Lutte contre la corruption : Encore des assises quand il faut des actes

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Par Germain B. Nama

Le Burkina est un pays difficile. Difficile par la géographie et le climat, difficile par l’insuffisance de ses ressources naturelles, difficile enfin par ses hommes et femmes devenus par la force des choses très exigeants. Et pourtant, au portillon de la gouvernance l’on continue de se bousculer. Quand LAT est arrivé aux affaires, appelé en urgence par un timonier aux abois, nous lui avons souhaité la bienvenue en des termes que l’on nous avait reprochés. Mais plus d’une année et demie après, le Burkina demeure toujours dans la nasse. Certes, LAT s’est révélé être un éboueur aussi ingénieux qu’industrieux. Il a innové dans la méthode non pas seulement en impliquant les composantes de la communauté nationale à la recherche des solutions mais il a surtout innové dans la qualité du rapport qu’il a tissé avec elles. De l’avis général, il y a plus de sincérité et de respect dans son rapport avec les burkinabè. Quand on vous a ressassé la ritournelle : « les gens n’aiment pas les gens », ou que « les burkinabè sont envieux et jaloux », et quand on sait que de tels propos viennent des puissants du moment, qui se décrivent eux-mêmes comme des êtres beaux et merveilleux possédant l’argent et les belles femmes, vous ne pouvez pas ne pas remarquer que quelque chose a changé aujourd’hui dans l’attitude de ceux qui nous gouvernent. Ces messieurs sont devenus tout d’un coup gentils et respectueux des autres. Sont-ils réellement sincères ou s’agit-il d’une posture de circonstance ? La vie nous le dira.

Quoi qu’il en soit, la gouvernance ne peut se limiter à des considérations de morale sociale. Les Burkinabè veulent vivre autrement et mieux. Dans la foulée des événements qui ont secoué le pays, la question du pouvoir d’achat avait semblé être un objet de préoccupation pressante pour le gouvernement. Il y avait un énorme challenge à relever sur le front social, d’autant que le déficit pluviométrique avait entraîné un déficit céréalier, toutes choses qui avaient aggravé la crise alimentaire. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Des efforts ont été faits mais tout le monde, y compris le gouvernement, convient qu’ils sont très insuffisants. Mais là n’est pas le problème. Les Burkinabè savent gérer leurs difficultés même dans la bonne humeur s’ils savent que celles-ci sont équitablement partagées. Malheureusement ils n’ont pas le sentiment qu’il en est ainsi. Les inégalités se creusent et continuent de se creuser entre burkinabè, sans qu’on ne sache pour autant d’où vient l’argent des riches. On nous dit que l’Etat est pauvre pendant qu’on voit émerger une caste politique opulente. Comment est-ce possible ? Norbert Zongo avait dénoncé la collusion incestueuse du Burkina politique et du Burkina des affaires. Voilà le cœur du mal burkinabè. En gangrénant toutes les soupapes institutionnelles de sûreté, la corruption a anéanti toute possibilité de riposte. 

Que faire donc ? LAT s’était présenté comme un recours. A ce propos on se souvient qu’il avait donné 10 jours pour prendre l’hydre de la corruption par les tentacules. Puis on est passé à un mois. Puis au silence que des assises sur la corruption viennent tout juste de rompre. Encore des parlottes alors que ce que l’on attend, ce sont des mesures concrètes. Il y a des dossiers qui attendent. Dans moins d’une semaine, l’année 2012 s’évanouira. Sans qu’aucun acte significatif traduisant une réelle volonté politique n’ait été enregistré. Par contre, des prédateurs bien connus de nos richesses narguent chaque jour les bonnes gens comme pour leur dire : « les chiens aboient, la caravane passe. » LAT était-il l’homme de la situation ? On peut en douter. Certes, on parle beaucoup de corruption dans le milieu officiel parce que c’est aujourd’hui un discours convenu. Mais dans le même temps, on fait semblant de ne pas la voir. Justement, ils ne peuvent la voir parce qu’elle est dans la bouche et dans le ventre de ceux qui font semblant. Alors le combat est-il perdu d’avance ? Sans doute que non. Dire qu’on ne peut rien contre, c’est priver notre cher Burkina d’avenir. C’est connu, la corruption mine les efforts de développement. Si de plus en plus de jeunes basculent dans la violence, c’est parce qu’ils n’en peuvent plus de vivre cette vie de merde (excusez le mot) qui les condamne à rechercher le rêve dans le thé et la drogue. Ce n’est pas avec des mots que l’on éloignera le spectre de la violence. Le Burkina émergent est introuvable pour une majorité de Burkinabè. Faites quelque chose M. le président pour que 2013 ne soit pas une année morose de plus.

Les Burkinabè ont assez des gesticulations et des promesses qui se transforment presque toujours en mirages.

 


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