Le rétropédalage du Burkina

Publié le vendredi 1er février 2013

Les ponts sont-ils coupés avec Iyad Ag Ghali ? Le Burkina est en tout cas bien embarrassé. Le chef de Ançar Dine, jusque là partenaire chouchouté de la médiation burkinabè, pour un dialogué introuvable, est celui qui a déclenché la guerre du Mali, le 09 janvier dernier, obligeant la France, à intervenir. Ainsi prend fin un vrai jeu de dupe où Iyad et Blaise ont cru chacun pouvoir se servir de l’autre.


 

Iyad s’est joué de tous ceux qui ont cru se servir de lui. D’abord ses frères Touareg, des premiers mouvements de revendication. Au Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) il se signale une première fois. Entraîne le mouvement dans la guerre contre le gouvernement de Bamako, avec l’attaque de Menaka, le 28 juin 1990, avant de se retourner contre ses frères en s’alliant avec le gouvernement malien. Il provoque une scission du MPLA, crée le Mouvement populaire de L’Azawad (MPA) et se lance, en supplétif de l’armée malienne, dans la traque contre ses frères et anciens alliés. A Bamako il gagne la confiance des autorités et se présente comme « celui qui a ramené la paix dans le Nord ». Pendant près d’une décennie, il fait tous les boulots et occupent aussi des postes dans l’administration publique malienne. Il se retrouve diplomate en Arabie Saoudite en 2007. Dans le royaume wahabite, il devient fondamentaliste, mais pas encore djihadiste. Il se disait d’ailleurs hostile au terrorisme et aux attentats-suicides. Une attitude qui en fait un interlocuteur idéal pour négocier les libérations d’otages. Sa carrière de diplomate tourne court, mais ATT le garde sous la main pour servir de missi dominici avec les nébuleuses djihadistes et les narcotrafiquants qui écument le Nord Mali, une région qui a échappé à l’Etat malien, avec de fréquentes prises d’otages. ATT se sert de lui pour négocier la libération des otages. Les Burkinabè en font de même.

En 2010, on le retrouve aux avants postes avec la prise des otages de AREVA au Niger. En 2011, les Touaregs revenus de la Libye entreprennent de s’organiser pour reprendre les hostilités contre Bamako. Ils mettent sur pied le MNLA. Iyad s’active pour en prendre la direction, mais ses frères n’ont pas oublié sa trahison de 1990. Ils lui préfèrent Mohamed Ag Najim, un autre vétéran de la légion islamique Kadhafienne. Il en gardera une haine viscérale contre le MNLA et travaillera à l’exploser. Pour y parvenir, il crée Ançar Dine, se rapproche de AQMI. Il arrive à ses fins, en juin 2012, après la neutralisation du MNLA. Blaise Compaoré, le médiateur de la CEDEAO, en fait un interlocuteur « crédible » pour négocier la fin des hostilités au Nord Mali. Sauf que Iyad, n’a pas de parole. Les burkinabè l’apprennent très vite, mais pensent être suffisamment futés pour se jouer de lui. Mal leur en a pris.

 

Iyad négocie à Ouaga pour

retarder l’intervention !

 

Dans cette crise malienne à multiples tiroirs, le médiateur de la CEDEAO papillonne de tiroir en tiroir, sans rien résoudre durablement. C’est d’abord les négociations avec le bouffon de Kati, le capitaine Sanogo. Les Burkinabè en font ce que les autres n’en voulaient pas ; un interlocuteur pour conduire la transition. Puis le capitaine Sanogo leur échappe vers la fin de mai 2012. Blaise Compaoré se tourne alors vers les groupes qui occupent le Nord Mali. Le MNLA ayant été explosé, le médiateur se choisi un interlocuteur parmi les djihadistes. Ançar Dine et son patron apparaissent comme des interlocuteurs acceptables. Début juin 2012, Djibril Bassolet, de retour d’une randonnée à Gao et à Kidal, émet une condition à remplir par Iyad, pour devenir un interlocuteur acceptable ; « proclamer sa rupture avec AQMI et le MUJAO ». Il ne le fera jamais. Les burkinabè, dont la médiation est ouvertement contestée par nombre de pays de la cedeao, n’ont pas le moyen de l’y contraindre. Mieux Djibril Bassolet, devient le VRP de Ançar Dine auprès des diplomates occidentaux. Iyad Ag Ghali, Irayakan, de la grande et influente famille des Ifoghas est présenté comme la personne idéale pour porter les revendications légitimes des touaregs, mais également pour raisonner les autres djihadistes qui occupent le Nord Mali. Pour donner du crédit à cette thèse, Iyad facilite la libération d’otages occidentaux, que les burkinabè vont chercher dans le septentrion malien. Gilbert Dienderé, secondé par Chaafi, font plusieurs va et vient à Gao et à Kidal et ramènent à chaque fois des otages. La dernière grosse libération a lieu le 19 juillet 2012. Par l’entremise de Ançar Dine, le Mujao libère trois occidentaux. Un couple d’Espagnols et une italienne.

En août 2012, la diplomatie burkinabè fini par imposer Ançar Dine et son leader, comme un interlocuteur crédible. A l’opposé, les burkinabè n’ont pas de mots assez durs, pour fustiger le cafouillage à Bamako. En visite en France, Blaise Compaoré (septembre 2012) se lâche : « (…) nous constatons que le processus de sortie de crise au Mali est en manque de souffle. Cela, parce que, d’une part, à cause de la fragilité des institutions républicaines à Bamako et d’autre part, il n’y a pas un engagement très ferme pour aller au dialogue politique. Sans oublier qu’il y a la difficulté pour la CEDEAO et le Mali à s’accorder sur le dispositif militaire à mettre en place ». En septembre, la pression est donc maximale sur Bamako et ses dirigeants. Mais Diouncounda fait le dos rond. Les aléas de la médiation sont incommensurables. Un trimestre après, lorsque le président de la transition se débarrasse de l’encombrant Modibo Diarra (Jeune Afrique a dit de lui qu’il était une erreur de casting), le vent commence à tourner en faveur de Dioncounda. La médiation burkinabè tourne en roue libre. L’Algérie est sollicitée et obtient de Ançar Dine et de ce qui reste du MNLA, la réaffirmation des engagements déjà pris à Ouagadougou. Tant que ça peut permettre de gagner du temps, Pourquoi pas se dit Iyad. En décembre c’est le statu quo total. La médiation est bloquée parce que Bamako n’a toujours pas décidé « d’un engagement très ferme pour aller au dialogue politique ». Les maliens ne veulent pas s’asseoir avec le MNLA et ne font pas confiance, ils ne le disent pas évidemment, au médiateur de la cedeao. La communauté internationale tergiverse. Les prévisions les plus optimistes croient que la guerre au Nord du Mali ne peut intervenir au mieux qu’à la fin du premier trimestre de 2013. Les islamistes qui ont eu le temps de s’armer, pensent le moment venu de pousser leur avantage un peu plus au sud. 

Ançar Dine dit l’avoir fait pour acculer Bamako et l’obliger à venir à la table de négociation à Ouagadougou. En début janvier, les groupes islamistes Ançar Dine, Mujao et AQMI décident de pousser un peu plus au sud leur avantage sur l’armée malienne. Ils prennent Konna. A Sévaré c’est la panique. Les militaires défaits, fuient en abandonnant armes et bagages. A Bamako, au même moment, coïncidence ou hasard, des groupes pro junte, manifestent et réclament la démission de Dioncounda. C’est la peur panique dans les capitales ouest africaines. Le 11 janvier, l’armée française lance son opération « Serval » et la donne change de tout au tout. Iyad a été signalé, par les services d’un pays de « Champs », à Boni, dans la région de Douantza, 48 heures avant l’attaque contre Konna. Que devient-il depuis ? Les rumeurs les plus alarmistes courent à son propos.

 

Que s’est-il passer entre Iyad et la médiation burkinabè ? 

Les burkinabè ont-ils été débordés, par le chef d’Ançar Dine qui n’a pas de parole ? Le moins qu’on puisse dire c’est que la décision de reprendre la guerre, par Ançar Dine met le Burkina mal à l’aise. Par cette décision, Iyad a sapé tout le travail diplomatique fait par Ouagadougou pour accréditer l’idée que « Ançar Dine est différent des autres djihadistes du Nord Mali ». Iyad a ainsi violé « ses engagements » et donne raison à ceux qui ont toujours dit que les Djihadistes sont tous pareils. La médiation burkinabè aurait-elle une nouvelle fois, fait une erreur de casting, après s’être trompée sur Modibo Diarra ? Il semble que la délégation de Ançar Dine est toujours présente à Ouagadougou, attendant la reprise des pourparlers, que Blaise Compaoré, croit toujours possible. Des pourparlers qui devraient toutefois se faire sans Iyad Ag Ghali qui se serait « discrédité » en participant à l’attaque des groupes terroristes. Cela suffira t-il à dédouaner le médiateur burkinabè ? A Bamako, des rumeurs courraient dans la journée du 23 janvier, que Iyad serait confortablement installé, dans un hôtel luxueux à Ouagadougou, accordant des audiences aux officiels burkinabè. Une rumeur tenace qui n’est pas faite pour contenir la burkinabephobie qui essaime dans une frange non négligeable de l’opinion malienne.

 

Où est Iyad Ag Ghali ?

Les dernières nouvelles qu’on a du chef de Ançar Dine remontent au 7 janvier
à Boni. Il semble que les premières frappes de l’armée française l’ont trouvé à
Konna. Depuis, plus de nouvelle. La médiation burkinabè ne versera pas des
larmes, si malheur devait lui arriver. Il semble cependant, qu’en décembre,
sûrement dans la perspective de l’ouverture des hostilités, Iyad aurait envoyé
son fils voir Djibril Bassolé, pour qu’on trouve un gite à sa famille. Ce qui
fait dire à certains, que la famille de Iyad est à Ouagadougou. Interrogé,
Djibril Bassolé n’a pas pu être précis.

Les autres otages libérés avec le concours du
Burkina

- En août 2010, les otages espagnols Roque Pascual et Albert Vilalta.

- Le 17 avril 2012, l’Italienne Mariani Mariasandra, captive du groupe Abou
Zaid depuis le 2 février 2011.

- Le 24 avril, la Suisse Béatrice Stockly, enlevée par Al-Qaïda au Maghreb
islamique (AQMI) le 15 avril, à Tombouctou, puis cédée au groupe Ançar Dine.

Par Newton Ahmed Barry


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