L’élection APE bloque : le LOC pendant trois jours

Publié le lundi 2 avril 2012

Au Lycée Ouezzin Coulibaly (LOC) de Bobo-Dioulasso, les cours ont été perturbés entre le 12 et le 14 mars dernier. Les deux syndicats d’enseignants, la F-SYNTER et le SNESS avaient suspendu les cours pour exiger la passation de service entre les bureaux sortant et entrant de l’Association des parents d’élèves (APE). Le président sortant, Mamadou Barro, refusait de remettre « le pouvoir » à la nouvelle équipe élue. Le bras de fer durait depuis un mois. Le nouveau bureau dirigé par Korotimi Sanou, élu le 12 février, ne pouvait pas exercer, parce que l’ancienne équipe qui a boycotté l’élection ne voulait pas lui remettre le matériel et les symboles de l’APE. Des démarches auprès du proviseur et de la direction régionale de l’enseignement secondaire n’avaient pas fait fléchir le groupe de Barro. Il a fallu l’implication d’un autre acteur pour que la situation se débloque. En effet, au troisième jour de leur grève, les enseignants reçoivent un soutien de taille, celui des élèves. Le matin du 14 mars, ils bloquent la voie principale qui passe devant le lycée. Les usagers sont obligés de faire de longs détours, perturbant la circulation dans cette partie de la ville pendant quelques minutes. Les élèves d’un autre lycée de la ville entrent en scène. Les délégués des autres établissements promettent de rentrer dans la danse dès le lendemain. Devant le risque d’un embrasement général, le nouveau ministre de l’enseignement secondaire et supérieur, Moussa Ouattara, ami de Barro, demande à son « protégé » de faire la passation de service. Le même jour à 17H, le président sortant Barro se soumet à l’exercice dans le bureau du proviseur. La nouvelle présidente Sanou accompagnée de son équipe récupère les cachets, les numéros de comptes et les chéquiers de l’APE. Barro promet de restituer le reste du matériel les jours qui suivent. C’est ce qui a permis finalement de décrisper la situation qui s’annonçait explosive. De leur côté, les deux syndicats se ravisent en levant leur mot d’ordre. Les cours allaient reprendre le lendemain 15 mars.

Depuis quatre ans, la gestion de cette APE est essentiellement entre les mains des enseignants et autres personnels du lycée. Le dernier bureau dirigé par Mamadou Barro, professeur d’histoire géographie, en fin de mandat, convoque en décembre 2011 une assemblée générale pour son renouvellement. Barro a en face de lui sa collègue professeur d’histoire géographie également, Mme Traoré Korotimi née Sanou. C’est le système CDR qui est utilisé : les électeurs s’alignent derrière leur candidat. Visiblement, la candidate a les faveurs des parents d’élèves. Elle draine derrière elle un monde plus nombreux. Mais à la proclamation des résultats par le présidium composé des proches du président sortant, c’est ce dernier qui sort vainqueur. Sanou conteste les résultats et introduit un recours auprès de la coordination régionale des APE. Celle-ci examine favorablement sa demande d’annulation des résultats jugés « frauduleux ». Une autre élection supervisée par la coordination régionale est convoquée pour le 12 février. Mais le jour-J, le président sortant ne se présente pas, il n’est même pas présent. La seule candidate en lice passe haut la main. Le président sortant ne reconnait pas le nouveau bureau. Il conteste aussi la légitimité de la coordination régionale et menace de porter l’affaire devant la justice. C’est ce qui a mis le feu aux poudres. Pour ses collègues enseignants, il en fait trop. Ils exigent qu’il restitue immédiatement les clés de l’APE à la nouvelle équipe élue. Ses collègues commencent à décrier sa gestion « opaque » des fonds de l’APE qui s’élève à plus de 25 millions de FCFA par an. Durant son mandat de quatre ans, il a géré près de 100 millions de FCFA. Mais la contribution de l’APE à la vie du lycée serait très insignifiante. L’intéressé estime, lui, qu’il n’a pas à rougir de son bilan. Il continue de penser qu’on lui a fait la force, mais pour la paix au lycée, il se soumet à la décision du minister.

 

Idrissa Barry

 


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