Contre-jour de l’Eve 246

Publié le dimanche 30 décembre 2012

Inauguration de la rue Halidou
Ouédraogo

Les confessions politiques de
Simon

On ne pouvait pas attendre moins de Simon, ce grand
animateur devant l’Eternel. En cette matinée du 21 décembre, le bourgmestre de
la capitale avait toute sa verve. Visiblement, il tenait à faire les choses
lui-même. Je n’ai pas voulu que quelqu’un d’autre que moi inaugure cette rue.
Entre Simon et Halidou, il y a comme un livre d’histoire et comme dit la sagesse
de chez nous, " la chanson est bonne dans la bouche de son compositeur ". Celui
dont nous inaugurons la rue aujourd’hui dira t-il est un grand homme. Son aura
ne se limite pas au seul Burkina. Même l’Afrique et le monde retiendront que ce
monsieur est un grand. Abandonnant son discours, Simon dira qu’il y a des choses
qu’on n’écrit pas. Mais moi je vous dirai ce que je n’ai pas écrit : Des gens
nous ont vu Halidou et moi bavardant dans un super marché. Ils ont marqué leur
étonnement, parce que pour eux, nous sommes des ennemis. Oui j’ai
personnellement combattu ce monsieur et j’ai aussi soutenu ceux qui l’ont
réprimé. Nous sommes des voisins séparés par deux cent ou trois cent mètres et
il y avait entre nous l’Ecomog, c’est-à-dire une force d’interposition. Parce
que ce n’était pas facile. Mais je peux vous dire qu’Halidou et moi sommes
devenus des amis. Notre histoire est semblable. Il a failli mourir et moi aussi
j’ai failli mourir. Mais dans nos épreuves nous avons su nous soutenir
mutuellement. Je suis allé le voir à Paris quand il était hospitalisé et pendant
mes ennuis de santé, il m’a envoyé un mot de soutien et de réconfort parce qu’il
avait des difficultés pour se déplacer. Il y a une chose que je retiendrai de la
vie, c’est la nécessité pour chaque homme d’incarner les valeurs de l’humanisme
que sont la tolérance et le respect de l’autre. On peut accepter autrui, tout en
continuant à défendre ses idées. Quand Simon est lancé, rien ne peut l’arrêter.
Devant une foule hilare qui n’arrêtait pas de l’applaudir, Simon fait mine de
s’interroger : 1945 cela fait combien d’années ? 67 répond-on dans la foule. Moi
j’en ai 60. Ok, la cause est entendue. J’ai compris : c’est moi qui avais tort
dans toute cette affaire. Halidou est mon grand frère.
Dommage tout de même
que Simon ait attendu la fin de son magister pour opérer ce qui ressemble fort à
une révolution morale. Sans doute que cela aurait impacté sur la vie politique
au Faso si cela avait eu lieu plus tôt. Une seule hirondelle ne fait certes pas
le printemps mais Simon n’était pas n’importe qui au CDP. Quand un faucon de son
envergure connait une telle mue, ce n’est pas sans conséquence sur son milieu.
Mais comme il le reconnaît lui-même, la vie change l’homme. Les événements de la
vie l’ont durement éprouvé. Tout comme l’avait confessé avant lui notre confrère
Paul Ismaël : j’étais au fond du trou, et j’ai trouvé la main secourable de
Dieu, Simon semble avoir eu sa grâce divine qui l’a transfiguré. Mais les adieux
de Simon avaient des allures d’aurevoir. Qui peut penser un instant que Simon
pourrait se contenter de cultiver son jardin. L’homme prend tellement de soin
pour préparer sa sortie que tout le monde se demande si l’homme n’annoncera pas
son comeback dès 2013. Attendons de voir.
GBN

 


Simon rend hommage à Aimé
Nikièma

Quiconque entre au palais du Moro Naaba par la porte
principale passe par la désormais rue Aimé Nikièma. Ainsi l’a voulu le
bourgmestre Simon qui signe avec élégance son bye bye à la ville de Ouagadougou.
C’est en effet un hommage spectaculaire que le bourgmestre de la capitale a
rendu à ceux qu’il a fermement combattu hier (en politique), mais eux aussi le
lui rendaient bien. N’est ce pas la preuve que l’histoire est le vrai juge ? Par
un extraordinaire retournement de situation, Simon et Halidou ont échangé des
amabilités, comme pour signifier que la hache de guerre est désormais
enterrée.
On retiendra donc que ce jeudi 13 décembre, date historique (c’est
en effet le jour anniversaire de la mort tragique de Norbert Zongo), le
professeur de droit constitutionnel, Aimé Nikièma a été élevé par la ville de
Ouagadougou au rang des immortels. Il y a 20 ans en effet que disparaissait cet
illustre éducateur, suite à un accident de voiture à l’entrée de Boromo. Il se
rendait à Diébougou et à Gaoua pour y donner des conférences sur les droits
humains. Sa vie et son parcours ont été retracés par les orateurs du jour, le
bourgmestre en premier lieu, qui a expliqué le sens de la décision du conseil
municipal. Puis par Halidou Ouédraogo, l’ami et le compagnon de lutte, qui a
rappelé les étapes de sa vie : premier directeur de l’école de Droit de
l’université de Ouagadougou, militant des droits humains. A ce titre il aura
négocié et obtenu du président Houphouet Boigny la libération de ses geôles, de
l’opposant historique Laurent Gbagbo. Le discours du représentant de la famille
enfin, lu par son neveu, Armand. Ce dernier a insisté sur le sens de la famille
du défunt et sur sa carrure de leader ayant toujours travaillé à la cohésion
familiale, autour de valeurs d’entraide, de solidarité et d’amour du travail. A
cette cérémonie, on notait une forte présence de la communauté universitaire, d’
amis et de parents, de sa veuve Mariam et de son fils Frédéric, tous venus pour
honorer une fois de plus la mémoire d’Aimé Nikièma dont le souvenir se voit à
jamais perpétué par cette rue.
GBN


Soirée d’hommage à la presse : "Que Dieu bénisse
les Journalistes du Burkina"

Le lundi 17 décembre 2012, Simon Compaoré a rendu un hommage appuyé aux
hommes de médias. Cela s’est passé dans l’enceinte de la Mairie. Une occasion
pour le bourgmestre de présenter le livre d’or de ses 17 ans passés à la tête de
la municipalité.

Simon Compaoré a-t-il un intérêt particulier à organiser une soirée d’hommage
au profit des journalistes ? Cette question mérite d’être posée. Car le maire
sortant (il le clame haut et fort) de la commune de Ouagadougou confie que : "
s’il y a quelqu’un envers lequel les médias n’ont pas été tendres, c’est bien
celui qui vous parle (s’adressant aux journalistes) ". Mais en organisant cette
soirée, le maire se défend de vouloir corrompre les hommes de média. Je n’ai pas
"l’intention d’influer sur (les) lignes éditoriales " dira t-il. Le bourgmestre
apprécie : l’ " inestimable contribution des médias à la vie de notre
municipalité " Cela malgré les " conditions difficiles " dans lesquelles s’est
fait ce " sacrifice des médias " "L’accompagnement dont bénéficie la
municipalité n’a cessé de monter en puissance", tant les médias ont joué un rôle
important dans le " processus de la décentralisation et de la démocratie locale
". Autant de motifs de satisfaction qui justifient la démarche de Simon Compaoré
 : " C’est une occasion pour vous dire merci pour tout ce que vous avez fait pour
nous ". Alors " Que Dieu bénisse la communauté des journalistes de notre pays "
La soirée a été également une occasion pour M. Compaoré de présenter son "
livre d’or " dont le titre est : "Bilan du Conseil de Ouagadougou avec Simon
Compaoré 1995-2012. D’hier à aujourd’hui, entre défis et actions, des repères
pour demain" Il s’agit d’un document de 296 pages dont l’objectif est de "
laisser à l’histoire la quintessence " de ce que son équipe a pu réaliser
pendant les trois mandats, soit 17 ans passés à la tête de la commune. "
Résultat d’un immense travail abattu " non exempt d’erreurs. " Nous sommes
conscients que des erreurs, nous en avons commises " a dit l’édile de la
capitale. Mais il se réjouit d’avoir laissé un héritage pour la prospérité dont
la création de la Radio municipale de Ouagadougou.

Basidou KINDA

 


Assises sur la corruption
Luc Tiao sur la
défensive

Du 19 au 21 décembre 2012 s’est tenu à Ouagadougou dans le Palais des
Sports de Ouaga 2000 les assises nationales sur la corruption. Placées sous la
présidence de Luc Adolphe Tiao, premier ministre, ces assises ont pour thème : "
Lutte contre la corruption au Burkina Faso : Quelles actions fortes et concrètes
pour des avancées décisives ? "

"La corruption vampirise la société, ensorcelle le corps des gens justes et
loyaux" a dit le maître de Cérémonie d’ouverture dans son introduction. Pour le
contrôleur général d’Etat, Bruno Bessin : "la corruption est un mal insidieux et
pernicieux" mais elle n’est pas une fatalité poursuivra t-il. Bruno Bessin a
justifié le contexte de la tenue des assises par "les attentes des populations
vis-à-vis de la lutte contre l’impunité et la corruption qui selon lui sont très
fortes. Pour le premier ministre, la tenue des assises sur la corruption ne veut
pas dire que le Burkina est le pays le plus corrompu au monde "mais parce que
nous voulons être plus exigeants vis-à-vis de nous-mêmes". Revenant sur ses
engagements à "épingler les corrompus dans un court délai", il s’est justifié en
invoquant "des contraintes de l’actualité de ces deux derniers mois et la
complexité des dossiers(…)" Justement parlant de la complexité des dossiers
d’aucuns se sont demandé si en tant que premier responsable d’un gouvernement,
il fallait parler avant qui de droit. Et Luc Adolphe Tiao de se référer à Blaise
Compaoré : "(…) La lutte contre la corruption dans toutes les sphères de la vie
politique, économique et sociale est indispensable à l’accroissement de
l’efficacité des dépenses publiques et des performances de notre système
économique". (cf discours à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Indépendance).
Actualité oblige ! Deux (2) jours après, on commémorait le 12e anniversaire de
l’assassinat de Norbert Zongo. Comme on le sait, le journaliste était dans la
presse le porte flambeau de la lutte contre la corruption. Il a sa vie durant
symbolisé lui-même le refus de la corruption.
Basidou
KINDA


Anecdote
Les écrits de Norbert Zongo
dérangeraient dans presque toute la sous-région ouest africaine. Un jour
quelqu’un lui dit : Sais-tu que si tu demandes même un (1) milliard à
Houphouët
Boigny, il te les donnera ? Et Norbert de lui répondre "Même 1 milliard tu dis
 ?" "Vas-y dire à
Houphouët que même s’il me donne la Basilique Saint Pierre,
toutes ses plantations, tous ses comptes bancaires à l’étranger, moi
Norbert je
ne serai pas satisfait".

 


Marchés Publics
Terrain fertile pour la
corruption ?

"Les présomptions de corruption dans les marchés publics au Burkina Faso" tel
est l’intitulé du rapport de l’étude menée dans le secteur des marchés publics
par le Réseau National de Lutte Anti-corruption (REN-LAC). Et c’est dans le
cadre des activités de la 7ème édition des Journées Nationales du Refus de la
Corruption, que ce rapport a été présenté aux hommes de medias dans la soirée du
mercredi 12 décembre à Ouagadougou. C’est un document de 131 pages sectionné en
cinq parties. Ces parties traitent de façon exhaustive tous les aspects
intervenant dans le secteur des marchés publics et en rapport avec la
corruption. Sans doute, les marchés publics représentent la plus grosse part des
dépenses publiques. Le REN-LAC reconnait et affirme que ce secteur est
particulièrement propice au développement de la corruption. Les structures
étatiques, les structures privées, le citoyen quelconque, tout le monde
s’accorde à reconnaître que la corruption est présente dans les marchés publics.
Les différentes personnes physiques ou morales rencontrées dans le cadre de
cette étude l’ont confirmé et répété. Agents de l’administration publique,
soumissionnaires, entrepreneurs, chefs d’entreprises… sont impliqués dans le
phénomène de la corruption. Ils s’adonnent à des pratiques et manœuvres en toute
complicité depuis la passation des marchés jusqu’à la réception des services ou
des ouvrages ou du matériel. Les exemples sont légions et foisonnent. On se
rappelle encore comme si c’était hier de l’effondrement dans la capitale d’un
immeuble érigé pour le compte d’un certain ministère après être entièrement
construit. En principe une enquête devrait être diligentée pour situer les
responsabilités et prendre les sanctions qui s’imposaient, mais rien. Les
constructions de voies de mauvaises qualités deviennent courantes. La procédure
de passation des marchés publics est viciée dans nombre de cas par des manœuvres
qui sont le fait des agents de l’administration publique et/ou du cocontractant.
On cite à cet égard la non publication (régulière) des avis particuliers d’appel
à la concurrence, elle ne place pas tous les soumissionnaires potentiels au même
niveau d’information et ne leur donne pas les mêmes chances ; la non production
de pièces administratives requises ou la production d’information fausses, la
pratique du faux est très courante et multiforme dans la gestion des marchés
publics. La soustraction des pièces du dossier est un cas. Cela se passe pendant
la pause ou entre les travaux de la grande commission et ceux de la commission
technique. Ce qui aura pour effet la disqualification de l’intéressé pour cause
d’irrecevabilité de sa candidature en raison des pièces manquantes. Il arrive
que des ministres ou des hommes politiques influents interviennent en faveur de
tel ou tel soumissionnaire. Les manœuvres diverses de chantage de la part des
membres des commissions d’attribution des marchés surtout des sous-commissions
chargées de l’analyse des offres à l’égard des soumissionnaires aux marchés
publics ; ces agents de l’administration n’hésitent pas à utiliser parfois des
méthodes intempestives notamment des appels téléphoniques, visites
domiciliaires. Les discours du genre "votre dossier est bon, je vais y veiller
personnellement pour que vous obteniez le marché" sont monnaie courante. De ces
pratiques à fort relent de favoritisme, il s’ensuit des exécutions laxistes
compromettant les intérêts financiers de l’Etat ou de la collectivité publique.
En effet, il n’est pas rare au Burkina d’assister à des livraisons de
prestations manifestement impropres pour l’objet auquel celles-ci sont
destinées. Avec la collusion de certains agents publics on procède à la
réception d’ouvrages purement fictifs ou des prestations exécutées mais non
conformes au marché conclu. Maintes fois l’octroi des avenants et d’avances
viennent à dépasser le seuil autorisé. Aussi, le paiement du sous-traitant sans
la moindre justification de l’exécution des prestations, l’émission d’ordres de
paiement en l’absence de prestations fournies, incomplète ou non
conformes.
Dans le souci d’endiguer voire éradiquer ce désastre, le REN-LAC a
consacré la cinquième et dernière partie du rapport aux recommandations sur la
lutte contre la corruption dans les marchés publics. Il s’agit essentiellement
de la nécessité d’une application stricte du dispositif législatif et
réglementaire en vigueur ; de la nécessité d’élaboration d’un code d’éthique ou
de déontologie à l’adresse des agents publics d’une part et des soumissionnaires
aux marchés publics d’autre part.
Le secteur minier est d’ores et déjà dans
le collimateur du REN-LAC pour ses prochaines études .

Hamidou
TRAORE


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