Le chien du roi … La onzième œuvre d’Alfred Y. Sawadogo

Publié le mercredi 16 janvier 2013

Savez-vous ce que c’est qu’un Moutoummourgou chez les Moose, groupe socio-culturel majoritaire du Burkina Faso ? Tout anthropologue que je suis, j’aurais donné ma langue au chat, si je n’avais pas lu le dernier livre d’Alfred Yambangba Sawadogo. Suivez le guide : « Un homme épouse une femme. Au bout d’un certain temps celle-ci décède. La période de deuil passée, l’homme épouse une nouvelle femme. Le sort s’acharne sur lui et il perd à nouveau son épouse. Et, pour une troisième fois, l’infortuné épouse une nouvelle femme, la troisième. Et, comme si le malheur était à l’affût pour briser définitivement le bonheur de ce mari déjà veuf deux fois, sa femme meurt. (…) soit il termine sa vie en veuf célibataire, inconsolable, soit il envisage à nouveau une vie conjugale. Si sa décision est de vouloir épouser une nouvelle femme pour la quatrième fois, se pose à lui un obstacle à surmonter : prendre momentanément le statut de Moutoummourgou et l’assumer. » Pour cela, l’infortuné devrait rapporter les preuves d’un viol commis en pleine brousse sur une femme en ballade. Le prince des Yadsé (sous-groupe des Moosé) qui devrait passer par cette épreuve rude à tout point de vue, a réussi tout autrement son examen de passage. Il est ainsi parvenu à épouser une femme divorcée et mère d’un petit garçon. Histoire d’amour exceptionnel, dans un milieu où de l’extérieur on imagine difficilement l’existence de Roméo et Juliette. Entre chronique anthropologique et roman à l’eau de rose, Alfred Y. Sawadogo signe à travers « Le chien du roi n’est pas le roi des chiens du royaume » chez l’Harmattan Burkina, sa onzième œuvre littéraire à 69 ans. L’histoire de la ravissante Namassa et du prince yadga est entraînante et belle de sincérité. Et l’auteur trouve les mots justes pour la conter en insistant sur les détails sociaux qui permettent au lecteur d’un autre monde, d’avoir une connaissance de la culture moaaga du côté Nord du Burkina. Des préjugés s’envolent et éclatent au vent. Parallèlement, des réalités ont la peau dure et s’accrochent. Il faut du tout pour faire un monde et du temps pour détruire certaines forces et perceptions négatives, rétrogrades. La fin en toute beauté de cet ouvrage de 114 pages est un cri d’espoir que l’auteur accompagne avec conviction. Lui qui dans une œuvre antérieure démontre qu’il a voulu être chef de village pour changer l’ordre des choses, accélérer le cours de l’histoire, continue son combat avec une belle plume. Acteur infatigable de la société civile, Alfred Y Sawadogo à travers cette énième œuvre, informe, dénonce et forme pour la bonne cause.

A bon entendeur…bonne lecture.

 

 Ludovic O KIBORA


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