Quels défis pour le nouveau parlement ?

Publié le mercredi 16 janvier 2013

La nouvelle rentrée parlementaire consacre une fois de plus la domination du CDP qui a engrangé à lui seul aux dernières législatives 70 députés sur un effectif total de 127. Quand à la mouvance présidentielle, elle dispose d’une majorité qualifiée dans le nouveau parlement. A quoi servira cette domination écrasante du camp présidentiel ? C’est la grande question que se posent de nombreux Burkinabè.

 

Il y avait comme une frustration quand l’effectif du parlement était à 111 parce qu’il accentuait la monopolisation du parti majoritaire qui assurait à lui seul la représentation parlementaire dans les provinces où il n’y avait qu’un siège à pourvoir. En portant cette représentation à deux sièges, le législateur a favorisé une plus grande diversité politique. Mais cet aménagement technique ne peut à lui seul suffire à garantir cette diversité. On ne peut nier le regain de dynamisme qu’a connu la vie politique dans ces deux dernières années, singulièrement avec l’arrivée de nouveaux partis comme l’UPC ou Le Faso Autrement. C’est sans doute l’UPC qui a su tirer le meilleur parti du jeu en se concentrant sur le thème du changement et de la lutte contre la corruption. Ce discours a paru très crédible en particulier aux yeux d’une jeunesse fatiguée par l’omniprésence d’un pouvoir CDP qui ne leur trouve pas du travail. Mais il y avait également l’attrait qu’exerçait un personnel politique constitué pour une large part de technocrates dont l’image semblait coller au discours. C’est l’une des dynamiques positives qui s’est affirmée depuis peu et qui est aujourd’hui récompensée sur le terrain électoral. Il reste que le CDP conserve toujours une domination incontestable sur l’échiquier politique burkinabè au sortir des dernières élections. Mais la vie étant une dynamique, il faut croire que les lignes de partage ne sont pas figées. Que se passera t-il d’ici 2015, date prévue pour la prochaine confrontation électorale ? D’importants défis existent de part et d’autre que chacun des camps doit nécessairement relever s’il veut l’emporter.

 

D’abord au niveau de l’UPC

et ses alliés

 

La maladie infantile de l’opposition burkinabè c’est le sentiment nombriliste de chacun de ses leaders qui ne perçoit l’ensemble qu’autour d’un ordonnancement où chacun s’attribue le premier rôle. On préfère comme qui dirait être la tête d’un rat que la queue d’un lion. Il faut pourtant qu’on accepte de revenir sur terre si l’on veut construire un attelage gagnant. Les élections ont placé l’UPC et son chef en tête et c’est à eux qu’il appartient de conduire la nouvelle dynamique oppositionnelle. Le défi consistera pour Zéphirin et ses hommes à rompre avec toute tendance au repli sur soi. Il y a certes nécessité de continuer à bâtir un parti fort. Toutefois ce souci doit pouvoir se poursuivre dans une stratégie d’alliance avec tous les partis qui aspirent au changement, ce qui ne va pas sans une rupture avec le système Compaoré. Avec un bloc d’opposition solide, le CDP et ses alliés ont de réels soucis à se faire.

 

Du coté de la majorité présidentielle

 

Sous la vigilance paternaliste de Blaise Compaoré, le CDP a malgré son impopularité su résister à la bourrasque du changement qui menaçait sinon de le balayer, du moins de le réduire considérablement. Toutefois l’éléphant a des pieds d’argile. Le CDP est en effet miné par de multiples cancers qui se développent simultanément. Primo, la cohésion du parti a été ébranlée par la mise à l’écart de ses barons. Jusque là ces derniers sont restés silencieux mais ce silence risque de ne plus durer. On voit en effet très mal, tous ces grands barons qui ont été mis à l’écart accepter purement et simplement d’être enterrés. Ou Blaise tente de les récupérer ou ils essaieront quelque chose par eux-mêmes pour exister. Dans cette dynamique, quelle sera la posture de l’opposition constituée derrière Zephirin Diabré ? Va-t-elle se contenter de les regarder et applaudir ou alors considèrera t-elle qu’il y a là une opportunité à saisir ? Dans cette deuxième hypothèse, quelle est la nature du commerce qui sera noué entre les deux entités ? On le saura peut-être bientôt.

Deusio, dans l’hypothèse où Blaise acceptera de quitter le navire en 2015, la monnaie d’échange risque d’être la promotion du petit président. Sans doute cette perspective comble ce dernier mais elle est lourde de menace pour le parti qui risque de ne pas y survivre. Jusque là le ciment du CDP c’est Blaise Compaoré. S’il prend du recul, chacun peut reprendre ses billes. Si François veut être président, il lui faudra alors construire un nouveau parti mais ce ne serait plus le CDP qui ne sera qu’une coquille vide. Dans cette hypothèse que deviennent les partis satellites dont certains comme l’ADF entendent désormais jouer leur propre carte ? Enfin troisio, il faut savoir que le passif des dernières élections n’est pas encore apuré. Les mois à venir nous situeront sur les conséquences du chamboulement au sein du CDP voulu par la famille présidentielle. Bref, les défis sont nombreux pour le CDP. Mais en politique, rien n’est impossible. Les difficultés peuvent être aplanies mais il y a sans doute un prix à payer. Les responsables de ce parti accepteront-ils de payer ce prix ?

 

Soungalo n’arrive t il pas

un peu tard ?

 

L’élection de ce brillant technocrate est incontestablement une récompense au plan personnel. L’homme a des idées mais aussi le sens du management. Si on lui laisse les mains libres, il étonne là où tout le monde est sceptique. Mais la politique c’est tout autre chose et l’on se demande ce qu’il peut bien faire dans l’équation politique qui se dessine au Faso. Il n’y a aucun doute qu’en ce qui concerne la modernisation de la fonction publique parlementaire, il fera ce qu’il sait faire. Mais en politique, beaucoup pensent qu’il ne pourra que cautionner des lois de complaisance. On ne lui connaît pas d’esprit d’indépendance au point de refuser quoi que ce soit au chef de l’Etat dont il se sent redevable. Le devoir d’ingratitude ne serait pas sa tasse de thé, lui qui s’est empressé d’affirmer sa loyauté envers le chef de l’Etat alors que c’est plutôt envers la république que celle-ci se devait d’être affichée. Quoi qu’il en soit, le président Soungalo ne devrait pas avoir de gros états d’âme d’autant que Blaise Compaoré a suffisamment de protections légales. Les lois d’amnistie ont été votées et l’article 37, si l’on en croit diverses sources ne devrait pas être remis en cause. Par ailleurs, le rôle constitutionnel assigné au chef du parlement est taillé dans du velours et suffisamment balisé pour le protéger. Mais il ne faut pas sacrifier Soungalo Ouattara sur l’autel des préjugés. Il y a à peine un mois, personne ne l’attendait à ce poste là. Arrivé dans la surprise générale, il peut encore surprendre les Burkinabé. La vie politique au Faso promet de l’animation. Croisons les doigts afin que la sérénité ne la quitte pas.

Par Germain B. NAMA


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