Sommet de l’Union africaine : Entre défis sécuritaires et impératifs de croissance

Publié le vendredi 1er février 2013

Le conseil exécutif de l’Union africaine a ouvert ses travaux ce jeudi 24 janvier à Addis Abeba. C’est dans une salle de conférence à moitié pleine que les trois orateurs du jour ont délivré leurs messages. Signe de lassitude ? Sans doute souligne un diplomate pour qui deux sommets dans l’année, cela pèse. Il n’empêche que cette relative désaffection n’a en rien modifié l’agenda de la conférence qui campe résolument les deux défis du moment que sont la croissance et la sécurité du continent


 

C’est à Madame Dhlamani Zuma qu’il est revenu de camper le tableau. Elue à la 19ème session de l’union africaine dans des conditions assez tendues, elle n’a pas manqué de remercier les membres du Conseil pour l’avoir portée à la tête de l’organisation panafricaine. Puis, elle est très vite revenue sur le thème de la conférence : Panafricanisme et renaissance africaine. Le thème n’est pas nouveau puisqu’il constituait déjà le cheval de bataille des pères fondateurs tel Kwame Nkhrumah pour qui l’Afrique ne saurait échapper à son destin qui exige à la fois son indépendance politique et économique dont la réalisation requiert bien l’union de l’Afrique. C’est un impératif de réaliser cette union soulignera madame Zuma qui estime nécessaire d’identifier les préoccupations prioritaires qui devront figurer dans le troisième plan stratégique 2014-2017. La décennie passée a redonné l’espoir à un continent qui était en proie au blues de l’afropessimisme. C’est le credo de M. Carlos Lopez, secrétaire général adjoint de l’ONU et secrétaire exécutif de la commission économique pour l’Afrique (CEA) : à partir de 2005 affirme t-il, « nombre de pays du continent ont commencé à enregistrer de nouveau une croissance économique, parfois même à deux chiffres, ce qui les place parmi les pays connaissant la croissance la plus rapide au monde ». Six des dix économies à la croissance la plus rapide sont en Afrique, avec le meilleur taux de rendement sur les investissements dans le monde. C’est une performance qui lui vaut aujourd’hui de nouveaux partenariats ainsi que de nouvelles opportunités de la part des principaux acteurs du système international contemporain estime l’éminent expert de la CEA. Mais ce retour de la croissance doit être accueilli avec prudence au regard des importantes difficultés à résoudre. Il s’agit notamment de la qualité et de la viabilité de cette croissance au regard de l’obsolescence des structures de production et de la faible performance des structures publiques et institutionnelles. Difficile dans ces conditions de traduire la croissance actuelle en projet global de développement transformatif sans remanier l’Etat africain et ses institutions en vue de renforcer ses capacités d’élaboration de stratégies efficaces. La croissance devrait prendre en compte la question de l’emploi sans compromettre les équilibres nécessaires à une stabilité relative. Comme l’avait dit en son temps le regretté premier ministre éthiopien Melès Zenawi , « le développement social n’est pas seulement un élément essentiel du développement, il est également un élément fondamental pour accélérer la croissance économique. »Mais c’est bien connu, il n’y a pas de développement sans la paix. C’est donc l’autre défi que l’Afrique devra relever.

 

La guerre au Mali,

un point de préoccupation

La question de la guerre au Mali figure naturellement à l’agenda du sommet. C’est une réelle menace à la paix et à la sécurité pour tout le continent et au-delà pour l’ensemble de la communauté internationale dira M. Nassirou Bako Arifari, ministre des Affaires Etrangères du Bénin qui assure actuellement la présidence de l’Union. C’est tout naturellement qu’il a salué l’intervention des forces françaises au secours de l’armée malienne. Evoquant la prise d’otages sanglante en Algérie, le ministre béninois a dit qu’elle renforce la conviction que la crise dans le sahel n’est pas l’affaire des seuls pays africains. Il en a par ailleurs appelé à la mobilisation générale pour la mise en œuvre immédiate de la résolution 2085 du conseil de sécurité en vue du déploiement rapide de la mission internationale de soutien au Mali (MISMA). D’autres conflits telle la guerre qui oppose le Soudan au sud Soudan, la rébellion armée du M23, la récente crise en Centrafrique sont pour le diplomate béninois, autant de situations qui posent le problème de la capacité de l’Afrique à gérer les situations de crise dans les différentes régions du continent. D’où la nécessité de mieux coordonner les actions et de renforcer la coopération entre l’Union africaine et les communautés économiques régionales, essentielles pour une réelle intégration du continent.

La réunion du conseil exécutif aura entre autres à examiner des documents d’importance stratégique pour la gouvernance politique en Afrique et notamment la Décision sur le protocole relatif au statut de la Cour africaine de justice et des droits de l’homme, en particulier l’adoption de la définition du crime de changement anticonstitutionnel de gouvernement, la Décision sur la loi nationale type sur la compétence universelle en matière de crimes internationaux. Elle abordera aussi le point des préparatifs sur le cinquantenaire de l’OUA/UA dont la célébration est prévue courant mai 2013 à Addis abeba.

Par Germain B. Nama, envoyé spécial à Addis Abeba



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