L’autisme de Blaise pourrait lui jouer un vilain tour

Publié le mercredi 4 avril 2012

Quand il a fait son coup d’Etat le 15 Octobre 1987, certains Burkinabè, qui savent dérider, l’appelait « A Bilaise kon kawsé » (en moré : Blaise ne va pas durer). Lui-même n’était pas certain de traverser l’année. Issa Tiendrebéogo, paix à son âme, aimait décrire le Blaise Compaoré qu’il avait découvert le vendredi 16 octobre au Conseil de l’Entente assis sur une banale chaise et régulièrement absent, alors même qu’il conversait avec eux. Aussitôt, une chaîne de secours se serait mise en place pour le sauver, métronomée par un Hermann Yaméogo. Puis petit à petit, Blaise s’est installé. Comme le prédit le dicton sur l’impuissance : « quand tu soignes l’impuissance sexuel d’un homme, c’est très souvent sur ton épouse qu’il s’essaye pour voir si ça marche ».

 

Une année à peine, après le sauvetage, les pompiers des moments incertains passent à la trappe. Issa Tiendrébéogo, au moment du « complot » des Lingani et le MDP de Hermann, quelques temps après. En 1991, quand le pays renoue avec la démocratie, Blaise s’était aliéné la plupart de ses premiers soutiens. Pour franchir le cap de la démocratisation, il n’a d’autre choix que d’aller à « Canossa » auprès des mêmes qui l’avaient sauvé en 1987.

 

En 1997, quand s’organisent les deuxièmes législatives du pays, Blaise a contracté de nouvelles épousailles, via la création du CDP. Il humilie au passage les vieux alliés pendant les députations. Cette fois, il est en position de force. Il a une aura internationale et l’économie se porte bien au niveau national. Les anciens alliés sont dans de sales draps. Ils se sont aliénés l’opinion nationale dans sa grande majorité. Ils se retrouvent l’honneur perdue et l’ingratitude en sus. Ils sont vraiment perdus et se retrouvent pour s’auto consoler dans l’ADF/RDA.

 

En 1998, réélu dans une présidentielle insipide, mais en mieux par rapport à 1991, Blaise Compaoré est désormais hors de portée pour ses anciens alliés. Mais déjà, il songe à se séparer de ses nouveaux courtisans du CDP. Les ABC s’organisent. Ce n’est pas encore la FEDAP/BC. L’échiquier politique s’enrichit de nouvelles personnalités. Blaise Compaoré leur fait les yeux doux. Il sait flatter leurs égos. Beaucoup succomberont.

 

Quand il surmonte la crise de Norbert Zongo, Blaise n’est plus un président. Il est maintenant un Naaba. Les tambours royaux rythment sa prestation de serment. Le pouvoir est désormais incarné et personnalisé. Ce n’est plus tout à fait la république. C’est une autre chose qui se dissimule mais qui se dévoile peu à peu.

 

Dès sa réélection en 2005, il est déjà à songer à sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels, limités à deux, suite à la crise qui a suivi l’assassinat de Norbert Zongo. Le pouvoir personnel s’est institué dans les faits. La révision constitutionnelle devrait lui donner une onction légale.

 

En 2008, la machine se retourne contre les inconditionnels. Comme l’hyène de la fable moaga. Ayant fini les enfants des roturiers, il rentre maintenant dans l’enclos des princes. C’est le début de la fin du CDP. La FEDAP/BC est entretemps née et s’est consolidée. Depuis le 4 mars, son président Soubéiga est installé au siège du CDP, sur l’avenue Kwamé Nkrumah.

 

Blaise réussit tout. Il a le temps pour lui. Le CCRP né après la crise de 2011 lui donne encore un répit. Il a repris les choses en mains. Les reformes politiques promises sont remisées au placard. Il y a encore le temps d’ici 2015. Blaise est sourd à tout. Il est convaincu que ce qui n’est pas possible aujourd’hui peut l’être demain. La fulgurante victoire de la FEDAP/BC sur le CDP ne lui fera pas changer d’opinion. C’est là où son autisme va le perdre. Ceux qui espéraient une redistribution des cartes avec le CCRP sont aujourd’hui très déçus. Ils rêvent d’un « Sanogo » à Ouaga. Il faut savoir écouter certains silences.


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