Soukey Une vedette nigérienne !

Publié le mercredi 16 janvier 2013

Lors d’un récent passage à Niamey pour un tournage d’un film de sensibilisation sur la fiscalité (Le droit chemin) avec le réalisateur nigérien bien connu Harouna Coulibaly, le comédien-vedette de la très populaire série télévisée des Bobodiouf, le sympathique Soukey, y était accueilli en véritable héros. Reconnu et hélé partout dans la ville, le célèbre comédien burkinabè, fierté de son pays a gouté à l’hospitalité des Nigériens qui l’ont véritablement adopté comme l’un des leurs.

Soukey par ci, Soukey par là, il ne pouvait faire un pas sans être constamment arrêté, même en voiture. « Soukey, où est Siriki ? » est la question qui revenait fréquemment. Policiers, gendarmes, agents d’impôts, vendeuses, commerçants, directeurs, hommes, femmes, enfants, tout le monde voulait poser avec lui et immortaliser ce moment unique où leur héros leur faisait l’honneur de fouler leur sol. A son retour au pays, nous avons voulu savoir ce qui fait tant l’engouement du public nigérien à son égard. Il a bien voulu répondre à notre curiosité et dans son élégance habituelle, toujours fidèle à lui-même voilà ce qu’il a bien voulu nous confier.

 

Evé  : Vous n’êtes plus à présenter au public burkinabè et africain. On connait très bien l’artiste mais très peu la personne tant vous êtes discret. Alors, qui est Soukey ?

 

Souké  : Je suis Mahamadou Tiendrébéogo, à l’état civil, né à Abidjan, en Côte d’Ivoire et grandi à Bobo-Dioulasso ; J’ai rejoint en effet le pays à l’âge de 9 ans.

 

Marié ou célibataire ?

(Rires), Marié depuis le 23 septembre 2012 à une douce et jolie Malienne.

 

Vous n’avez pas trouvé chaussures à vos pieds au Burkina Faso ?

(Avec un sourire coquin). C’est l’intégration africaine en marche, non ? Blaise Compaoré n’a-t-il pas donné l’exemple en ce sens en épousant Chantal, l’Ivoirienne ?

 

D’où vous vient ce sobriquet de Soukey ?

Tout a commencé avec ma tante qui m’a donné le nom moaga de Sokapanga qui signifie littéralement : « Je suis vilain mais demande d’abord ma force intérieure, spirituelle, morale et ne t’arrête pas à mon aspect physique extérieur »

Enfant, je dansais très bien et pour m’encourager, mon cousin me disait : « Souké » auquel je répondais : « Waïké » ; c’est comme ça que ce sobriquet de Soukey m’est resté et que tout le monde s’est mis dorénavant à m’appeler ainsi.

 

Comment êtes-vous devenu comédien ?

J’ai débuté comme comédien au théâtre, dans la petite troupe de l’école et du quartier. Polyvalent, je chantais, dansais, j’aimais me déguiser comme les comédiens de la troupe congolaise Zangalewa et j’imitais aussi les présidents, les femmes, les enfants ; j’avais un groupe dénommé ‘’Soukey et les Tout-Puissants’’ et on exécutait sur sollicitation des skectches ; c’est lors d’un de nos spectacles que j’ai fait la rencontre de l’association, le Cledica (Club d’éducation) qui m’a demandé de devenir le metteur en scène et l’encadreur de la troupe du club. Et c’est à travers l’un de leurs projets avec le comédien-musicien Stanislas Ardjouma Soré qu’a débuté le feuilleton « Au Royaume d’Abou » tourné par le réalisateur Patrick Martini diffusé de 1997 à 1999.

 

Que raconte ce feuilleton pour ceux et celles comme moi qui n’ont pas eu la chance de le voir ?

 « Au Royaume d’Abou » est l’histoire d’un polygame dénommé Abou et moi, je jouais le rôle d’un vendeur de poisson ivrogne et son complice, lui rapportant régulièrement les nouvelles du quartier. C’est une série qui a été diffusée à la TNB et c’est de là qu’a vraiment démarré ma carrière.

Une carrière auréolée de réussite avec le succès fulgurant et populaire de la série des Bobo-Diouf ?

Oui, tout à fait. La série a débuté en 2000 et consistait en 100 épisodes. Il s’agissait de deux compères, Soukey et Siriki vivant chez leur oncle et faisant face au quotidien de galère qui est le lot des jeunes Africains actuels. La popularité de la série s’explique simplement par le fait qu’elle posait une problématique réelle, concrète de la vie des jeunes Africains confrontés à l’angoisse du lendemain et du futur. Elle rejoignait le grand public qui s’y est tout naturellement retrouvé car elle leur parlait d’eux, de leurs misères, peines et joies.

 

 Vous revenez de Niamey où vous étiez un des invités spéciaux dans un film de sensibilisation sur la fiscalité. Que pouvez-nous dire de cette participation à ce film ?

Oui, ce fut une expérience extraordinairement riche que j’ai beaucoup aimée. J’étais en effet invité dans ce film commandité par la Direction générale des impôts (DGI) du Niger et réalisé par Mr Harouna Coulibaly. C’est un film visant à sensibiliser les populations africaines sur la nécessité et les bienfaits de payer leurs impôts pour le développement de leurs pays et qui a pour titre : « Le droit chemin ».

 

 Comment s’est fat le contact avec Mr Harouna coulibaly ?

 Je l’ai connu à Dakar en 2005 alors que j’y étais pour un spectacle. Il m’avait remis le pilote de sa série télé Awa et c’est ainsi qu’ont commencé nos échanges jusqu’à aboutir à cette invitation de participer à ce film.

 

Comment avez-vous trouvé cette expérience ?

Très satisfaisante. J’y jouais le rôle d’un bijoutier sénégalais, Mr Diop ne payant pas ses impôts et menacé par une agente des impôts incorruptible qui n’est nulle autre qu’Angèle Bassolé elle-même. Rires. C’est une expérience que j’ai beaucoup appréciée et qui m’a fait beaucoup plaisir car elle constitue un exemple concret d’intégration africaine loin des discours politiques soporifiques non suivis d’actions. C’est un exemple qui doit être imité par d’autres réalisateurs africains. Faire appel à des comédiens burkinabè pour jouer dans des séries non-burkinabè, voilà qui rehausse la culture nigérienne et met en valeur les comédiens du Burkina Faso. Je suis panafricaniste et j’ai été fier d’avoir été associé à un tel projet. J’appartiens à toute l’Afrique et je connais aussi de nombreux artistes et comédiens à Niamey, en Côte d’Ivoire et partout en Afrique.

 

Pour terminer et vu que nous sommes toujours dans la saison des vœux de la nouvelle année, quels sont vos vœux pour 2013 ?

Que les jeunes Africains prennent enfin conscience que tant qu’on n’est pas malade, il faut se dire que personne ne viendra bâtir notre Afrique à notre place. Malheur à nous si nous comptons sur l’Occident pour construire cette Afrique-là car ça leur est bien égal que nous dormions, parce que ce qu’ils veulent de nous, ils l’ont déjà eu et l’auront toujours encore. On peut se vanter de faire vivre les Occidentaux par l’exploitation de toutes nos ressources naturelles, agricoles, énergétiques et humaines sans contrepartie gagnante et significative.

- Que se fasse réellement l’intégration africaine. Que cessent les harcèlements des policiers nigériens exigeant des Burkinabès traversant leurs frontières des carnets de santé alors qu’ils ne sont ni médecins ni agents de santé mandatés. Idem pour la Côte d’Ivoire et les autres pays alentour. L’UEMOA avait entamé la très belle initiative des postes juxtaposés ; c’est-à-dire que de Ouagadougou à Niamey par exemple, il n’y aurait plus eu qu’un seul poste mais ce n’est pas la réalité car il y en a toujours plusieurs et l’existence des deux postes frontières nigérienne et burkinabè franchissable en une seule enjambée est vraiment d’un ridicule inqualifiable. On commençait à pouvoir voyager allègrement mais on est en train de revenir en arrière. Loin de moi, l’idée de ne pas vouloir contrôler les frontières mais que des policiers nigériens envahissent des cars et exigent des passagers dits étrangers (comme des burkinabè uniquement) des cartes de vaccination, voilà qui est choquant, inadmissible et intolérable ! Les services de santé ne devraient exister qu’aux aéroports et le contrôle effectué par des agents de santé dûment mandatés. Qu’est-ce qu’un policier qui n’a aucune notion de santé voudrait faire avec une carte de vaccination si ce n’est pas pour arnaquer de pauvres gens et les escroquer ? Où va cet argent extorqué ?

- Que les comédiens burkinabè s’organisent et se structurent ; Il existe une soi-disant association de comédiens burkinabè mais nul ne sait où elle se trouve ni qui compose le bureau et encore moins ce qu’elle fait exactement. Sollicité pour faire une carte d’accès pour le Fespaco, on m’a exigé après m’avoir pris des photos et fait remplir un formulaire de payer d’abord ma cotisation comme condition sine qua non pour obtenir cette accréditation. A qui aurais- je dû la payer quand je ne sais ni qui est dans le bureau et ni qui gère ce machin ? Mon souhait est que l’association se fasse connaître de tous les comédiens, qu’elle rende compte de sa gestion et applique la politique de la bonne gouvernance en mettant en œuvre le principe de l’alternance de ses instances.

Pour terminer, je voudrais m’adresser à Blaise Compaoré et lui dire ceci :

-Mr le Président, je suis au garde-à-vous. Peut-être que vous faites quelque chose pour la culture et les artistes de ce pays, mais moi Soukey, je ne suis pas au courant, je ne vois rien. Faites quelque chose, Mr le Président car ça ne va pas. Les comédiens et artistes vivent difficilement de leur art (si même ils en vivent) alors que ce sont les vrais ambassadeurs par excellence du pays des hommes intègres car ils portent haut, loin et fort le drapeau du Burkina Faso ailleurs en Afrique et partout dans le monde. Au premier responsable de ce ministère, je dis : « Faites quelque chose, pardon ».

 

Interview réalisée par

Angèle Bassolé


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