si les enseignements de Thomas Sankara résisteront à l’attrait de l’or. A Bobo Dioulasso, le maire n’a pu être désigné, la reprise promet d’être houleuse aussi. Mais peut-être l’effet Soungalo, nouvellement élu président de l’Assemblée nationale et vécu là bas comme un honneur à toute la ville peut jouer en faveur du CDP. Mais rien n’est sûr.


Village de Bokin. :

Le Conseil d’Etat a-t-il floué l’UNIR/PS au profit du CDP ?

10 jours après les résultats définitifs des élections municipales, le Conseil d’Etat (CE) a procédé à une correction sur son site, du résultat de Bokin. Une correction qui inverse le résultat. UNIR/PS perd un des deux sièges de conseiller, au profit du CDP qui n’en avait qu’un. Dans une circonscription où les résultats sont serrés, cette correction inversion, change la donne et fait basculer le poste de maire dans le camp CDP. Le débat est donc vif sur la légalité de l’opération effectuée par le Conseil D’Etat.

 

« Le 08 janvier 2013 nous avons malheureusement constaté (…) que sur le (…) site du Conseil d’Etat, les résultats définitifs du Passoré portent désormais la mention « corrigée ». C’est ainsi qu’en parcourant à nouveau les résultats commune par commune, nous avons trouvé avec stupéfaction que des éléments nouveaux ont été insidieusement introduits dans le fichier relatif au village de Bokin. Ces éléments nous révèlent avec le plus grand étonnement qu’au lieu de deux sièges de conseillers, l’UNIR/PS se retrouve avec un siège. Ce qui donne selon les mêmes éléments subitement transformés et inversés deux sièges de conseillers au CDP qui n’en a eu qu’un seul selon la proclamation publique et officielle du Conseil d’Etat en date du 29 décembre 2012 ». Ainsi s’est exprimé, le 10 janvier 2013, le président au siège de son parti, Me Bénéwendé Sankara, devant ses camarades et des journalistes. 

En effet, les résultats définitifs proclamés le 29 décembre et publiés le lendemain sur le site www.conseil-etat.gov.bf&nbsp ; donnent 1434 voix à l’UNIR/PS, soient 2 sièges et 1364 voix au CDP, soit 1 siège. Avec les modifications apportées par le Conseil d’Etat (C.E), l’UNIR/PS a désormais 1404 voix, soit 1 siège et le CDP 1412 voix, soient 2 sièges. Pour comprendre les raisons qui ont motivé cette modification, l’UNIR/PS a instruit, le 09 janvier 2013, son Secrétaire national chargé des élections de se rapprocher du CE. Reçu au secrétariat du Greffier en chef en son absence, Me Elisabeth Tiendrébeogo, la secrétaire, informée de l’objet de sa visite, lui aurait tenu ce discours : « Votre chef (Ndlr : le prenant pour un militant du CDP) était là hier. Il y a eu des erreurs et on a corrigé ». Lorsque l’émissaire de l’UNIR/PS a décliné son identité, elle lui aurait dit d’attendre le maître des lieux pour de plus amples informations. Ces propos n’ont malheureusement pas pu être confirmés ou infirmés. Toujours est-il que le plaignant n’a pas eu gain de cause. C’est ainsi qu’il a adressé, le 11 janvier, une lettre de « réclamation de siège » au Premier président, Venant Ouédraogo. Nous avons rencontré ce dernier dans la matinée du lundi 15 janvier pour en savoir davantage. Lorsqu’il nous a reçus pendant quelques minutes à son bureau, c’était pour nous dire qu’il allait nous appeler. Depuis ce jour, non seulement il n’a pas tenu parole mais aussi, nos multiples tentatives d’obtenir un rendez-vous avec lui ont échoué.

En réponse à la lettre de Me Bénéwendé Sankara, datée du 14 janvier, Venant Ouédraogo écrit : « Une confusion dans l’identification de deux bureau de vote est à l’origine des erreurs ayant entaché les résultats initialement publiés sur le site web du Conseil d’Etat ». Il explique que ces erreurs ont été révélées grâce à un recours introduit le 02 décembre par un candidat CDP de la commune de Bokin, Sayouba Sawadogo. Joint par téléphone le 21 janvier, ce dernier a confirmé le dépôt de sa requête (Ndlr : Nous détenons la copie manuscrite). Le juge Venant révèle toujours dans sa lettre que les bureaux de vote de Signoghin Yarcé (109 761-Bv1) et de Taonsgo/Koulwéogo (110 001-Bv1) ont été considérés comme des villages par les membres de ces bureaux lors du remplissage des procès verbaux et des feuilles de dépouillement. Le C.E, à son niveau, a inversé l’étiquetage. Il a attribué le numéro 100 001 à Signoghin Yarcé et à Koulwéogo, 109 761. Cela a eu pour conséquence, l’affectation des résultats de premier bureau au deuxième et inversement, s’est-il expliqué. Rencontré à son bureau dans la matinée du 18 janvier, Me Bénéwendé n’a pas contesté ces éclaircissements. Il a cependant accusé le C.E de lui avoir « volé » 19 voix à Sighnogin Yarcé. Il en veut pour preuve la feuille de dépouillement signée par le président de ce bureau de vote et dont nous détenons copie. D’ailleurs, dans une lettre adressée à la juridiction supérieure, il lui a demandé de « corriger les erreurs flagrantes » que son parti lui reproche une nouvelle fois.

Toutefois, selon le président de l’UNIR/PS, cette juridiction ayant vidé sa saisine le 29 décembre 2012 par la proclamation et la publication des résultats définitifs, elle ne devait plus accéder à un quelconque recours. Or, selon les constitutionnalistes, en matière électorale, il n’existe pas de droit acquis. Toute erreur matérielle peut être corrigée si elle est avérée. La jurisprudence du Conseil Constitutionnel dit en effet que dans ce cas, « la théorie des droits acquis est inapplicable ».

Au regard de cette jurisprudence, le C.E est en droit de rétablir le CDP dans ses droits. Par contre, il a commis un péché pour n’avoir pas notifié, à l’avance, les erreurs à l’UNIR/PS. On peut également lui reprocher l’inexistence d’une décision de justice portant rectification des résultats définitifs des élections municipales établie à cet effet. En tout cas, que ce soit le C.E ou les partis politiques concernés, personne n’a pu nous présenter ce document n

 Gaston SAWADOGO (Stagiaire)

 


Veillée d’armes au conseil municipal de Léo

Dramane Batian Nignan, le nouveau maire de Léo

Simon Compaoré et Diakité Mahama occupent leur poste en 1995 depuis l’installation des premières communes de la 4ème république. Il cédera bientôt son poste à Nignan Batian Dramane le maire nouvellement élu. Ce dernier n’est pas un inconnu. Il fut longtemps dirigeant d’une confédération syndicale de la place et préside aujourd’hui les destinées de la fédération des sociétés de gardiennage. Elu maire dans un contexte de tension, Dramane Nignan se trouve d’emblée confronté à une situation des plus difficiles

 

C’est par le score étriqué de 32 contre 27 que Dramane Batian Nignan candidat CDP l’a emporté contre Ido Alitou, candidat de l’opposition. Sur le plan arithmétique pourtant, il n’y avait pas de souci à se faire. Aux élections couplées du 2 décembre, le CDP était sorti vainqueur de la compétition en arrachant 41 sièges sur les 59 et ne laissant que 18 aux autres partis en compétition. Mais les déboires du CDP trouvent leur explication dans les deux primaires organisées en son sein pour départager les candidats à la candidature. Pour les législatives, la liste définitive de la Sissili comportait deux noms : Gisèle Guigma, tête de liste et Mamadi Napon second. Si le choix de Gisèle Guigma ne semblait pas poser de problème majeur, par contre celui de Mamadi Napon posait problème. Des fuites au sein même de la direction nationale du CDP ont dévoilé le manège. Le dossier de Diakité Mahama, le maire sortant aurait été subtilisé au siège du parti pour favoriser celui de Mamadi Napon. Une situation qui a indigné nombre de militants CDP à Léo qui attendaient au tournant celui qui à leurs yeux, était à la base du subterfuge. N’ayant pas été élu député, Mamadi Napon veut rempiler pour la tête du conseil municipal. Entreprise risquée, vu le précédent des législatives. Mais qu’à cela ne tienne. Aux primaires qui sont organisées au sein des conseillers CDP pour désigner leur candidat au perchoir, Mamadi Napon est sévèrement défait par Dramane Nignan soutenu par le maire sortant. Cette nouvelle épreuve crée un climat délétère dans les troupes du CDP. Lors de l’élection du maire, la fraction de Mamadi Napon vote en bloc pour le candidat de l’opposition, amenée par Alitou Ido de l’UPC. Cela n’a pas suffi à faire élire ce dernier. Voilà donc la hache de guerre désormais brandie entre les frères ennemis du CDP. Les uns (les vaincus) promettent de continuer le combat au sein du conseil, les autres brandissent la menace de l’exclusion. C’est donc une veillée d’armes au sein du conseil municipal de Léo. La direction nationale est invitée à appliquer des sanctions disciplinaires prévues par les textes organiques afin d’éviter que l’indiscipline ne détruise définitivement le parti. Dans une note confidentielle adressée à Assimi Koanda, les responsables de la section provinciale demandent l’exclusion du parti des 9 dissidents et leur remplacement par des suppléants. Epreuve périlleuse pour Assimi Koanda et ses camarades du BEN. Le CDP est aujourd’hui un navire qui tangue sous l’effet de troupes tirant à hue et à dia. Quelle que soit la décision prise, elle sera lourde de conséquence pour l’avenir de ce parti. Affaire à suivre.

GBN


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