Enquête : La scène de l’horreur au domicile de Sambo

Publié le mercredi 16 janvier 2013

31 décembre 2012, dernier jour de l’année. C’est ce jour que les Bissa ont décidé d’en finir avec Sambo, un leader de la communauté peulh soupçonné par la population de vols de bétails, de recels et de braquage. Ce dernier jour de l’année est aussi le jour du marché de Zabré.

Bandé Sambo, tué avec 5 autres membres de sa famille le 31 décembre 2012

Les populations de Sangou, un village de Zabré, ont décidé d’en finir avec Sambo. Elles n’ont pas eu de difficultés à mobiliser les populations de Zabré. Une masse importante décide de suspendre les préparatifs de la fête de fin d’année pour se rendre à son domicile. Ils n’y vont pas les mains nues. Flèches, gourdins, machettes, fusils de chasse sont leurs moyens d’attaque. Sambo habite le secteur 7 de la ville. Une trentaine de minutes de marche. A quelques centaines de mètres de la cour, les manifestants sont obligés de marquer un arrêt. Sambo qui avait déjà été alerté s’est préparé pour sa défense. Le 24 décembre, un groupe de jeunes avait tenté en vain de lui faire quitter le quartier suite à une altercation. Il était déjà sur le qui-vive. Sur place, les manifestants du 31 décembre aperçoivent des jeunes armés de fusils qui ont entouré la cour. Nous sommes autour de 13h. Les deux parties s’observent pendant de longues heures. Sambo interdit à quiconque de s’approcher de sa cour. Entre temps, le préfet, accompagné du chef coutumier de Zabré, du commandant de la brigade de gendarmerie et un des courtisans du chef décident de se rendre sur les lieux pour tenter de calmer les deux parties. Ils arrivent à bord du véhicule du chef et trouveront une population déterminée à régler une fois pour toutes son affaire à Sambo.

La délégation se fraie un passage pour rencontrer Sambo chez lui. Les manifestants qui avaient peur de s’approcher profitent pour avancer avec la mission. La délégation comprend très vite le risque. Le véhicule s’arrête sur conseil du commandant de brigade. La tension commence à monter et les premiers coups de feu en provenance de la cour de Sambo sont tirés. D’abord un coup d’un calibre 12. Le 2eme coup est plus sérieux. Il s’agit d’une arme de guerre. Les sifflements de balles et les petites rafales finissent par convaincre les manifestants que Sambo est aussi au sérieux. La délégation fait demi-tour et leur mission va s’arrêter là. Moins de 10 minutes après leur départ, un des voisins de Sambo, un certain Bansé pense pouvoir lui parler. Il avance vers le domicile mais il n’aura pas le temps d’atteindre le domicile. Il est abattu par les éléments qui protègent la concession. La tension monte d’un cran. Personne n’ose encore avancer mais l’affaire va s’accélérer. Les voisins de Sambo qui sont de la même communauté que lui verront immédiatement leurs maisons incendiées. Les occupants des concessions ont eu le temps de fuir même s’ils n’ont rien pu emporter avec eux. Pendant ce temps, toutes les autorités régionales sont informées de ce qui se passe à Zabré.

La police avec qui l’affaire a dégénéré refuse de se rendre sur les lieux sous prétexte qu’ils veulent protéger leurs locaux pris d’assaut dans la matinée par les manifestants. Le gouverneur finit par réquisitionner les CRS qui arrivent sur les lieux avec trois véhicules qui entourent immédiatement la cour de Sambo. Selon certains témoignages non vérifiés, c’est en ce moment que deux jeunes montés sur une moto APACHE ont quitté la cour en vitesse avec les armes de guerre. La CRS désarme Sambo et sa famille. Dès cet instant, les manifestants commencent de nouveau à avancer. Ils jettent des cailloux sur la police qui réplique par des jets de gaz lacrymogènes. Les CRS ne pourront pas tenir quand les manifestants commencent à tirer des coups de feu. Deux éléments de la police seront touchés. La CRS décide de quitter les lieux en vitesse. Les plus rapides de la famille arrivent à se jeter dans le véhicule de la police. Ils sont seulement deux. Sambo est abattu pendant qu’il cherchait en vain à rattraper le véhicule de la CRS. Deux autres personnes dont une fillette, une nièce de sambo qui couraient pour rattraper la police qui fuyait sont tuées sous les yeux de la CRS. Un autre jeune qui tentait de rentrer dans la brousse a été rattrapé et tué. Certains commencent à saccager et à brûler la cour pendant que d’autres s’occupent des exécutions de toute âme vivante dans la cour de Sambo. Son papa sort de la maison pendant qu’on la détruisait avec ce qu’il y a peut être de plus précieux pour lui, un agneau qu’il tenait en mains. Il est tué à côté du corps de son fils. Maman Sambo est une centenaire, atteinte par l’âge. Elle n’est pas épargnée. Elle sera tuée comme les autres membres de la famille. Les corps de Sambo et de sa nièce seront ensuite brûlés. Il est déjà autour de 16h. 6 membres de la famille ont ainsi été massacrés en quelques minutes. C’est dans une fosse commune creusée non loin du lieu où les corps ont été brûlés que les victimes ont été enterrées. Toute la cour constituée d’une douzaine de maisons dont certaines en dur va être totalement détruite et brulée. Sur les cendres de la cour, les carcasses d’un véhicule, de motos, de vélos, de tricycles. Dans les maisons on voit encore du maïs et autres céréales brûlées en partie. Autour de la concession, les centaines d’animaux rodent dans les environs sans berger. Le bétail de Sambo est estimé à plus de 2000 têtes de bœufs à Zabré. Dans les cours voisines, c’est le même constat. 

Dans la cour du voisin de Sambo, membre de sa communauté chassé avec sa famille immédiatement après la mort de Bansé, nous sommes accueillis par les aboiements d’un chien qui n’a pas suivi son maître dans sa fuite. Vélos, motos, vivres, et autres biens matériels ont été rassemblés sous le hangar et brûlés. Chèvres, moutons, et volailles abandonnés se partagent les chambres des maisons incendiées. Zama est l’un des cousins de Sambo. Il est le dernier à communiquer avec lui au téléphone avant sa mort. « Je suis resté en communication avec lui durant l’attaque. Quand la CRS est arrivée sur les lieux suite à notre insistance, il m’a informé. Il était conscient de sa situation. Il m’a dit que les Bissas tiraient sur les policiers et qu’ils s’approchaient de la maison. Entre temps j’ai entendu un coup de feu. Sambo ne parlait plus, j’ai compris qu’ils viennent de tirer sur lui. J’ai coupé le téléphone. Et j’ai commencé à alerter les autres parents pour qu’on organise la fuite. Nous n’avons rien pris ». Pourtant Zama a tout fait pendant des heures pour sauver Sambo et sa famille. « Nous avons appelé à l’aide en vain. J’ai téléphoné partout. Commissariat de police, préfet, le député Palguim Sambaré, le maire. A chaque fois ils m’ont promis qu’ils réagiront. Certains m’ont avoué clairement leur impuissance. » Déclare t-il. Voilà comment les 7 personnes ont été tuées.

 

Moussa Zongo

Qui est
Sambo ?

Le personnage qui a cristallisé les haines dans ce conflit, s’appelait Sambo
Bandé. De lui on a dit beaucoup de choses, mais sans preuves. La justice qui l’a
interpellé, déposé et jugé a trois reprises, n’a pas pu réunir des preuves pour
le condamner. Pourtant, certains sont convaincus que c’est lui le chef de gang
des voleurs de bétail dans la zone.
Ce qui n’a pas pu être établi par une
instance judiciaire jusqu’à sa mort le 31 décembre 2012.
Entre 2006 et 2012,
Sambo Bandé, personnage élégant et charismatique, a été interpellé trois fois
par la justice, jugé et relaxé pour "faits non constitués".
En 2006, il est
interpellé par le tribunal de Manga, " pour recel et tentative de corruption".
Verdict du jugement :"Bandé Sambo relaxé pour infraction non constituée. Mais le
tribunal le condamne pour tentative de corruption".
Quand il a été interpellé
par la police de Gombousgou, il avait fait remettre au policier, par le
truchement de son neveu, la somme de 500 000 f CFA. Le policier intègre avait
prévenu sa hiérarchie, qui lui a ordonné de mettre la somme sous scellés. Sambo
avait agi ainsi, explique t-on dans son entourage, pour éviter la prison,
considérée, comme une infamie, dans le milieu peulh. Pour éviter d’aller en
prison, les peulhs, les forces de l’ordre le savent et en abusent, sont prêts à
tous les sacrifices. Ce que Sambo a fait n’est pas inhabituel. Mais la justice à
cette occasion a fait son travail en le condamnant pour "tentative de
corruption"
Au tribunal de Tenkodogo, Sambo a été interpellé et déposé deux
fois. En 2009 pour tentative de vol d’animaux. En 2012, pour " incitation au
vol". Les deux fois, il a été détenu, jugé et relaxé " pour infraction non
constituée".
On peut ne pas être d’accord avec le verdict de la justice. Mais
on ne peut pas parler, dans le cas de Sambo d’impunité. Par contre plusieurs
meurtres de peulhs, n’ont connu aucun jugement, a fortiori un verdict, même
contestable. De cela on ne parle pas beaucoup, hélas.

NAB


Commenter l'article (334)