Démocratie au Burkina Qui sème le vent récolte la tempête !

Publié le mercredi 16 janvier 2013

Par Germain B. Nama

 Ce qui se passe en Centrafrique donne à réfléchir sur la nature de nos systèmes politiques. A vouloir tricher sur la démocratie, on fini par se faire prendre au piège. Le voilà aujourd’hui pris dans les cordes, lui qui croyait pouvoir indéfiniment se payer sur la bête. A l’origine était une illusion. Celle de croire que l’on pouvait tout se permettre, y compris le droit de subvertir la démocratie pour rester au pouvoir le temps qu’il faut pour consolider l’empire économique. Bozizé comme tant d’autres princes du Gondwana n’ont pas compris qu’aucun parapluie ne peut garantir à perpétuité le règne d’un régime clanique de prédation. Alors que les canons tonnent aux portes de Bangui, le général de « l’armée morte » acculé et aux abois, a vite fait de mettre au rencart, son rêve de pouvoir à vie.

 

Pourquoi diable faut-il qu’il y ait des coups de feu pour que les hommes qui nous gouvernent entendent raison ? Il est pourtant facile d’en faire l’économie pour peu que l’on ait le souci de l’intérêt général. Je vois déjà le sourire narquois de certaines bonnes consciences qui se frottent les mains comme pour dire : chez nous, la bonne gouvernance y a droit de cité. Pour preuve, la stabilité que nous connaissons depuis des décennies ! Quelle sottise.

 

Même si le Burkina n’est pas la Centrafrique, il n’empêche qu’il y a des similitudes qui peuvent entraîner les mêmes effets. 2011 n’est pas bien loin et il faut savoir en tirer des leçons pour l’avenir. Une de ces leçons consiste à veiller à la bonne santé de notre démocratie. Dans ce domaine, seuls des citoyens conscients peuvent en être les véritables garants. Mais ceux qui nous gouvernent y ont surtout un rôle capital. Ils disposent en particulier de leviers juridiques et institutionnels pour accélérer le processus de prise de conscience des populations. C’est vrai, il est hasardeux d’attendre de gens passés maîtres dans l’art de la fraude dans tous les sens du mot, qu’ils se transforment en parangon de la vertu. Il n’empêche que le défi de la paix et du développement véritable se trouve dans l’avènement d’une citoyenneté responsable. Cela nous semble être l’affaire de tous. Ce défi avant tout incombe à l’élite politique dans toutes ses composantes : gouvernants, partis politiques, organisations de la société civile, élus locaux et nationaux etc. Il leur appartient de garantir un minimum de sincérité dans la vie démocratique. Il est essentiel que le suffrage exprimé par le peuple ne soit pas détourné de quelque manière que ce soit.

 

La fraude et la corruption sont les ennemies de la paix. On ne peut user de son portefeuille pour obtenir ce que l’on a perdu par les urnes. Pourtant, c’est une pratique qui, sous nos yeux, est en train de prendre de l’ampleur. Singulièrement au sein des conseils communaux où se serait instituée une sorte de bourse des valeurs où les élus censés représenter leurs mandants se sont mués en titres. Voilà des pratiques que l’autorité ne devrait en aucun cas laisser prospérer. Cela est possible grâce à des mesures législatives idoines. Certes, aucune mesure n’est parfaite mais il faut choisir le moindre mal.

 

Les élections en elles mêmes sont une source potentielle de conflits. Il faut donc se garder d’en rajouter. L’argent est en train de prendre une place démesurée dans notre système électoral. Dans un contexte de pauvreté généralisée, il y a un risque de dévoiement total de la représentation populaire.

 

On peut continuer de fermer les yeux sur le phénomène si c’est ce qu’on veut mais comme le dit l’adage : qui sème le vent récolte la tempête. Pour avoir frôlé la catastrophe durant le premier semestre 2011, les Burkinabè savent désormais ce qu’ils ne veulent pas. Il dépend d’eux pour une large part d’éviter la réédition de tels événements cauchemardesques !


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